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Article publié le 11/04/2019 à 01:00 | Lu 1673 fois

Les gins de l'été

Contrairement au cognac ou à l’armagnac, le gin fait partie de ces spiritueux qui n’ont pas de patrie et ne sont pas associés à une région ou un terroir. Le whisky étant le dernier à subir les avatars de la mondialisation. De fait, même la Suède produit du whisky !


Si l’image spontanée du gin le rapporte au Royaume-Unis, c’est parce qu’il trouve ses origines dans l’accession au trône d’Angleterre du néerlandais Guillaume III d’Orange. De sa Hollande natale, il emporte dans ses malles le genièvre qui sera la base de la fabrication du gin ainsi que de nombreux dégâts dans les populations locales. Chacun faisant son gin dans des arrière-boutiques sordides.
 
Une production est officialisée au milieu du 18ème siècle par le Gin Act qui légalise et réglemente sa production et sa commercialisation.  Hormis ce point de départ connu, le gin ne bénéficie aujourd’hui d’aucune reconnaissance et peut être produit dans n’importe quel pays du monde.
 
Outre les Britanniques, les Américains et les Allemands sont de grands producteurs de gin. Mais les curieux peuvent également trouver des produits venant de France, de Suède, d’Australie, de Nouvelle Zélande, de Belgique, d’Italie, du Japon et même d’Espagne. Curieusement ce dernier pays étant le plus gros consommateur de gin en Europe. Les britanniques en vacances y étant pour beaucoup.
 
Boisson populaire élaborée à partir d’un alcool neutre de grain ou de mélasse et d’une distillation de baies de genièvre, le gin est devenu au fil du temps un alcool plus complexe par ses compositions diverses. Les agrumes, la coriandre, la cannelle, la réglisse, le fenouil, l’anis, l’angélique ou la muscade s’invitent régulièrement dans les différentes recettes. Dans certains cas, on peut même y trouver des arômes d’iris, de rose ou de cumin.
 
On se rapproche de formules qui tiennent plus de la pharmacie ou de la parfumerie. Pour les produits particulièrement typés, une dégustation s’impose avant l’achat. Des notes de lavande peuvent ne pas plaire à tout le monde, sans parler de l’ajout de baies roses qui efface tous les autres ingrédients ! On trouve également des gins élaborés avec des distillats de synthèse.
 
Dans le même esprit, l’alcool neutre qui est la base de la fabrication d’un gin tend à être remplacé par de l’alcool de vin, ou encore à partir d’orge de malt. Plus surprenant est l’utilisation de l’alcool de pomme comme composant principal.
 
C’est ce que propose la maison Drouin connue pour ses Calvados de qualité qui vient d’élaborer un gin où l’on ne compte pas moins de 30 variétés de pommes outre bien sûr quelques plantes indispensables. Très typé, Le Gin, c’est son nom, conviendra à des amateurs de curiosités et de cocktails originaux.
 
Français également le gin Citadelle est produit dans la région de Cognac dans des alambics à cognac restés inutilisés pendant six mois en raison de la législation française. Comprenant 19 ingrédients aromatiques infusés pendant plusieurs jours avant la distillation, le gin Citadelle offre une belle subtilité. On y retrouve le genièvre, l’angélique, l’anis, des agrumes et des épices comme la muscade et le cumin. Un produit élégant qui gagne à être consommé pur.
 
Restons en France encore avec le gin Citrum élaboré par la Distillerie des Domaines de Provence. Conçu pour être bu en long drink avec un tonique, on y retrouve des arômes de cardamone, de genièvre ainsi que des extraits de citron et de baies roses.
 
Arrivé sur le marché en 2013, le Ferdinand’s fait partie de ces nouveaux gins apparus avec la mode des bars à cocktails. Né en Allemagne dans la Sarre chez un producteur d’alcools blancs, le Ferdinand’s qui comprend trente ingrédients aromatiques ; il est conçu à partir d’alcool de vin de Riesling. Bien fini, ce gin est élaboré avec soin bien qu’il dépasse la quantité d’ingrédients facilement analysables par les papilles. Un travail délicat qui aboutit à un gin qui conviendra aussi bien aux cocktails qu’à une dégustation sèche. Un produit de grande qualité.
 
Du Japon, après Nikka gin et Ki No Bi, voici le Sakurao. Ce gin est élaboré par Chugoku Jozo. Une ancienne maison d’Hiroshima créée en 1918 qui produisait du Saké et du Shochu. Après s’être attaqué au whisky avec le Togouchi en 1990, cette ancienne maison nous offre aujourd’hui un gin de qualité digne d’être bu en dégustation.
 
Avec une composition raisonnable de 14 ingrédients infusés et distillés dans un petit alambic allemand en cuivre, le gin Sakurao est d’une grande délicatesse, le nez tout d’abord, fleuri et frais, il précède une bouche suave et longue d’où ressort les agrumes, le gingembre, le genièvre et la coriandre. Doux en dépit de ses 47%, il n’y a aucune violence de ce gin élégant qui saura rester discret dans les grands classiques du monde du cocktail. Agréable avec un cigare. Un gin qui mérite d’être découvert qui est distribué par Les whiskies du monde.
 
Avec l’Ornabrak, on a l’exemple d’un gin conçu avec une base autre que de l’alcool neutre. En l’occurrence, il s’agit ici d’un orge malté distillé quatre fois. Ce gin irlandais subit ensuite une cinquième distillation après l’ajout de cinq herbes  genièvre, aiguilles de pin douglas, angélique, feuilles de verveine et zest de citron. Rond et gras, le single malt gin Ornabrak est parfait pour un dry Martini. 
 
Au-delà des grands noms très répandus, nous vous invitons à la découverte de ces quelques produits plus rares produits dans divers pays. L’été est l’occasion des gins tonic et des cocktails. Avec un constat, l’élaboration d’un gin de qualité demande un réel talent de botaniste voire d’ingénieur agronome.
 
Joël Chassaing-Cuvillier





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