Christophe Honoré, pourquoi ce titre ?
Ce titre, « Les Bien-Aimés » est arrivé assez vite, puisque ce sont des amoureuses et des amoureux qui habitent le film. Ce qui les rend attachants, parfois tremblants, c’est qu’ils sont toujours dans l’incertitude du sentiment de l’autre.
Et que cette question de savoir s’ils sont « bien aimés » n’a pas de réponse. Ce titre-là n’était cependant pas le premier retenu.
Celui qui a d’abord voulu s’imposer était « L’Imprudence ». C’était un peu trop « kunderien », d’autant qu’une partie du film se déroule à Prague, et que le titre du livre de Milan Kundera, « L’Insoutenable légèreté de l’être » aurait pu convenir aussi!
L’imprudence était comprise comme un gage de liberté, autorisée à une certaine époque. Madeleine, la mère, a été dans sa vie et ses amours, en permanence imprudente, sa génération (ndlr : celle des baby-boomers) était prête à en payer le prix, et elle-même était prête à pousser Véra, sa fille, dans la même voie. Mais ce choix n’est plus permis à Véra, car à une certaine époque, le prix de l’imprudence est devenu fatal.
Quelle est l’importance du temps dans ce long-métrage ?
« Les Bien-Aimés » commence en 1963 et s’achève en 2008. C’est long : quarante- cinq ans ! Ce choix est né d’une envie d’être plus romanesque, de suivre des personnages sur la durée, de me lancer dans la recherche, non pas du temps perdu ( ! ) mais du temps qui passe et n’efface rien.
Les personnages de Madeleine (Catherine Deneuve) et Véra (Chiara Mastroianni) sont de grandes amoureuses, mais d’une certaine manière elles sont fidèles à leurs histoires d’amour. Comme le film est fidèle à une certaine idée du cinéma français, fidèle à ma façon de travailler avec les acteurs et d’en retrouver quelques-uns de film en film, comme Louis Garrel, Ludivine Sagnier et Chiara. Le début, dans les années 60, est joyeux, coloré, il s’accroche aux jambes des femmes, sans craindre la référence au Truffaut de « L’homme qui aimait les femmes ».
Comment faire passer l’idée du temps qui passe à travers les personnages, à travers leurs sentiments, sans se lancer à outrance dans les reconstitutions d’époque ? C’était une vraie difficulté. Le vintage peut être séduisant mais il débouche vite sur un musée de la mode. Pour les années 60, c’était amusant à faire, le début est comme un ballet, un prologue qui aide à entrer dans le film. Ensuite, au contraire, en travaillant avec le chef opérateur Rémy Chevrin, j’ai choisi de ne pas caractériser chaque époque. Les années 70, 90, les années 2000 baignent dans une lumière semblable. De même avec la costumière Pascaline Chavanne et le décorateur Samuel Deshors, nous avons travaillé sur les « indémodables », ce qui se transmet sans qu’on s’en rende compte d’une époque à une autre, aussi bien en matière de vêtements, que de meubles, d’accessoires.
Dans la mémoire familiale d’une maison « contemporaine », des strates de différentes époques, vieilles de dix, vingt, trente ans, se sont déposées. Il y avait pour moi l’idée d’appréhender la relativité de notre rapport au temps, la fin des années 90, la veille de l’an 2000, c’était au siècle dernier, et cela nous paraît si proche.
Nous sommes en train de parler d’un film qui prend en charge quarante années, qui les assume, qui parle de choses déjà loin de nous mais qui pourtant ressemblent beaucoup à nos vies. Il s’agit d’un rapport au temps où le temps est mêlé, comme il y a des sangs-mêlés, un temps métissé de légèreté et de tristesse. Un temps qui dure et passe, si vite.
Et c’est vrai que pour toutes ces raisons, le travail de reconstitution s’est voulu discret, très discret. Les changements sont portés par les femmes. La marche du temps se polarise plutôt sur leur maquillage, leur coiffure. Je voulais par exemple travailler sur la blondeur. Que Chiara-Véra soit blonde, comme sa mère, Catherine-Madeleine, puis qu’elle redevienne brune, ce qui correspond à un moment plus sombre. Avec la blondeur, quelque chose, la légèreté s’est perdue. En 1998 on est à Londres et puis on se retrouve en 2001 à Montréal. Il y a un saut du temps, et on a essayé de faire sentir qu’une représentation d’aujourd’hui, ça n’existe pas. Aujourd’hui est toujours nourri de références à hier, c’est aussi comme ça que je conçois mes films. J’aime qu’ils se nourrissent des films précédents, je refuse la prétention qui consiste à dire : « Aujourd’hui commence ce matin ».
Ce titre, « Les Bien-Aimés » est arrivé assez vite, puisque ce sont des amoureuses et des amoureux qui habitent le film. Ce qui les rend attachants, parfois tremblants, c’est qu’ils sont toujours dans l’incertitude du sentiment de l’autre.
Et que cette question de savoir s’ils sont « bien aimés » n’a pas de réponse. Ce titre-là n’était cependant pas le premier retenu.
Celui qui a d’abord voulu s’imposer était « L’Imprudence ». C’était un peu trop « kunderien », d’autant qu’une partie du film se déroule à Prague, et que le titre du livre de Milan Kundera, « L’Insoutenable légèreté de l’être » aurait pu convenir aussi!
L’imprudence était comprise comme un gage de liberté, autorisée à une certaine époque. Madeleine, la mère, a été dans sa vie et ses amours, en permanence imprudente, sa génération (ndlr : celle des baby-boomers) était prête à en payer le prix, et elle-même était prête à pousser Véra, sa fille, dans la même voie. Mais ce choix n’est plus permis à Véra, car à une certaine époque, le prix de l’imprudence est devenu fatal.
Quelle est l’importance du temps dans ce long-métrage ?
« Les Bien-Aimés » commence en 1963 et s’achève en 2008. C’est long : quarante- cinq ans ! Ce choix est né d’une envie d’être plus romanesque, de suivre des personnages sur la durée, de me lancer dans la recherche, non pas du temps perdu ( ! ) mais du temps qui passe et n’efface rien.
Les personnages de Madeleine (Catherine Deneuve) et Véra (Chiara Mastroianni) sont de grandes amoureuses, mais d’une certaine manière elles sont fidèles à leurs histoires d’amour. Comme le film est fidèle à une certaine idée du cinéma français, fidèle à ma façon de travailler avec les acteurs et d’en retrouver quelques-uns de film en film, comme Louis Garrel, Ludivine Sagnier et Chiara. Le début, dans les années 60, est joyeux, coloré, il s’accroche aux jambes des femmes, sans craindre la référence au Truffaut de « L’homme qui aimait les femmes ».
Comment faire passer l’idée du temps qui passe à travers les personnages, à travers leurs sentiments, sans se lancer à outrance dans les reconstitutions d’époque ? C’était une vraie difficulté. Le vintage peut être séduisant mais il débouche vite sur un musée de la mode. Pour les années 60, c’était amusant à faire, le début est comme un ballet, un prologue qui aide à entrer dans le film. Ensuite, au contraire, en travaillant avec le chef opérateur Rémy Chevrin, j’ai choisi de ne pas caractériser chaque époque. Les années 70, 90, les années 2000 baignent dans une lumière semblable. De même avec la costumière Pascaline Chavanne et le décorateur Samuel Deshors, nous avons travaillé sur les « indémodables », ce qui se transmet sans qu’on s’en rende compte d’une époque à une autre, aussi bien en matière de vêtements, que de meubles, d’accessoires.
Dans la mémoire familiale d’une maison « contemporaine », des strates de différentes époques, vieilles de dix, vingt, trente ans, se sont déposées. Il y avait pour moi l’idée d’appréhender la relativité de notre rapport au temps, la fin des années 90, la veille de l’an 2000, c’était au siècle dernier, et cela nous paraît si proche.
Nous sommes en train de parler d’un film qui prend en charge quarante années, qui les assume, qui parle de choses déjà loin de nous mais qui pourtant ressemblent beaucoup à nos vies. Il s’agit d’un rapport au temps où le temps est mêlé, comme il y a des sangs-mêlés, un temps métissé de légèreté et de tristesse. Un temps qui dure et passe, si vite.
Et c’est vrai que pour toutes ces raisons, le travail de reconstitution s’est voulu discret, très discret. Les changements sont portés par les femmes. La marche du temps se polarise plutôt sur leur maquillage, leur coiffure. Je voulais par exemple travailler sur la blondeur. Que Chiara-Véra soit blonde, comme sa mère, Catherine-Madeleine, puis qu’elle redevienne brune, ce qui correspond à un moment plus sombre. Avec la blondeur, quelque chose, la légèreté s’est perdue. En 1998 on est à Londres et puis on se retrouve en 2001 à Montréal. Il y a un saut du temps, et on a essayé de faire sentir qu’une représentation d’aujourd’hui, ça n’existe pas. Aujourd’hui est toujours nourri de références à hier, c’est aussi comme ça que je conçois mes films. J’aime qu’ils se nourrissent des films précédents, je refuse la prétention qui consiste à dire : « Aujourd’hui commence ce matin ».




