Le travail post-retraite doit être intégré au discours de politique générale par Caroline Young

Sans attendre la réforme des retraites, le gouvernement peut faciliter le travail des seniors. La France manque cruellement de main-d’œuvre qualifiée et fait face à une désindustrialisation massive. Le manque de compétitivité du pays s’explique en partie par un taux de participation à l’emploi trop faible. Il existe pourtant une réserve immense et non-exploitée de talents disponibles : les jeunes retraités, désireux de travailler et de transmettre leurs savoir-faire. Le point avec Caroline Young, co-fondatrice d’Experconnect.





La pérennité de l’industrie et la performance des entreprises françaises en dépendent. 1,5 million de salariés hautement qualifiés manqueront à l’appel en France d’ici 2030, soit un manque à gagner de 175 milliards d’euros pour le pays. Les retraités actifs représentent un gisement de connaissances, inépuisable mais trop souvent négligé.
 
L’enjeu est démographique puisqu’aujourd’hui, le nombre de retraités augmente plus que le nombre d’actifs. La France, qui fait face au vieillissement de sa population, a besoin de tous ses talents pour assurer sa prospérité et l’épanouissement de ces derniers.

Le travail des seniors développe l’activité et libère les talents. Les pays européens dont les taux d’emploi des seniors sont les plus élevés (Allemagne, Suède) connaissent les taux d’emploi des jeunes les plus élevés.
 
Sans attendre la réforme des retraites, il est possible de mettre en œuvre immédiatement des mesures simples et efficaces pour favoriser le travail post-retraite. Celui-ci est bon pour l’économie qui a besoin des talents des seniors, bon pour le pouvoir d’achat des retraités qui bénéficieront d’un complément de revenu et bon pour leur santé.
 
D’ailleurs l’étude réalisée par la gériatre émérite Françoise Forette démontre qu’une année supplémentaire en emploi réduit de 3,1 % le risque de développer la maladie d’Alzheimer.
 
Bien qu’une majorité de seniors aspire à une retraite autour de l’âge pivot actuel, ils sont de plus en plus nombreux à exprimer aussi leur désir de conserver une activité à temps choisi une fois leurs semestres liquidés.
 
Dans le contexte d’une espérance de vie qui ne cesse de croître, le gouvernement pourrait mettre en place sans plus attendre des outils pour permettre aux personnes qui le souhaitent de travailler plus longtemps, dans de bonnes conditions, et contribuer ainsi au financement des retraites.

Experconnect propose 20 mesures pouvant être mises en place immédiatement pour favoriser le travail post-retraite parmi lesquelles :

  • Exonérer de cotisations sociales les retraités qui reprennent une activité,
  • Rendre possible le cumul entre rémunération d’activité et pensions de retraite si la personne n’a pas atteint le taux plein,
  • Favoriser la création d’entreprises par les travailleurs post-retraites, en prévoyant des incitations fiscales,
  • Donner accès au Droit Individuel à la Formation, y compris après le départ en retraite,
  • Etendre aux retraités l’accès à des fonctions d’enseignants experts pour des missions au sein de l’enseignement supérieur,
  • Créer une réserve constituée de retraités pour des missions expertes à salaire restreint auprès du secteur public et des organisations non lucratives.
 
Comme le précise Caroline Young, « depuis une quinzaine d’années le regard posé sur le travail des seniors a évolué et nombre d’entre eux souhaitent garder une activité. Pour appréhender ces évolutions, les entreprises devront repenser les carrières de leurs collaborateurs après 45 ou 50 ans pour qu’ils aient la possibilité de se maintenir en emploi ».
 
Et de poursuivre : « tout comme les jeunes, nous avons besoin des seniors  pour répondre à la forte pénurie de talents sur le marché du travail qui ne va cesser de croître dans les années à venir. Les retraités compétents et désireux de poursuivre une activité professionnelle sont une ressource nécessaire pour l’entreprise ».

Article publié le 08/07/2022 à 08:03 | Lu 3624 fois