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Ménopause : ce verdict de l'ANSES rendu en mars sur les compléments les plus vendus en pharmacie

Par | Publié le 06/05/2026 à 08:58

Au rayon ménopause d'une pharmacie de quartier, les boîtes s'alignent par dizaines : isoflavones de soja, trèfle rouge, actée à grappes, sauge, ashwagandha, complexes brevetés. La promesse est partout la même : retrouver le sommeil, calmer les bouffées, lisser l'humeur. Une seule chose manque sur les emballages : la mise en garde que l'agence sanitaire française a publiée le 24 mars 2025.


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Femme senior organisant ses boîtes de compléments alimentaires © SeniorActu.com
Femme senior organisant ses boîtes de compléments alimentaires © SeniorActu.com

Un avis publié il y a un an, ignoré par les rayons pharmacie

Le 24 mars 2025, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) a publié un avis qui aurait dû faire l'effet d'un séisme dans la filière des compléments alimentaires.

L'agence a recommandé de retirer progressivement les aliments à base de soja des menus de la restauration collective, en visant explicitement les écoles, les hôpitaux et les maisons de retraite. Le motif tient en un mot : les isoflavones, ces molécules végétales aussi appelées phytoestrogènes, qui miment l'action des œstrogènes humains.

Or ces mêmes isoflavones sont précisément l'ingrédient phare de la majorité des compléments « spécial ménopause » alignés en pharmacie, parapharmacie et magasin bio.

Un an plus tard, à l'heure où votre serviteur écrit ces lignes, le rayon ménopause de la plupart des officines françaises fait comme si l'avis n'existait pas. Aucune affichette, aucun rappel, aucune information délivrée spontanément à la cliente qui repart avec une boîte d'isoflavones de soja sous le bras.

Le seuil ANSES qu'aucun complément du marché ne respecte

Pour fixer un cap, l'Anses a établi en mars 2025 une valeur toxicologique de référence pour la population générale, c'est-à-dire la dose quotidienne en dessous de laquelle aucun effet indésirable n'est attendu sur le système reproducteur ou hormonal.

Cette valeur s'établit à 0,02 mg d'isoflavones par kilo de poids corporel et par jour. Pour une femme de 60 kilos, cela donne un plafond quotidien de 1,2 mg d'isoflavones par jour, tous aliments et compléments confondus.

Comparez ce chiffre à la dose présente dans la majorité des compléments « ménopause » : entre 30 et 80 mg d'isoflavones par gélule, à raison d'une à deux prises journalières. Soit entre 25 et 130 fois plus que ce que l'agence sanitaire considère comme un seuil sans risque.

La précédente recommandation, héritée de l'ex-Afssa et toujours affichée par les fabricants, fixait un plafond de 1 mg par kilo et par jour, soit 60 mg pour une femme de 60 kilos. Le nouveau seuil 2025 est cinquante fois plus strict.

Comparaison des principaux actifs des compléments ménopause selon le verdict des autorités sanitaires françaises et européennes en 2025 et 2026 COMPLÉMENTS MÉNOPAUSE 2026Verdicts des autorités sanitairesSeuil ANSES isoflavones1,2 mg/jpour une femme de 60 kgtous apports cumulésVeoza (fézolinétant)Traitement non hormonal sur ordonnanceBouffées sévèresListe noire Prescrire 2026Isoflavones de soja30 à 80 mg par gélule en libre-serviceBouffées et sueursANSES : seuil très restrictifPlantes hors sojaSauge, actée, ginseng, ignameConfort généralEFSA : allégations interditesMélatonine, safranActifs ciblés sommeil et humeurSommeil, humeurEffet ciblé modeste© SeniorActu.com

Veoza, le premier traitement non hormonal entré sur la liste noire 2026

Côté médicament, la revue Prescrire, publication indépendante reconnue par les médecins et les pharmaciens, a publié en décembre 2025 sa liste noire 2026 des traitements à éviter.

Trois nouveaux médicaments y font leur entrée. Parmi eux, un seul concerne directement les femmes en post-ménopause : le fézolinétant, commercialisé en France sous le nom de Veoza par le laboratoire Astellas Pharma depuis 2025.

Veoza est le premier traitement non hormonal autorisé contre les bouffées de chaleur modérées à sévères. Il agit sur des récepteurs cérébraux impliqués dans la régulation thermique, et constituait un espoir réel pour les femmes chez qui le traitement hormonal de la ménopause est contre-indiqué.

Sauf que les essais cliniques ont révélé une efficacité modeste : entre deux et trois bouffées de chaleur en moins par jour, sur une moyenne de onze quotidiennes. L'UFC-Que Choisir, qui a décrypté la liste noire, rappelle que le bénéfice est limité au regard du risque.

Et surtout, le laboratoire Astellas, en accord avec l'EMA et l'ANSM, a dû adresser en mai 2025 une lettre aux médecins et pharmaciens français pour signaler des cas de lésions hépatiques graves, parfois sévères, survenus chez des patientes traitées. La revue Prescrire a tranché : les bénéfices ne pèsent pas lourd face au risque pour le foie.

Ce que les études cliniques montrent vraiment sur l'efficacité

Sur les phytoestrogènes du soja, les compilations d'études cliniques convergent vers un constat partagé. La revue scientifique Minerva a synthétisé les essais randomisés contre placebo : oui, les isoflavones diminuent la fréquence et l'intensité des bouffées de chaleur, mais l'effet dépend de la dose et de la durée.

Et nous parlons d'une efficacité partielle. Là où le traitement hormonal de la ménopause soulage environ 70 % des femmes, les phytoestrogènes en soulagent autour de 30 %, selon les chiffres relayés par la fiche Vidal sur les isoflavones.

Côté autres plantes, la situation est plus floue encore. Pour le ginseng, le dong quai, l'igname sauvage, l'actée à grappes ou la sauge, le consensus scientifique européen est limpide : aucune étude robuste ne démontre une efficacité supérieure au placebo sur les troubles climatériques.

Depuis 2012, l'EFSA a d'ailleurs interdit aux fabricants d'alléguer que leurs compléments à base d'isoflavones soulagent les symptômes vasomoteurs ou maintiennent la densité osseuse. Cette décision est passée inaperçue du grand public mais elle structure aujourd'hui la réglementation des emballages.

Restent la mélatonine et le magnésium pour le sommeil, et le safran pour l'humeur. Là, les études sont plus convaincantes mais l'effet ciblé reste modeste, et ces actifs ne s'attaquent pas à la cause hormonale du problème.

Les bons gestes que personne ne met sur l'emballage

Au-delà du rayon pharmacie, plusieurs leviers sans risque tiennent leurs promesses. L'Assurance Maladie rappelle sur sa page dédiée à la ménopause qu'environ 30 minutes de marche soutenue par jour réduisent la fréquence des bouffées de chaleur et améliorent la qualité du sommeil.

C'est gratuit, sans contre-indication, et l'effet est documenté depuis vingt ans. Du côté de l'alimentation, deux à trois portions hebdomadaires de soja non transformé, comme le tofu ou l'edamame, apportent des isoflavones à dose modérée et naturellement encadrée.

C'est précisément la prise alimentaire qui ne pose pas de problème, contrairement à la dose concentrée des compléments. Sur le plan thérapeutique, l'hypnose médicale a montré dans plusieurs études une réduction significative de la fréquence et de l'intensité des bouffées de chaleur.

Si les symptômes restent invalidants, le traitement hormonal de la ménopause garde son indication, à condition d'évaluer avec votre gynécologue le rapport bénéfice-risque selon vos antécédents personnels et familiaux.
 

Cette conversation médicale est la seule qui mérite d'avoir lieu, et elle ne se tient pas dans l'allée d'une parapharmacie. Reste à savoir si la filière des compléments mettra à jour ses étiquettes pour refléter l'avis de l'Anses, ou si la mise en garde de mars 2025 finira dans les archives.

 
Sources :
- Anses, avis du 28 mars 2025 sur les isoflavones et la restauration collective
- Revue Prescrire, bilan 2026 des médicaments à écarter, décembre 2025
- UFC-Que Choisir, décryptage de la liste noire Prescrire 2026, décembre 2025
- ANSM et Agence européenne du médicament, lettre aux professionnels de santé, mai 2025
- Vidal, fiche d'information sur les isoflavones et la ménopause


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