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Article publié le 23/06/2021 à 01:00 | Lu 1535 fois

Cancer de la prostate : mieux vivre après le traitement (partie 2)




Avec plus de 50 000 nouveaux cas par an, le cancer de la prostate est le premier cancer de l’homme, largement devant les tumeurs du poumon et le cancer colorectal. Ces tumeurs, quand elles sont découvertes au stade précoce sont généralement de bon pronostic (95% de survie à 5 ans). La prise en charge des effets secondaires possibles urinaires, sexuels et digestifs est essentielle avant, pendant et après le traitement). Focus sur la prise en charge des conséquences sexuelles des traitements.


Sexualité du patient traité : la qualité de l’information est essentielle
L’âge, la qualité des érections avant traitement, la possibilité ou non de conserver les pédicules neurovasculaires périprostatiques et les souhaits du patient sont les éléments déterminant la capacité à retrouver une activité sexuelle et par conséquent l’information à apporter.
 
Il n’y a donc pas une information unique à donner mais plusieurs cas possibles en fonction des possibilités de récupération ou non.
 
Il n’échappe à personne que la qualité de l’érection diminue avec l’âge et on considère qu’en moyenne 20 à 40% des patients ont des troubles sexuels avant le diagnostic. Pour certaines tumeurs agressives et volumineuses traitées par ablation chirurgicale il n’est pas possible de conserver les nerfs de l’érection et souvent dans ces cas-là une irradiation complémentaire sera parfois nécessaire après l’opération, accentuant encore les conséquences sexuelles.
 
Enfin si il existe plusieurs traitements possibles il faut prendre en compte les souhaits du patient pour le choix du traitement, en fonction des prévisions de conséquences sexuelles différentes, par exemple entre chirurgie, curiethérapie, radiothérapie externe, HIFU…
 
Idéalement, c’est une information qui doit reposer sur l’expérience de l’urologue ou du radiothérapeute qui va effectuer le traitement et non pas sur « la littérature » qui rapporte une expérience qui n’est pas nécessairement reproductible. Force est de constater que l’autoévaluation des praticiens est de ce point de vue essentielle.
 
Quand délivrer l’information ? : avant et après le traitement
En effet comment ne pas insister sur les conséquences d’un traitement en échangeant avec le patient de façon à être entendu. Soulignons ici que la crainte du cancer peut rendre inaudible provisoirement les commentaires sur les conséquences sexuelles. Il est donc important de prendre le temps et de proposer systématiquement au couple concerné d’être présent aux entretiens.
 
Chacun n’entendra pas nécessairement la même chose et cela pourra faciliter la discussion après la consultation. Passé le traitement l’accompagnement est la phase la plus importante car, par exemple en cas de chirurgie, ce qu’il a été possible de faire pendant l’intervention sera de nature à aider le chirurgien à établir les perspectives de la récupération et à façonner un schéma de prise en charge singulier pour chaque patient.
 
En cas de radiothérapie, souvent associée à l’hormonothérapie et qui conduit à une disparition de la libido, il est nécessaire d’informer sur  le possible retour en arrière après arrêt du traitement anti androgène.
 
« Il est essentiel d’aborder avec le patient les impacts possibles des traitements en amont de la chirurgie » insiste le Dr Faix. Le patient doit notamment savoir qu’il va perdre son éjaculation, et donc sa fertilité. Certains hommes en sont très perturbés. Mais dans l’immense majorité des cas, même si l’éjaculation est absente, l’orgasme subsiste.
 
« Les urologues sont beaucoup plus attentifs qu’autrefois à expliquer au patient les conséquences de la maladie et du traitement » indique le Dr Faix.

Dans un domaine comme la sexualité où le psychisme joue un rôle essentiel, la qualité de l’information est cruciale tout autant que le moment où elle est donnée. L’homme doit savoir à quoi s’attendre pour n’avoir ni trop d’espoir (il faut savoir patienter ! Les érections ne reviennent que progressivement) ni au contraire se résigner alors qu’une récupération est possible.
 
La réhabilitation : la plus précoce possible
Pour être efficace, la réhabilitation sexuelle doit débuter rapidement après l’intervention. De nombreuses solutions sont à la disposition des patients.

Dans les cas les plus favorables, les médicaments inhibiteurs de la phosphodiesterase 5 (tadalafil, sildenafil, vardenafil…) suffisent à retrouver une rigidité satisfaisante avec une prise per os. D’autres approches peuvent être proposées : injections de prostaglandines E1 dans les corps caverneux ou l’urètre, vacuum (système de dépression négative favorisant la survenue d’une érection).
 
Lorsqu’aucune autre option n’est possible et le plus souvent à distance de la séquence thérapeutique, il reste l’implant pénien qui permet dans 85 % des cas de retrouver une sexualité satisfaisante.

« Il faut savoir rassurer les hommes, leur expliquer qu’auprès un temps de ‘sidération’ (neuropraxie), les bandelettes vont sans doute se remettre à transmettre l’influx nerveux ».

En moyenne, on compte entre 9 et 15 mois, avant que l’homme récupère une érection de qualité. Souvent les intumescences matinales reprennent assez rapidement. C’est un signe positif ! Le Dr Faix recommande de revoir son patient tous les 3 à 6 mois et si possible en couple, car le soutien et la compréhension de la partenaire est un atout extrêmement important.

D’après un entretien avec le Pr Georges Fournier, urologue au CHU de Brest et Président de l’Association Française d’Urologie, le Pr Xavier Gamé, urologue au CHU de Toulouse et secrétaire général de l’Association française d’Urologie (AFU), le Dr Antoine Faix, urologue à Montpellier, trésorier et ancien responsable du Comité d'andrologie et de médecine sexuelle de l'AFU et le Dr Guillaume Ploussard, du Comité de cancérologie de l’AFU.





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