Maison de retraite : entretien avec le comédien Kev Adams, coauteur du film

Voici un long-métrage qui tombe en pleine affaire Orpea… Maison de retraite, la nouvelle comédie du réalisateur Thomas Gilou avec Kev Adams, Gérard Depardieu, Daniel Prévost, Mylène Demongeot, qui évoque la vie de Milann, 30 ans, qui, afin d’éviter la case prison, est contraint d’effectuer 300 heures de travaux d’intérêts généraux dans une maison de retraite, Les Mimosas.



Si l’on regarde bien le générique de Maison de retraite, on s’aperçoit que vous êtes co-auteur, coproducteur et acteur principal du film... Est-ce à dire que celui-ci est à part dans votre parcours au cinéma ?
Tout a fait : je dirais même que c’est le film le plus important depuis le début de ma carrière. C’est un projet que je porte depuis 4 ans, suite à une conversation avec Romain Levy sur le tournage de «Gangsterdam ».
 
Un jour, Romain me dit « ce serait marrant d’imaginer une évasion dans une maison de retraite », cette phrase a résonnée en moi, j’en ai parlé à des potes scénaristes qui trouvaient que ça ne pouvait être qu’un des axes d’une histoire, mais que ça ne tiendrait pas sur la longueur...
 
J’en ai aussi discuté avec un ami qui a travaillé plusieurs années en maison de retraite et qui m’a raconté des dizaines d’anecdotes, à la fois incroyables, drôles et touchantes... Je lui ai « emprunté » pas mal de choses : le pensionnaire qui oublie tout du jour au lendemain, la vieille dame un peu nymphomane, etc... Bref tout ça tournait dans ma tête avec l’envie d’en faire quelque chose un jour.
 
A la base, il faut aussi dire que vous êtes très proches de vos grands-parents...
Oui et ce depuis toujours... Le film est d’ailleurs dédié à mon grand-père Daddy Roger qui est parti brutalement à cause du Covid fin 2020. Mon autre grand-père, lui non plus n’est plus là, mais j’ai encore la chance d’avoir mes deux grand-mères que j’appelle au moins une fois par semaine. J’adore les écouter me raconter leurs histoires d’une autre époque tout en étant très ancrées dans la nôtre !
 
Quand avez-vous commencé vraiment à travailler sur ce scénario ?
J’ai d’abord écrit un premier traitement tout seul mais je n’étais pas réellement satisfait car c’était trop comédie. Je voulais que le film soit également touchant, qu’il parle de transmission, d’échange entre les générations. C’est à ce moment que j’ai rencontré Catherine Diament et c’est elle qui a apporté la douceur, la profondeur qui manquait au scénario.
 
Nous avons donc commencé à travailler ensemble, chacun complétant le travail de l’autre et pour la 1e fois de ma vie, je me suis retrouvé derrière un ordinateur en train d’écrire des situations ou des dialogues ! J’ai beaucoup aimé cet exercice qui m’a fait à la fois peur et plaisir et qui m’a procuré un vrai sentiment de liberté...
 
Pourquoi avez-vous souhaité proposer la réalisation du film à Thomas Gilou ? Vous auriez pu aller pousser votre engagement dans le projet en le réalisant.
Ça viendra peut-être un jour mais il y avait déjà assez de premières fois sur ce tournage ! Etant un grand fan de son travail, je rêvais depuis un moment de travailler avec lui. La vérité si je mens ou Michou d’Auber font partie des films qui ont marqué mon enfance...
 
Je savais aussi, pour être tout à fait honnête, que grâce à Thomas, nous pourrions avoir accès au casting dont nous rêvions ! Face à des comédiens aguerris, il fallait un réalisateur qui ait de l’expérience, qui leur inspire confiance. Je sais que Gérard Depardieu ne serait jamais venu sans Thomas Gilou.
 
Le tournage commence début 2020, l’épidémie de Covid stoppe tout dès le mois de mars.
Une catastrophe... Tous le casting se confine dans la nature, à l’abri... Je ne dors plus pendant des semaines en me disant : « s’il y a le moindre problème, on est foutus » ... Et puis un jour on m’appelle pour me dire que Mylène Demongeot a attrapé le virus et qu’elle est gravement malade. Franchement, en plus d’être très inquiet pour elle, je suis totalement désespéré, abattu.
 
Heureusement Mylène s’en sort, et le confinement prend fin, nous parvenons à recaler des dates de tournage qui conviennent à tout le monde ! Nous voici au début de l’été 2020 en train de finir le film, certes dans des conditions sanitaires très compliquées, mais en étant heureux et soulagés.
 
Tout ça n’a pas été simple, mais ça y est le film est là ! Je sais que venant du stand up je suis attendu au tournant mais je suis fier de tout le travail effectué pour y arriver. Donc oui : Maison de retraite est mon chouchou, mon bijou... J’ai tout donné pour qu’il existe et je vais tout donner pour le défendre !
 
Ce qui est intéressant, c’est que ce que vous décrivez correspond aussi à ce que vit Milann, votre personnage dans le film !
Vous avez raison, à une différence près et de taille : Milann est un peu paumé dans sa vie mais il ne cherche pas vraiment de solutions pour changer les choses... Il est hébergé chez son pote avocat, il y trouve un vrai confort, fait ses petites magouilles dans le quartier...

Ce n’est pas un voyou, c’est juste un  looser ! Alors un looser flamboyant, stylé, avec qui on a envie d’être copain mais un naze quand même ! Moi j’en suis peut-être un pour certains mais au moins je me bouge, je me bagarre.
 
De quelle manière avez-vous pensé ce personnage ?
Etant à l’écriture, je voulais me faire plaisir et imaginer un personnage avec des failles, des blessures... Milann est un mec qui a beaucoup de choses à apprendre de la vie. Je le voyais comme un jeune homme qui serait une sorte d’enfant éternellement blessé.
 
Durant un voyage entre amis, j’ai rencontré un gars qui m’a raconté sa jeunesse sans parents, son séjour en orphelinat. Il m’a dit que, n’ayant pas connu ses grands-parents, il n’était pas du tout touché par les personnes âgées. C’était d’une logique implacable mais ça m’a bouleversé...
 
C’est vrai : c’est en grandissant avec une grand-mère ou un grand-père que vous les aimez, qu’ils vous transmettent des choses, des valeurs... C’est en voyant une mamie dans la rue que vous pensez à la vôtre et que vous éprouvez de l’empathie. Si vous n’avez pas connu ça, c’est plus difficile et c’est ainsi que j’ai voulu construire Milann, en en faisant un garçon diamétralement opposé à celles et ceux dont il va être obligé de partager le quotidien.
 
A un moment, dans la première partie du film, il dit même que ces petits vieux le « dégoûtent ». Ensuite, au fil de l’histoire, il va apprendre à les connaître et même finir par rencontrer la famille qu’il n’a jamais eue.
 
Une famille qui vit le problème inverse au sien : ces pensionnaires adoreraient retrouver le monde extérieur, pouvoir sortir.
C’est là où notre sujet devient à mon sens passionnant : ils sont coupés du monde, à part une rare visite de temps en temps, ils rêvent qu’un peu de jeunesse entre dans leur environnement clos. Grâce au travail d’écriture de Catherine.
 
Ça ressemble à une maison de retraite normale, avec des soignants, de espaces de vie, des activités... Où est le problème ? Sauf que petit à petit, (en même temps que Milann s’éveille au monde qui l’entoure d’ailleurs), on se dit que tout c’est quand même très bizarre, louche même.
 
Et à partir de là, à travers la comédie, vous mettez le doigt sur un problème terrible : celui de la maltraitance des personnes âgées dans certains de ces établissements.
Nous nous sommes basés sur une étude publiée au début des années 2010 qui montrait que 60% des EPHAD en France avait connu au moins une arnaque dont les victimes étaient les personnes âgées.
 
Il s’agissait de contrats rétrocédant les biens des pensionnaires à la direction de ces établissements, des viagers. Une horreur !
 
Je suis allé passer du temps en maison de retraite pour écrire le film et j’ai entendu des témoignages terribles : des enfants qui déposent leurs parents ou grands-parents et qui ne reviennent jamais les voir. Sans parler évidemment des mauvais traitements physiques, psychologiques, etc...
 
Je voulais que l’arnaque du film soit crédible et je trouve qu’Antoine Duléry incarne parfaitement cela. De prime abord, il a tout du directeur modèle, onctueux, mais trop parfait pour être honnête !
 
On vous sent très attaché à ce film, très impliqué, pour des raisons multiples...
Vous avez raison : en 10 ans de cinéma, je crois que je n’ai jamais défendu un film avec autant de passion. Je l’ai coécrit, coproduit, joué, je suis allé au montage, ce qui ne m’était jamais arrivé ! Je considère Maison de retraite comme mon bébé. C’est le reflet fidèle de ce que je suis, de ce qui me touche... Alors oui, le rire est parfois un peu potache mais on y est également ému. Et puis la morale finale est, à mes yeux, la meilleure possible et propose une solution concrète au problème du lien entre les générations.
Publié le 10/03/2022 à 02:00 | Lu 2628 fois




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