Deux décisions signées le 28 juillet
Il suffit de taper le nom d'une maladie et les mots cellules souches dans un moteur de recherche pour arriver en trois clics sur des établissements étrangers qui affichent des taux de réussite.
L'Agence nationale de sécurité du médicament a rendu publiques le 10 août deux décisions de police sanitaire visant deux de ces sites Internet, exploités par les sociétés Liv Hospital et You StemCell, toutes deux installées en Turquie. Les décisions portent, elles, la date du 28 juillet.
L'Agence nationale de sécurité du médicament a rendu publiques le 10 août deux décisions de police sanitaire visant deux de ces sites Internet, exploités par les sociétés Liv Hospital et You StemCell, toutes deux installées en Turquie. Les décisions portent, elles, la date du 28 juillet.
Huit maladies promises, de l'enfant au grand âge
La liste des pathologies annoncées par ces deux sites ne ressemble à rien de médical. On y trouve l'autisme, la paralysie cérébrale, la sclérose en plaques, Alzheimer, Parkinson, le diabète, l'infertilité et la maladie de Charcot. Aucun mécanisme biologique ne relie ces huit maladies entre elles.
Ce que la liste a de cohérent, c'est le désespoir qu'elle vise, et elle couvre toute une vie. La paralysie cérébrale et l'autisme concernent des parents de jeunes enfants, la sclérose en plaques des adultes diagnostiqués vers la trentaine, l'infertilité des couples en pleine tentative, Alzheimer et Charcot des familles confrontées à une dégradation.
Les ordres de grandeur donnent le vertige. Le ministère de la Santé recense 120 000 personnes atteintes de sclérose en plaques en France, dont 700 enfants, et l'Inserm compte 1,2 million de Français vivant avec la maladie d'Alzheimer. Chaque diagnostic ouvre une période où la famille cherche, lit et compare.
Le raisonnement de l'agence, lui, tient d'abord au droit. Une thérapie par cellules souches présentée comme le traitement d'une pathologie répond à la définition du médicament, et aucune de ces deux sociétés ne détient d'autorisation de mise sur le marché, ni le visa de publicité que délivre l'ANSM.
Sur les promesses elles-mêmes, l'ANSM emploie une formule sans détour : ces sociétés affirment de manière infondée que leurs thérapies soignent ces maladies. Ni l'efficacité, ni la sécurité, ni la qualité de ces préparations n'ont été démontrées. Rien ne garantit donc la composition de ce qui est injecté.
Ce que la liste a de cohérent, c'est le désespoir qu'elle vise, et elle couvre toute une vie. La paralysie cérébrale et l'autisme concernent des parents de jeunes enfants, la sclérose en plaques des adultes diagnostiqués vers la trentaine, l'infertilité des couples en pleine tentative, Alzheimer et Charcot des familles confrontées à une dégradation.
Les ordres de grandeur donnent le vertige. Le ministère de la Santé recense 120 000 personnes atteintes de sclérose en plaques en France, dont 700 enfants, et l'Inserm compte 1,2 million de Français vivant avec la maladie d'Alzheimer. Chaque diagnostic ouvre une période où la famille cherche, lit et compare.
Le raisonnement de l'agence, lui, tient d'abord au droit. Une thérapie par cellules souches présentée comme le traitement d'une pathologie répond à la définition du médicament, et aucune de ces deux sociétés ne détient d'autorisation de mise sur le marché, ni le visa de publicité que délivre l'ANSM.
Sur les promesses elles-mêmes, l'ANSM emploie une formule sans détour : ces sociétés affirment de manière infondée que leurs thérapies soignent ces maladies. Ni l'efficacité, ni la sécurité, ni la qualité de ces préparations n'ont été démontrées. Rien ne garantit donc la composition de ce qui est injecté.
Ce qu'une suspension de publicité arrête vraiment
Une décision de police sanitaire ne ferme pas une clinique. Elle suspend la publicité faite en faveur d'un produit sur le territoire où l'agence est compétente. Les deux établissements visés restent installés en Turquie, hors de portée du droit français, et continuent d'exercer. Ce que l'ANSM peut couper, c'est le canal de communication qui conduit les patients français jusqu'à eux.
Le calendrier mérite qu'on s'y arrête. Les deux décisions ont été signées le 28 juillet et l'information au public est parue le 10 août : treize jours séparent les deux dates. Ce compte n'est pas un indicateur de l'agence, c'est une soustraction entre deux dates qu'elle publie elle-même.
Le précédent de l'automne dernier donne la même mesure. En octobre 2025, l'ANSM avait déjà suspendu la publicité d'une société turque de tourisme médical, Linden Clinics, qui présentait ses injections de cellules souches comme une réponse à l'autisme ou aux retards de développement. Décision du 17 octobre, information au public du 3 novembre : dix-sept jours.
Sauf que la notification et la publication ne s'adressent pas au même monde. La première fait cesser l'annonce, la seconde prévient le lecteur qui a vu passer cette annonce et n'a aucune raison d'aller consulter le bulletin des décisions de police sanitaire.
Entre les deux, l'information circule à sens unique.
Trois sociétés ont été visées pour la même pratique depuis octobre 2025, sur une période de neuf mois et demi. Et l'agence prévient qu'elle prendra de nouvelles décisions si elle identifie d'autres promotions du même type.
Le calendrier mérite qu'on s'y arrête. Les deux décisions ont été signées le 28 juillet et l'information au public est parue le 10 août : treize jours séparent les deux dates. Ce compte n'est pas un indicateur de l'agence, c'est une soustraction entre deux dates qu'elle publie elle-même.
Le précédent de l'automne dernier donne la même mesure. En octobre 2025, l'ANSM avait déjà suspendu la publicité d'une société turque de tourisme médical, Linden Clinics, qui présentait ses injections de cellules souches comme une réponse à l'autisme ou aux retards de développement. Décision du 17 octobre, information au public du 3 novembre : dix-sept jours.
Sauf que la notification et la publication ne s'adressent pas au même monde. La première fait cesser l'annonce, la seconde prévient le lecteur qui a vu passer cette annonce et n'a aucune raison d'aller consulter le bulletin des décisions de police sanitaire.
Entre les deux, l'information circule à sens unique.
Trois sociétés ont été visées pour la même pratique depuis octobre 2025, sur une période de neuf mois et demi. Et l'agence prévient qu'elle prendra de nouvelles décisions si elle identifie d'autres promotions du même type.
La perte de chance change avec l'âge
Le premier danger n'est pas celui qu'on imagine. L'ANSM écrit que ces traitements peuvent présenter un risque pour la santé, puis elle ajoute un second motif, plus insidieux : la perte de chance, lorsqu'un patient renonce à un traitement validé ou le retarde pour se tourner vers ces offres. Une injection achetée à l'étranger consomme des semaines de calendrier, un budget, et l'énergie d'une famille entière.
Cette perte de chance ne pèse pas le même poids selon l'âge. Pour un enfant atteint de paralysie cérébrale, les mois de kinésithérapie et d'orthophonie suspendus le temps d'un voyage ne se rattrapent pas. Pour un adulte suivi pour une sclérose en plaques, interrompre un traitement de fond expose à des poussées que personne n'effacera. Et pour un couple confronté à l'infertilité, le calendrier biologique avance sans attendre.
Sur ce terrain, la médecine validée avance lentement et le dit. Elle refuse des molécules quand le bénéfice ne compense pas le risque, elle publie ses échecs, elle date ses résultats.
Cette perte de chance ne pèse pas le même poids selon l'âge. Pour un enfant atteint de paralysie cérébrale, les mois de kinésithérapie et d'orthophonie suspendus le temps d'un voyage ne se rattrapent pas. Pour un adulte suivi pour une sclérose en plaques, interrompre un traitement de fond expose à des poussées que personne n'effacera. Et pour un couple confronté à l'infertilité, le calendrier biologique avance sans attendre.
Sur ce terrain, la médecine validée avance lentement et le dit. Elle refuse des molécules quand le bénéfice ne compense pas le risque, elle publie ses échecs, elle date ses résultats.
Si un proche a déjà payé
Pour les personnes qui ont déjà eu recours à ces traitements, l'agence formule deux demandes précises dans son information du 10 août : La première consiste à contacter ses professionnels de santé et à leur détailler les traitements pris comme les actes pratiqués ou proposés dans ce cadre. La seconde consiste à déclarer tout effet indésirable survenu après ces injections.
Ces deux gestes ne relèvent pas de la formalité. Un médecin qui ignore qu'une injection de cellules a été pratiquée à l'étranger interprétera une fièvre ou une fatigue inhabituelle sans cette information, et passera à côté de la piste la plus simple.
Un dernier point mérite d'être gardé en tête au moment où un proche évoque un devis, pour lui-même, pour son enfant ou pour son conjoint : la suspension prononcée par l'ANSM porte sur la publicité diffusée vers le public français, pas sur les sites Internet concernés, qui restent toujours accessibles depuis n'importe quel navigateur...
Ces deux gestes ne relèvent pas de la formalité. Un médecin qui ignore qu'une injection de cellules a été pratiquée à l'étranger interprétera une fièvre ou une fatigue inhabituelle sans cette information, et passera à côté de la piste la plus simple.
Un dernier point mérite d'être gardé en tête au moment où un proche évoque un devis, pour lui-même, pour son enfant ou pour son conjoint : la suspension prononcée par l'ANSM porte sur la publicité diffusée vers le public français, pas sur les sites Internet concernés, qui restent toujours accessibles depuis n'importe quel navigateur...


