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Article publié le 09/07/2018 à 01:00 | Lu 1874 fois

Démence : détecter les signes annonciateurs à l'aide d'un simple téléphone portable

Une équipe internationale de scientifiques a mis au point un nouveau procédé de dépistage à domicile du déclin cognitif lié à l’âge (démence) en se servant d’un test demandant aux patients de détecter des sons et des clignotements sur leur ordinateur portable ou leur téléphone. Explications.


Démence : détecter les signes annonciateurs à l'aide d'un simple téléphone portable
Produite par des chercheurs de Suisse et du Royaume-Uni*, l’étude montre que le test, à la fois simple et économique, est de nature à contribuer à l’amélioration du diagnostic précoce du Déficit cognitif léger (DCL) et à favoriser ainsi les interventions utiles en temps voulu. Ce constat est d’autant plus intéressant que le DCL se transforme en maladie d’Alzheimer chez 30 à 50% des personnes concernées.
 
S’agissant du DCL, il n’existe actuellement aucun test de diagnostic sanguin similaire à celui élaboré pour le diabète : le seul diagnostic disponible à ce jour consistant en de longues évaluations neuropsychologiques associant tests de contrôle cognitif et de mémoire et questions sur les activités quotidiennes et sur l’humeur.
 
Or, ces tests onéreux, demandent une formation, prennent beaucoup de temps aux patients et aux cliniciens et leurs conclusions peuvent être influencées par des facteurs tels que le QI de l’individu, son statut socioéconomique, voire les testeurs eux-mêmes.
 
Sachant que la population mondiale vieillit et que le nombre de personnes atteintes de démence est estimé à 50 millions sur la planète, la mise au point d’un nouveau test relevait par conséquent de l’urgence.
 
Pour les besoins de l’étude, il a simplement été demandé aux 123 participants d’appuyer sur un bouton quand ils voyaient un clignotement ou entendaient un son. Dans certains cas, les clignotements et les sons étaient présentés séparément, tandis que dans d’autres, les deux stimuli étaient émis simultanément. Parmi les participants, on comptait 51 jeunes adultes en bonne santé, 49 adultes âgés en bonne santé, et 23 adultes âgés atteints de DCL.
 
Sous la direction du Professeur Micah Murray de l’Université de Lausanne (Suisse), les chercheurs ont ensuite déduit deux mesures des résultats obtenus par les différentes personnes, en se demandant : 1) si elles détectaient plus rapidement les clignotements ou les sons, et 2) si elles tiraient un avantage de la détection d’un stimulus visuo-auditif par rapport aux clignotements ou aux sons.
 
Le Dr Paul Matusz, également de l’Université de Lausanne, explique qu’avec ces deux seules mesures, l’équipe a pu dire avec précision si une personne allait recevoir ou non un diagnostic de DCL à l’aide de tests cliniques ordinaires.
 
De son côté, le Dr Trudi Edginton, neuroscientifique cognitive et psychologue clinique à la City University of London (Londres, Royaume-Uni), fait pour sa part observer : « nos conclusions ouvrent une possibilité prometteuse : celle qu’une simple tâche perceptuelle constitue un précieux outil complémentaire pour le dépistage et l’évaluation du DCL ».
 
Et de poursuivre : « cela dit, le test que nous avons introduit ne doit pas encore être considéré comme un substitut à ceux actuellement utilisés en pratique clinique. L’équipe réfléchit à présent à de nouvelles techniques permettant de valider cet outil de dépistage innovant et d’explorer le rôle des systèmes de neurotransmetteurs dans les altérations des fonctions sensorielles et cognitives attribuables au vieillissement ou aux pathologies, ce afin d’approfondir les options envisageables pour le diagnostic précoce et le traitement potentiel. »
 
« Nous nous réjouissons beaucoup de ces travaux, car ils montrent que la réalisation de tests très simples facilite la pratique clinique en touchant une population plus large à un moindre coût. Nous sommes heureux du fait que nos conclusions clarifient le lien entre notre vision et notre audition et leur rôle dans la stimulation du fonctionnement de la mémoire : il devient de plus en plus évident que le degré de préservation de nos aptitudes cognitives au fil du vieillissement dépend de l’acuité de nos sens. Notons que cela prolonge les résultats déjà établis chez les enfants d’âge scolaire » ajoute Micah Murray.
 
Cette étude a été publiée le mois dernier dans la revue Nature Scientific Reports.
 
*Les recherches sont le fruit d’une collaboration internationale entre le Centre hospitalier universitaire et l’Université de Lausanne (Lausanne, Suisse), l’Université de Westminster (Londres, Royaume-Uni), la City University de Londres (Londres, Royaume-Uni) et l’Université des Sciences appliquées de Suisse occidentale (Sierre, Suisse), soutenue par le Fonds national suisse de recherche scientifique, la Fondation Pierre Mercier, et un donateur conseillé par Carigest SA.
 
Murray M. M.*, Eardley A. F., Edginton T., Oyekan R., Smyth E., Matusz P. J.* (2018) Sensory dominance and multisensory integration as screening tools in aging. Nature Scientific Reports, www.nature.com/articles/s41598-018-27288-2.