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Le relevé annuel de l'Assurance Maladie tenait sur une liste illisible : un camembert vous donne désormais le total payé pour vos soins

Par | Publié le 12/08/2026 à 07:58

Votre compte ameli affiche depuis fin juin un relevé annuel entièrement redessiné, avec un camembert coloré et un total affiché en son centre. Ce total dit ce que la Sécurité sociale a versé pour vous l'an dernier, et il donne une ligne qu'aucun autre service ne fournissait jusqu'ici : le prix de vos séjours à l'hôpital. Encore faut-il savoir ce que le graphique compte, et ce qu'il laisse de côté...

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Une retraitée consulte son relevé annuel sur ameli - Illustration générée par IA
Une retraitée consulte son relevé annuel sur ameli - Illustration générée par IA

Un graphique en forme de camembert à la place d'une liste

Le document existait déjà, mais il ressemblait à une liste que personne ne lisait jusqu'au bout. Depuis fin juin, il prend la forme d'un graphique en parts colorées, montant annuel au centre, comme l'Assurance Maladie l'a détaillé dans une information publiée le 15 juillet.

Les parts suivent cinq familles de soins : l'hôpital ou la clinique, la pharmacie, les consultations en ville, les soins paramédicaux avec les analyses et les transports, les indemnités journalières. Il s'ouvre depuis la rubrique « Frais de santé ».
 

La ligne qu'aucun autre service ne donne

Le vrai apport du nouveau relevé tient dans une ligne qui n'existe nulle part ailleurs. L'Assurance Maladie indique que ce document est le seul téléservice permettant de connaître le montant des séjours et des soins réalisés à l'hôpital ou en clinique. Pour un lecteur de 65 ans qui a passé quatre jours en cardiologie l'an dernier, c'est la seule façon de voir ce que ce séjour a coûté à la collectivité. Toujours selon les données 2023 de la DREES, l'hôpital pèse 1 257 euros sur les 3 124 euros de dépense moyenne, soit quatre euros sur dix.

En revanche, le forfait hospitalier n'apparaît pas dans le camembert, et pour cause : l'Assurance Maladie ne le rembourse pas. Depuis le 1er mars 2026, il s'élève à 23 euros par jour d'hospitalisation, jour de sortie compris, et à 17 euros en service psychiatrique. Une semaine de lit représente donc 161 euros, à la charge du patient ou de sa complémentaire selon le contrat. Cette somme figure sur la facture de l'établissement, jamais sur le relevé annuel.

Voilà pourquoi je lis ce graphique avec la facture de l'hôpital posée à côté.
 

Deux usages concrets de ce total

Alors que faire de ce total une fois qu'on l'a sous les yeux ? La première utilité est comptable : le montant central se compare directement à ce que vous versez chaque année à votre mutuelle. Un retraité qui paie 1 800 euros de cotisation pour une année remboursée 900 euros par la Sécurité sociale n'a pas forcément le bon niveau de garanties.

La seconde utilité tient à la vérification. Les cinq familles de soins se parcourent une à une, à la recherche d'une ligne qui ne correspond à rien de vécu : un acte que vous n'avez pas eu, un transport que vous n'avez pas pris. Le compte ameli permet de signaler un acte médical non réalisé, et cette anomalie ne se voit qu'une fois par an, au moment où ce relevé s'affiche.
 

Ce que le graphique ne compte pas

Un malentendu guette pourtant ceux qui lisent ce total comme une facture. Le camembert compte ce que l'Assurance Maladie a payé, pas ce que la maladie vous a coûté. Un retraité qui découvre 4 000 euros au centre du graphique peut en conclure que sa santé ne lui coûte rien, alors que les deux chiffres ne mesurent pas la même chose.

Deux retenues échappent au graphique, et ce sont celles qui sortent de votre compte en banque. La participation forfaitaire de 2 euros s'applique à chaque consultation, à chaque radiologie et à chaque analyse de biologie, dans la limite de 50 euros par an. La franchise médicale prélève de son côté 1 euro par boîte de médicament, 1 euro par acte d'infirmier ou de kinésithérapeute et 4 euros par transport sanitaire, avec le même plafond. Ces sommes sont déduites avant l'affichage : le relevé montre le remboursement une fois la retenue passée, jamais la retenue elle-même.

Or ces cent euros ne sont pas couverts par votre complémentaire. Les contrats dits responsables, qui représentent la quasi-totalité du marché, ont l'interdiction de les prendre en charge : nous les payons tous de notre poche, avec une mutuelle à 40 euros par mois comme à 180.

Reprenons les ordres de grandeur avec la statistique publique. D'après l'outil de datavisualisation mis à jour en avril par la DREES, sur les données de 2023, la dépense de santé moyenne s'établit à 3 124 euros par patient et l'assurance maladie obligatoire en rembourse 81 %. Rapporté à cette moyenne, le relevé affiche environ 2 530 euros et laisse hors champ près de 594 euros par personne et par an, le solde d'une soustraction que le graphique ne fait pas à votre place.
 

Le décret attendu à l'automne

La partie que le graphique ne montre pas va d'ailleurs s'épaissir à l'automne. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé le 23 juillet le doublement des deux plafonds annuels : les 50 euros de participations forfaitaires passeraient à 100 euros, et les 50 euros de franchises également, soit 200 euros par personne et par an au lieu de 100.

Les montants unitaires, eux, ne bougent pas. Ce qui change, c'est la durée pendant laquelle ces retenues tombent avant d'être stoppées par le plafond : elles courent désormais plus loin dans l'année. La mesure passe par décret et non par la loi, après avoir été écartée du budget de la Sécurité sociale en décembre dernier, et elle s'applique deux mois après sa publication au Journal officiel. À la date du 11 août, ce décret n'est pas paru.
  Qui paiera vraiment ce doublement ? Les personnes qui consultent peu ne verront quasiment rien. Celles qui cumulent traitement chronique, kinésithérapie et transports atteindront le nouveau plafond comme elles atteignaient l'ancien. Stéphanie Rist a elle-même chiffré à environ 78 euros par an la somme supportée aujourd'hui par un malade chronique, ce qui la placerait plutôt autour de 150 euros ensuite. Le camembert publié fin juin ne dira rien de cette part, mais il donne enfin l'autre moitié du compte, celle que nous finançons collectivement et que personne n'avait encore mise sous vos yeux.

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