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Article publié le 10/12/2018 à 01:00 | Lu 1586 fois

Maintien à domicile et politiques publiques : l'éclairage de Bernard Ennuyer

La politique de maintien à domicile, priorité du rapport Laroque « politique de la vieillesse » en 1962, n’a jamais été vraiment mise en oeuvre et financée à hauteur de la promesse politique. Le point de vue de Bernard Ennuyer est sociologue, enseignant chercheur associé à l’EA « Ethique, Politique et santé » de l’Université Paris Descartes.


Maintien à domicile et politiques publiques : l'éclairage de Bernard Ennuyer
En 1962, le rapport Laroque, intitulé politique de la vieillesse, affirmait que le « placement » en hébergement devait demeurer exceptionnel et que « l’accent devait être mis sur la nécessité d’intégrer les personnes âgées dans la société, pour respecter le besoin qu’elles éprouvent de conserver leur place dans une société normale, d’être constamment mêlées à des adultes et à des enfants ».
 
La conservation de cette place passait selon le rapport Laroque par le fait de préserver le choix des « personnes âgées » qui était de rester dans leur domicile habituel. Ceci donnera ce qu’on a appelé par la suite, dans le 6e plan de développement économique et social en 1970, la politique de « maintien à domicile » grâce notamment à la mise en place, à cette époque, des premiers services d’aide à domicile puis des services de soins à domicile en 1981.
 
Aujourd’hui, le résultat de cette politique semble un succès puisque seulement 4% des personnes de 60 ans et plus (environ 600 000 personnes) sont en EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Mais en contrepartie avec 20% des personnes de plus de 85 ans en EHPAD, la France est un des pays d’Europe avec le taux le plus élevé de personnes de 85 ans et plus en EHPAD.
 
Et si effectivement 90% des personnes de plus de 75 ans peuvent rester chez elles en vieillissant comme elles en expriment régulièrement le souhait, c’est essentiellement grâce à leur famille proche (conjoints, enfants) qui fournit 80 % de l’aide nécessaire à ce maintien au domicile (aide matérielle, psychologique et bien souvent financière) et non pas en raison d’une politique publique conséquente en direction des services à domicile, services professionnels qui n’apportent que 20 à 30% de l’aide nécessaire. Ce constat est celui de la Cour des comptes en novembre 2005.
 
Celle-ci a réitéré ses observations, en 2016, constatant que le choix du domicile était fortement contraint par la disponibilité de l’entourage et que les cloisonnements entre les différents dispositifs d’aide, composaient, à cause de leur diversité et de leur complexité « un système illisible » et que d’autre part il faudrait « un ciblage plus précis du financement de cette politique ».
 
Malgré les promesses faites, la loi d’adaptation de la société au vieillissement votée en décembre 2015, n’a guère apporté d’amélioration du fait d’un financement complétement insuffisant tant en ce qui concerne l’augmentation de l’allocation d’aide personnalisée à domicile (APA) que l’aide aux aidants. Si aujourd’hui, un certain nombre d’EHPAD sont en difficulté financière, les familles et les services à domicile le sont bien plus mais n’ont pas su, quant à eux, attirer l’attention des médias.
 
Plus de cinquante ans après la publication du rapport Laroque, on peut donc conclure que ce libre choix du domicile répété en boucle dans leurs discours par les différents gouvernements qui se sont succédé, n’a jamais, jusqu’à aujourd’hui, été mis en place de façon cohérente, permettant de répondre aux aspirations premières des personnes et de leurs familles.
 
Il est donc urgent, comme il en est question aujourd’hui, de mettre en place un nouveau risque de Sécurité sociale qui financerait, enfin, à domicile et en hébergement ou dans d’autres formes d’habitat alternatif
qui se développent, des prestations qualitativement et quantitativement à hauteur des besoins des personnes en situation de handicap et ce quel que soit leur âge.
 
Ceci permettrait enfin à ces personnes un véritable choix notamment celui de rester chez elles si elles le souhaitent, comme les discours des différents gouvernements le leur ont promis depuis plus de cinquante ans…






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