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Article publié le 02/12/2019 à 03:00 | Lu 632 fois

Les coulisses de la sécurité des soins au cabinet dentaire

Entretien avec le Docteur Philippe Rocher, Président de la Commission des dispositifs médicaux de l'Association Dentaire Française (ADF).


Les coulisses de la sécurité des soins au cabinet dentaire
La sécurité et la qualité sont une préoccupation majeure des Français. Les chirurgiens-dentistes ont depuis longtemps compris l’enjeu de faire du cabinet dentaire un lieu de santé sûr. Prévention, matériel de haute technologie, traitement des déchets… Tout est mis en œuvre pour offrir un service médical de qualité.
 
On pense souvent que se rendre au cabinet dentaire est un acte anodin en termes de sécurité des soins. Et cela est vrai ! Depuis toujours, la profession s’est préoccupée de la sécurité dans les cabinets dentaires en éditant des recommandations essentielles afin de garantir des conditions de sécurité optimales dans leur cabinet : désinfection des instruments, stérilisation, radioprotection, etc.
 
Les chirurgiens-dentistes sont des professionnels de santé responsables qui mettent en place, au quotidien, ces nombreuses procédures afin d’assurer la sécurité des patients et du personnel soignant. Dans le domaine de la prévention des risques, l’expertise de la profession dentaire est d’ailleurs unanimement reconnue par l’administration de la santé.
 
Dans un contexte de transformation permanente de la profession, le cadre législatif du chirurgien-dentiste et de son cabinet est en perpétuelle évolution et impose aux praticiens de se tenir au courant des nouvelles réglementations entourant sa protection et celle de son patient.
 
Si les cabinets dentaires ne sont pas soumis à des visites de contrôle des normes de sécurité, des vérifications périodiques des équipements techniques sont obligatoires.
 
Le risque infectieux
L’activité des chirurgiens-dentistes a des particularités importantes : elle est essentiellement pratiquée dans les cabinets « de ville », avec de nombreux actes invasifs, une exposition fréquente au sang et aux liquides biologiques en utilisant un certain nombre d’instruments réutilisables dans un milieu qui porte naturellement une flore microbienne importante.
 
Par leur proximité avec le patient, les chirurgiens-dentistes sont exposés aux risques infectieux et peuvent être contaminés par des micro-organismes pathogènes contenus dans le sang, la salive, le pus ou les sécrétions nasales. La plupart des actes en médecine bucco-dentaire sont invasifs et exposent à un risque de transmission d’agents infectieux et de virus.
 
Afin de sécuriser sa pratique sur le plan de l’hygiène et de l’asepsie, l’équipe dentaire applique, depuis de nombreuses années, des procédures « qualité » au sein des cabinets. La salle de soins et la salle de stérilisation sont les deux endroits du cabinet qui nécessitent le plus haut niveau d’hygiène et d’ergonomie. L'efficacité de l'acte de stérilisation dépendant directement de la bonne réalisation et de la qualité des étapes antérieures.
 
La zone de stockage des déchets (DASRI) respecte des préconisations très strictes. L'état stérile étant lui-même défini par une formule statistique, personne ne peut garantir une stérilité parfaite. Si l’on sait que le risque zéro n'existe pas pour les différents secteurs de soins, la parfaite connaissance des professionnels du secteur dentaire des conditions exigeantes dans lesquelles ils exercent, associée aux moyens humains et matériels mis en œuvre pour assurer la sécurité des patients, permet d'éliminer quasi systématiquement le risque de contamination.
 
Pour tout type de soin, et pour chaque patient, les chirurgiens-dentistes appliquent des précautions standard qui consistent, en premier lieu, à porter systématiquement des gants, un masque, des lunettes et une tenue de travail adaptée.
 
De cette façon, le praticien et son assistante ne seront pas contaminés par le patient et ne seront pas eux-mêmes vecteurs de pathologie. Ces équipements de protection individuels protègent le patient de pathologies que pourrait porter un membre de l'équipe soignante.
 
Plusieurs études ont d’ailleurs montré la bonne mise en œuvre des étapes de la chaîne de stérilisation dans les cabinets dentaires. La majorité des dispositifs médicaux utilisés lors des soins dentaires sont stérilisables à 134 °C durant 18 minutes. Ce traitement, qui tue tous les micro-organismes et inactive les agents transmissibles non conventionnels (ATNC), s'effectue dans des autoclaves que l'on trouve dans tous les cabinets dentaires.
 
L'utilisation systématique de ces dispositifs constitue une singularité de la profession dentaire au sein des professionnels de santé libéraux exerçant en ville. Dans une démarche d’amélioration et de prévention des infections associées aux soins, l’Association dentaire française a réalisé, en 2006, un Guide en partenariat avec la Direction générale de la Santé et fait évoluer ce document d’année en année.
 
Il permet aux professionnels de santé de comprendre et d’appliquer les règles d’hygiène et les bonnes pratiques professionnelles visant à prévenir la transmission d’infections associées aux soins. Il constitue une référence pour les professionnels de santé et les organismes en charge de la sécurité sanitaire.
 
Une quatrième version du document, rédigée avec la participation d’experts du domaine dentaire, de représentants de l’ARS (Agence régionale de santé) et du CPIAS (Centre d'appui pour la prévention des infections associées aux soins) est en cours de rédaction. Elle sera publiée en 2020.