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Article publié le 25/01/2019 à 10:09 | Lu 1061 fois

Kean de Dumas-Sarte au Théâtre 14 : pari tenu !

Après Frédérick Lemaître, Pierre Brasseur et Jean-Paul Belmondo, c’est Alexis Desseaux qui endosse les habits chatoyants du comédien anglais. Avec de tels prédécesseurs, il lui fallait bien de l’audace, si talentueux soit-il, pour reprendre le flambeau. Pari tenu. La nouvelle production donnée en ce moment au Théâtre 14 est à la hauteur de l’enjeu.


Edmund Kean était un célèbre acteur britannique du début du 19ème siècle et spécialiste des grands rôles shakespeariens. Adulé par le Tout Londres aristocrate et cultivé, il est mort à 43 ans d’excès et de débauche.
 
Alexandre Dumas s’empare du sujet en 1836 pour en faire une pièce, sous-titrée Désordre et Génie. Déjà à l’époque, l’auteur s’interrogeait sur ce qu’est un acteur : est-il encore lui-même ou est-il devenu la complexe addition de ses personnages ?
 
Question pirandellienne s’il en est, et bien avant l’heure ! L’adaptation de Jean-Paul Sartre date de 1953. Elle y rajoute une dimension politique et philosophique : nous sommes tous des acteurs qui faisons mine de croire à nos personnages. Mais sommes-nous libres d’en décider ?
 
Flambeur et Don Juan, cynique et passionné, Kean est aimé par deux femmes, une comtesse qui, d’évidence, aime l’acteur plus que l’homme -Kean ne s’en rendra compte que trop tard- et une jeune bourgeoise prête à tout pour le délivrer de ses carcans. Trop aimé ? Mal aimé ? Tout cela finira mal…
 
La production qui nous est présentée s’inscrit délibérément dans un théâtre de troupe. Il n’est pour s’en convaincre que de lire l’affiche du spectacle, qui donne la distribution par ordre alphabétique.
Mais on ne peut s’empêcher de complimenter particulièrement Alexis Desseaux, notre Kean. Il apporte à son personnage le brio, le panache, l’orgueil et la modestie, nous évoquant immanquablement un certain Cyrano qui n’est pas encore né.
 
Justine Thibaudat, quant à elle, se délecte dans le rôle d’Anna. Elle a la grâce, la jeunesse et le talent qui s’équilibrent parfaitement avec la rudesse soyeuse de son partenaire. Le reste de la distribution, parfaitement dirigée, apporte à l’ensemble une impression de grande homogénéité.
 
Alain Sachs signe une mise en scène très fluide, avec des changements de décors à vue mus par les acteurs eux-mêmes. Les costumes élaborés avec soin par Pascale Bordet contribuent grandement à nous transporter dans cet univers d’apparences et de faux semblants.
 
Du grand et beau théâtre soutenu par un texte dense mais jamais pédant ni didactique. La pièce qui, au fil des années et des interprétations, n’a pas vieilli, n’est pourtant pas très souvent jouée.
Ne manquez pas cette occasion de la (re)découvrir !

Théâtre 14
20, avenue Marc Sangnier
75014 Paris
mardi, vendredi et samedi à 20h30
mercredi et jeudi à 19h
matinée samedi à 16h






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