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Article publié le 02/04/2020 à 01:00 | Lu 3139 fois

Covid-19 : la vieillesse serait-elle un mal pour notre pays ? Tribune libre d'Audrey Dufeu-Schubert, députée




Décembre 2019, j’écrivais au Premier ministre que le « tout-performance » renforçait les clivages et produisait des discriminations liées à l’âge, l’AGISME. La crise sanitaire du COVID19 est un détonateur macabre des inégalités.


Demain, nous devrons faire résilience et reconnaître que seul un système centré autour de la protection des plus vulnérables nous protégera de notre vulnérabilité collective. Nous devrons trouver un équilibre sociétal qui ne véhiculera pas l’utopie d’une immortalité dans la performance.
 
Le paradoxe est flagrant. Hier, je pensais que l’augmentation de l’espérance de vie était une chance. Aujourd’hui, brutalement, à la lumière du Covid19 cette même longévité est une faiblesse. Comme si notre survie collective se basait sur le seul critère de l’âge. Il nous faut d’urgence changer notre pensée et modifier le regard porté sur les aînés.
 
L’avancée en âge s’est brutalement matérialisée par une inégalité dans les choix thérapeutiques en cette période de crise sanitaire.
 
Les réactions discriminantes autour du vieillissement sont le reflet de craintes personnelles et d’un désarroi collectif face à l’avancée en âge et à la peur de mourir.
 
En février, quand la Chine était au pic de l’épidémie, qui, en France, ne s’est pas rassuré par l’éloignement géographique ? « Non, cela ne nous arrivera pas ». Début Mars, quand l’Italie fait état du nombre croissant de décès, qui, parmi nous, ne s’est pas senti soulagé par l’âge des victimes ?
 
« Non, cela ne nous arrivera pas, le Covid19 ne touche que les vieux ». Mars, la France dépasse le seuil épidémique. La réaction est directe : « Oui, le Covid19 est là, isolons les vieux et gardons le réa pour les jeunes ».
 
Lutter contre l’âgisme c’est redonner un espace de vie à chacun. La crise du Covid19 est l’occasion de déconstruire ces schémas d’exclusion. C’est le droit de vivre ou de mourir que nous requestionnons. Le vieillissement dépend du ministère de la santé. Nous en voyons aujourd’hui les limites.
 
Le confinement engendre des situations d’isolement social extrême jusqu’alors invisible. Les collectivités locales doivent jouer un rôle dans l’offre de services qu’elles apportent à leurs administrés vieillissants et l’élaboration d’un pacte territorial de la longévité permettrait une vision transversale, inexistante à ce jour.
 
Les Français ont davantage peur de l’isolement social que de leur propre perte d’autonomie. La présence humaine, le réconfort, la chaleur d’un regard ne sauront jamais se remplacer. Il est urgent de coordonner les services de soins à domicile. La future loi grand âge devra inscrire des objectifs et des moyens concrets pour rompre l’isolement des aînés. Il faut une gouvernance interministérielle de la longévité, non médico-centrée.
 
Nous pensions être dans une société bienveillante, mais celle-ci est nourrie à la performance. Nous ferions une erreur de ne pas reconnaître les aînés dans cette période de crise. Ils sont le reflet de notre propre humanité. Promouvoir et affirmer les droits des personnes avançant en âge, c’est l’assurance d’une égalité des droits tout au long de la vie.
 
Notre ennemi aujourd’hui est le Covid19, l’âge n’en est pas un, et ne doit pas le devenir.
 
Gardons espoir, nos priorités vont changer. Et, nous pourrons alors dire « Oui, nous y sommes arrivés ! »

Audrey Dufeu Schubert, députée LREM de Loire-Atlantique