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Article publié le 12/04/2019 à 01:00 | Lu 2512 fois

Concertation Grand Âge : quelles suites à donner ? Tribune d'Eric Guillaume

La richesse du rapport Libault tant par la multitude et la variété des propositions que par son contenu ouvre « un avant et un après ». Il appartient à tous les acteurs - Etat, Professionnels, familles, retraités – de s'approprier le sujet et de construire ensemble le Grand Âge de demain. Tribune d’Eric Guillaume, président et fondateur de Virage-Viager Le Viager Mutualisé.


D'évidence il convient de dépasser les clivages et les querelles de clocher : c'est l'intérêt de nos anciens qui prime et non pas les « plus » et les « moins » des EHPAD, Hospitalisation à domicile, Résidence Service Seniors, Soins à domicile, maintien à domicile…  « Notre modèle est mieux que » ou le « bashing » n'apporte rien au débat.
 
D'ailleurs, ne doit-on pas parler avant tout de parcours de vie ? Les fragilités de vie ne sont pas constantes et ne peuvent en conséquence faire l'objet d'une réponse unique.
 
Il faut poser un regard différent sur le vieillissement, il faut veiller à la qualité des soins, aux compétences, à l'humain, à la bienveillance. Tout ceci, nous le savons.
 
Devons-nous et pouvons-nous encore mieux faire ? Oui… Mais soyons déjà fiers du chemin parcouru en France. Il est unique et sans égal dans le monde.
 
Posons le débat clairement : comment financer le vieillissement et la perte d'autonomie ? Et la réponse à cette question est économique et politique : solidarité nationale ; instauration d'une cotisation obligatoire du 5ème risque ; assurances, privée, collective, individuelle ; conversion du patrimoine des seniors…
 
On peut citer pêle-mêle dans les possibilités à disposition : assurance dépendance obligatoire ou en inclusion dans l'offre santé, remploi d'une partie de la CADES, allongement de la durée du travail ou abandon de jour(s) férié(s), traçabilité de l'assurance vie (1 600 milliards d'encours) et collecte de l'épargne salariale ou des générations suivantes dirigée vers l'investissement par les mêmes assureurs vers le résidentiel des seniors…
 
Cette dernière proposition représente enfin une réelle et concrète solidarité intergénérationnelle : flécher l'épargne au service d'objectifs sociétaux est simple, rapide, efficace, rentable, responsable, souhaitable ET souhaité par nos concitoyens qui plébiscitent l'épargne avec du sens.
 
La volonté et l'aide à la création de fonds d'investissement à vocation sociale –« Impact Investing » en bon langage financier- dont la finalité serait de permettre aux seniors de mieux vivre chez eux doit être à mon sens portée par tous.
 
Rappelons que 94% des seniors ne veulent pas déménager passés 70 ans et 72% sont propriétaires non accédants. Financer les services à la personne dans des conditions salariales correctes pour les aides-soignants (évitant par ce fait le recours au travail gris), assurer le paiement d'un hébergement en Résidence Services ou financer le reste à charge en EHPAD pour soi ou son conjoint (tout en restant à domicile pour l'un d'eux) peut relever aisément de la création et du développement de ce type de fonds d'investissement social dans lequel la Nation, les Institutionnels (Assureurs, Mutuelles, Institutions de Prévoyance) et les particuliers via l'assurance-vie jouent la même partition.
 
Il m'a été donné au cours des derniers mois de rencontrer de nombreux conseillers à l'Elysée, à Matignon et autres cabinets ministériels et une multitude de Parlementaires. Les six propositions de financement que j'ai eu l'honneur de présenter –sans impôt supplémentaire ou à enveloppe constante- ont été jugées intéressantes et novatrices.
 
Le rapport Libault (recommandation 165) va dans le même sens quand il parle du dispositif du Viager Mutualisé- qui, en monétisant le patrimoine immobilier des seniors, permet de rester vivre sereinement chez soi, financer sa perte d'autonomie, voire de participer à la relance économique.
 
Rappelons que le viager mutualisé est radicalement différent du viager traditionnel de gré à gré sur trois points essentiels :
- Les acheteurs privés laissent la place à des Institutions (Mutuelles, Institutions de Prévoyance…)
- Le bien immobilier des seniors est intégralement converti en un capital immédiat et un droit d'usage à vie de son bien selon le principe du démembrement.
- Les retraités perçoivent immédiatement et totalement le fruit de la cession de leur bien.
 
En effet le versement d'un capital immédiat sans rente permet d'injecter des liquidités par le jeu de la transmission anticipée en faveur des enfants et petits-enfants de tout ou partie du capital ainsi obtenu.
 
Nous sommes à un instant crucial : le Grand Débat National organisé et animé par le Président de la République lui-même dont la principale restitution est l'exaspération fiscale des contribuables, la concertation sur le Grand Age pilotée par Mr Libault, un ensemble de recommandations pertinentes, une volonté politique de regarder le problème en face.
 
Qu'en sortira-t-il ? Je suis certain que l'heure est aux décisions courageuses et efficaces. A titre d'exemple, nos six propositions concrètes et opérationnelles pour financer la perte d'autonomie des seniors demandent, avec les équipes ministérielles ou les Groupes Parlementaires, à être traduites en Propositions de loi, en décrets et ou concrètement dans une loi Grand Âge.*
 
L'élaboration de ces dispositions législatives, réglementaires et financières d'un caractère très novateur relève d'un travail concret mixant toutes les ressources possibles avec des experts où l'intelligence doit s'allier au bon sens et à l'expérience de professionnels aguerris du monde du vieillissement.
 
L'occasion est donnée non seulement de poser les bases des équilibres de financement de la perte d'autonomie dans son principe mais également sur l'ensemble du territoire ET pour tous nos concitoyens ainés.
 
La continuité des territoires est un enjeu majeur du financement de la perte d'autonomie. Si les acteurs principaux en charge des équilibres régionaux, qu'ils soient publics ou privés, ne s'emparent pas du sujet, nous perdrions -une fois de plus- une grande et belle occasion.
 
En effet, l'Association des Maires de France, la Banque des Territoires, les banques régionales, les villes du projet Cœur de ville sont tous des acteurs essentiels du lien social des Français vis-à-vis de cet enjeu national du vieillissement.
 
A ce jour 17 millions de nos concitoyens sont concernés car, ils ont plus de 60 ans, mais ils sont aussi les parents des actifs d'aujourd'hui. Actifs qui sont aussi des aidants pour 11 millions d'entre eux et dont la lourde tâche morale, psychologique, financière méritent que l'on s'attarde aussi sur leur situation…
 
Il faut garder de surcroit à l'esprit que le rôle des aidants va devenir tout à fait crucial avec l'arrivée imminente des baby-boomers dans les tranches d'âge à risque de perte d'autonomie (plus de 75 ans). Il est temps de leur assurer une reconnaissance sociale et financière car ils sont les derniers remparts d'une société encore inconsciente des risques de dislocation sociale inhérents à cette évolution. Et c'est toute la Nation qui se trouve concernée par cette problématique.
Et notre devenir, à tous, c'est de penser qu'un jour, nous serons aussi …une vieille ou un vieux respectable et respecté qui souhaite vivre sereinement chez lui le plus longtemps possible.