" Camus-Casarès, une géographie amoureuse" à la Piccola Scala de Paris

C’est une toute petite salle en hémicycle, avec des gradins tout bleus, qu’on rejoint après avoir descendu deux escaliers profonds. Au dire des acteurs eux-mêmes, c’est un plaisir tout particulier de pouvoir y jouer. Et c’est là, dans cet espace clos, que Camus et Casarès se frôlent et se touchent pendant plus d’une heure, eux qui furent séparés dans l’espace pendant plus de dix ans.





Albert Camus et Maria Casarès se sont rencontrés en août 1944, puis perdus de vue et retrouvés quatre ans plus tard, sans plus se quitter jusqu’à la fin tragique qu’on connait.
             
Tout de suite très épris l’un de l’autre, mais souvent géographiquement éloignés, ils ont correspondu par de nombreuses lettres, longtemps gardées secrètes et dont la publication vient d’être autorisée par les descendants de Camus.
 
C’est à partir de ces lettres, publiées récemment chez Gallimard, que Jean-Marie Galey et Teresa Ovidio ont conçu le spectacle qui nous est présenté ici.
 
Au travers de ces textes émouvants par leur simplicité et leur force brûlante, on assiste à une vaste rétrospective de l’actualité théâtrale des années 50, introduite par la voix toute en rondeur du président Auriol.
 
Pêle-mêle sont évoquées la générale des « Justes » au Théâtre Hébertot le 15 décembre 1949, avec Serge Reggiani et Maria, Gérard Philipe et « Caligula » quelques années plus tôt, le même Philipe dans Le Prince de Hombourg à Avignon, et Maria dans « Lady Macbeth ».
 
Puis, viens Lourmarin et les relations rendues ambiguës par la présence de Francine, le prix Nobel, une époque compliquée et multiple pour Camus qui se termine brutalement par ce stupide accident de voiture sur la route du retour.
 
Teresa Ovidio campe une Maria Casarès passionnée et espiègle à la fois, loin de l’image mélodramatique qu’on a d’elle au travers de nombreux enregistrements sonores et visuels. Jean-Marie Galey nous donne d’Albert Camus une image complexe, celle d’un homme amoureux, en attente, mais peu sûr de lui, plus victime qu’acteur de sa propre géométrie amoureuse.
 
La mise en scène d’Elisabeth Chailloux respecte le huis-clos du lieu et de l’action, introduisant peu d’accessoires, quelques bandes sonores judicieusement choisies, privilégiant les éclairages bien orientés sur les visages des deux protagonistes.
 
Le temps passe doucement, sans ennui mais sans fièvre non plus. Un spectacle en demi-teinte, où l’on découvre un Camus qu’on n’attendait pas face à une Casarès plus terrienne qu’on ne l’imaginait. Une découverte à tenter.
 
Alex Kiev

La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris

Du 6 au 29 janvier
Vendredi et samedi à 19h30, relâche le 20 janvier
Dimanche à 14h30

Article publié le 17/01/2023 à 01:00 | Lu 1042 fois




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