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Article publié le 02/04/2020 à 07:16 | Lu 4601 fois

Covid-19 : le point sur les troubles de l'odorat et du goût avec l'Hôpital Foch de Suresnes




Au cours des dernières semaines, de nombreux médecins et spécialistes ORL (nez-gorge et oreilles) ont observé chez les patients infectés par le coronavirus, des troubles de l'odorat et du goût. Ces symptômes d'anosmie (perte partielle ou totale de l'odorat) et de dysgueusie (perte partielle ou totale du goût) ont été retrouvés chez un grand nombre de patients infectés en Allemagne, France, Italie, Espagne, Angleterre et aux USA. Le point sur la question avec l’Hôpital Foch de Suresnes dans le 92.


Face à la multiplication des déclarations médicales dans la presse, un groupe de spécialistes ORL de l'IFOS (la fédération internationale des sociétés d'ORL) a développé un questionnaire permettant d'investiguer ces troubles de l'odorat et du goût chez des patients infectés par le COVID-19.
 
Jérôme Lechien du service ORL de l'hôpital Foch et le Pr Sven Saussez, ORL et chercheur à l'université de Mons ont coordonné cette étude qui a été réalisée par 33 médecins ORL et chercheurs dans 12 hôpitaux européens.  
 
Cette recherche* a été menée sur 417 patients présentant une forme non-sévère d'infection à COVID-19 (263 femmes (63%) et 154 hommes (37%)).
 
Les symptômes généraux les plus fréquents de la maladie sont la toux, les douleurs musculaires, la perte d'appétit et la fièvre. Les symptômes ORL les plus fréquents sont les douleurs faciales et l'obstruction nasale.
 
Une large majorité des patients infectés présente des troubles partiels ou complets de l'odorat (86%) et  des troubles partiels ou complets du goût (88%). Selon cette étude, les troubles de l'odorat surviennent soit avant l'apparition des symptômes (généraux et ORL), dans 12% des cas, soit pendant (pour les deux-tiers (65%) des cas) ou soit après pour un petit quart (23%).
 
De manière surprenante, les femmes sont nettement plus atteintes par cette anosmie et cette différence liée au sexe est significative sur le plan statistique. Autre point : près de la moitié (44%) des malades a récupéré l’odorat dans un délai de quinze jours. Les autres patients doivent conserver un bon espoir de récupération, mais qui pourrait se faire dans les 12 mois suivant l'apparition des symptômes (la récupération nerveuse est un processus lent).
 
De nouvelles études sont en cours de réalisation pour déterminer avec plus de précision la durée de la récupération et les mécanismes expliquant ces symptômes.
 
Dans ce contexte, trois recommandations sont formulées par les auteurs de l'étude :
1. Une anosmie et/ou dysgueusie survenue au cours des dernières semaines (après le 1er mars 2020) chez des patients ne présentant aucun antécédents ORL (sinusite chronique, polypes nasaux, chirurgie nasale ou sinusale) doit être considérée comme un symptôme spécifique de l'infection à COVID-19 et devrait être officiellement ajoutée à la liste des autres symptômes reprises par l'OMS.
 
2. Se basant sur le principe de précaution, les patients atteints d'une anosmie/dysgueusie isolée (sans autres symptômes de la maladie) devraient être considérés comme potentiellement infectés par le COVID-19 et donc isolés pour une période minimale de 7 jours (à discuter avec le médecin traitant).
 
3. Point important : les traitements habituellement donnés pour traiter l'anosmie à savoir les corticoïdes oraux ou nasaux (spray) sont contrindiqués dans le cadre de ces anosmies en relation avec l'infection à COVID-19.
 
*Etude complète : Lechien JR et al. Olfactory and Gustatory Dysfunctions as a Clinical Presentation of Mild to Moderate forms of the Coronavirus Disease (COVID-19): A Multicenter European Study. Eur Arch Otorhinolaryngol, 2020, accepté