La mémoire vue par le Professeur Robert Jaffard
C’est à partir de notre mémoire autobiographique que nous construisons notre personnalité. Elle est notre identité. Nos « savoir-faire », nos réponses conditionnées – notre mémoire procédurale – ont de ce point de vue un caractère plus banal.
Ils représentent néanmoins, dans tout le règne animal, le moyen d’adapter le comportement aux contraintes de l’environnement et même de survivre. Je pense en particulier au dispositif du cerveau – auxquels les scientifiques au début n’ont pas cru parce que contraire à la théorie –qui permet d’associer le goût d’un aliment au malaise ressenti plusieurs heures plus tard.
Je crois aussi que l’étude de la mémoire a commencé à devenir plus intéressante, et même passionnante, lorsque, au-delà du béhaviorisme –où la mémoire est conçue comme « mécanique »- l’animal machine de Descartes appliqué à l’homme notamment par John Watson –la mémoire a commencé à être étudiée comme une fonction cognitive. Schématiquement, plus comme une production –nous construisons nos souvenirs en rassemblant des événements du passé, certes, mais nous les façonnons par nos schémas mentaux, nos connaissances, nos affects, nos croyances– que comme une reproduction quasi parfaite de ce qui a été enregistré (ce qui est le cas pour certaines formes de mémoire).
On s’est récemment rendu compte que ce qui pouvait apparaître comme une imperfection (la mémoire reconstruite – subjective – fait des « erreurs » par rapport à la réalité objective) est en fait un atout considérable car elle permet d’imaginer, de créer. L’activité cérébrale du cerveau qui se souvient est très proche de celle du cerveau qui imagine. Dernier point parmi bien d’autres, et c’est peut-être là – sûrement pour certains spécialistes – que se situe la frontière entre l’homme et l’animal. Seul l’homme possèderait la capacité de voyager mentalement dans son passé ce qui, pour Endel Tulving, est la seule exception à l’écoulement irréversible du temps qui est la règle dans le monde physique qui nous entoure, règle que nous sommes probablement les seuls à transgresser par la pensée.
Mémoire et émotion
L’intérêt pour l’étude des relations entre émotions et mémoire est, tout au moins en neurosciences, relativement récent. D’abord par des études de pharmacologie, puis par les premiers travaux d’imagerie cérébrale (le niveau d’activation de l’amygdale induit par un éveil émotionnel lors de – ou juste après – l’encodage d’une information prédit de façon impressionnante si elle sera retenue). Lorsque l’on passe d’un éveil émotionnel à un stress l’effet devient délétère et peut entraîner un état de stress post-traumatique.
La représentation traumatique devient « inoubliable » -obsédante– mais, elle est focalisée sur un élément simple alors que la scène - le contexte - a été oublié ou « masqué ». Je crois que, dans ce domaine, la question essentielle est de comprendre comment l’apprentissage émotionnel lui-même, qui reste nécessaire, peut être régulé, contrôlé ou simplement supprimé. L’intérêt pour cette question peut se mesurer à l’étendue des recherches – en psychologie et neuroscience – portant sur les mécanismes qui soustendent l’extinction de la peur conditionnée.
Mémoire procédurale et conscience
La mémoire procédurale (non déclarative), cette mémoire qui n’a pas besoin de prise de conscience, cela signifie-t-il que nous agissons par moment sans conscience ? Oui, au moins dans certains cas. Mais il est indispensable de préciser ce que l’on doit, selon moi, entendre par là et de ne pas rester prisonnier de la dichotomie radicale entre déclaratif –conscient– et non déclaratif –non conscient– surtout si, en plus, on introduit l’hippocampe, le néostriatum ou encore le cervelet pour asseoir le raisonnement.
Quand je fais du vélo, je suis conscient –au moins par moments !- de faire du vélo, mais je n’ai pas besoin de la moindre représentation mentale des mouvements que j’effectue et qui me permettent de rester en équilibre et d’avancer. Dans de nombreux apprentissages de cette nature, cet automatisme –et donc le caractère « non conscient » de l’habileté maîtrisée- n’intervient qu’après une phase où un contrôle conscient –exécutif– s’est exercé. On sait d’ailleurs que l’entraînement purement mental accélère la maîtrise de nombreuses habiletés motrices.
Il y a enfin une mémoire non déclarative différente de la mémoire procédurale. Elle est mise en évidence par le phénomène d’amorçage perceptif où l’on démontre –je pense en particulier aux travaux de l’équipe de Stanislas Dehaene- que le cerveau garde la trace d’une perception sans que le sujet en ait conscience. Cette trace modifie son comportement.
Ils représentent néanmoins, dans tout le règne animal, le moyen d’adapter le comportement aux contraintes de l’environnement et même de survivre. Je pense en particulier au dispositif du cerveau – auxquels les scientifiques au début n’ont pas cru parce que contraire à la théorie –qui permet d’associer le goût d’un aliment au malaise ressenti plusieurs heures plus tard.
Je crois aussi que l’étude de la mémoire a commencé à devenir plus intéressante, et même passionnante, lorsque, au-delà du béhaviorisme –où la mémoire est conçue comme « mécanique »- l’animal machine de Descartes appliqué à l’homme notamment par John Watson –la mémoire a commencé à être étudiée comme une fonction cognitive. Schématiquement, plus comme une production –nous construisons nos souvenirs en rassemblant des événements du passé, certes, mais nous les façonnons par nos schémas mentaux, nos connaissances, nos affects, nos croyances– que comme une reproduction quasi parfaite de ce qui a été enregistré (ce qui est le cas pour certaines formes de mémoire).
On s’est récemment rendu compte que ce qui pouvait apparaître comme une imperfection (la mémoire reconstruite – subjective – fait des « erreurs » par rapport à la réalité objective) est en fait un atout considérable car elle permet d’imaginer, de créer. L’activité cérébrale du cerveau qui se souvient est très proche de celle du cerveau qui imagine. Dernier point parmi bien d’autres, et c’est peut-être là – sûrement pour certains spécialistes – que se situe la frontière entre l’homme et l’animal. Seul l’homme possèderait la capacité de voyager mentalement dans son passé ce qui, pour Endel Tulving, est la seule exception à l’écoulement irréversible du temps qui est la règle dans le monde physique qui nous entoure, règle que nous sommes probablement les seuls à transgresser par la pensée.
Mémoire et émotion
L’intérêt pour l’étude des relations entre émotions et mémoire est, tout au moins en neurosciences, relativement récent. D’abord par des études de pharmacologie, puis par les premiers travaux d’imagerie cérébrale (le niveau d’activation de l’amygdale induit par un éveil émotionnel lors de – ou juste après – l’encodage d’une information prédit de façon impressionnante si elle sera retenue). Lorsque l’on passe d’un éveil émotionnel à un stress l’effet devient délétère et peut entraîner un état de stress post-traumatique.
La représentation traumatique devient « inoubliable » -obsédante– mais, elle est focalisée sur un élément simple alors que la scène - le contexte - a été oublié ou « masqué ». Je crois que, dans ce domaine, la question essentielle est de comprendre comment l’apprentissage émotionnel lui-même, qui reste nécessaire, peut être régulé, contrôlé ou simplement supprimé. L’intérêt pour cette question peut se mesurer à l’étendue des recherches – en psychologie et neuroscience – portant sur les mécanismes qui soustendent l’extinction de la peur conditionnée.
Mémoire procédurale et conscience
La mémoire procédurale (non déclarative), cette mémoire qui n’a pas besoin de prise de conscience, cela signifie-t-il que nous agissons par moment sans conscience ? Oui, au moins dans certains cas. Mais il est indispensable de préciser ce que l’on doit, selon moi, entendre par là et de ne pas rester prisonnier de la dichotomie radicale entre déclaratif –conscient– et non déclaratif –non conscient– surtout si, en plus, on introduit l’hippocampe, le néostriatum ou encore le cervelet pour asseoir le raisonnement.
Quand je fais du vélo, je suis conscient –au moins par moments !- de faire du vélo, mais je n’ai pas besoin de la moindre représentation mentale des mouvements que j’effectue et qui me permettent de rester en équilibre et d’avancer. Dans de nombreux apprentissages de cette nature, cet automatisme –et donc le caractère « non conscient » de l’habileté maîtrisée- n’intervient qu’après une phase où un contrôle conscient –exécutif– s’est exercé. On sait d’ailleurs que l’entraînement purement mental accélère la maîtrise de nombreuses habiletés motrices.
Il y a enfin une mémoire non déclarative différente de la mémoire procédurale. Elle est mise en évidence par le phénomène d’amorçage perceptif où l’on démontre –je pense en particulier aux travaux de l’équipe de Stanislas Dehaene- que le cerveau garde la trace d’une perception sans que le sujet en ait conscience. Cette trace modifie son comportement.
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