Sommaire
Article publié le 09/01/2018 à 03:29 | Lu 3254 fois

Brillantissime : une comédie sur une rupture de vie après 50 ans (film)

Le premier film de la comédienne Michèle Laroque sort en salles le 17 janvier prochain. L’actrice entourée de Kad Merad, Rossy de Palma, de Françoise Fabian et de sa fille Oriane Deschamps met en scène Angela, une femme quinquagénaire qui pense avoir une vie idéale dans son bel appartement de Nice. Jusqu’à ce soir de noël où sa vie va basculer. Derrière cette comédie, le quotidien de nombreuses femmes qui doivent un jour se reconstruire suite à une rupture.


Entretien avec Michèle Laroque

Qu’est-ce qui vous avait tant séduit chez Angela pour que vous ayez éprouvé cette nécessité de la voir exister au cinéma ?
Angela est une femme rare. Elle est vraie, douce, pudique et « décalée », toujours dans l’étonnement de la vie. Elle se connaît et elle n’a pas d’ego. Elle est drôle, gentille et bienveillante, des vertus qui peuvent paraître démodées, mais qui me touchent beaucoup. Elle a fait de l’élégance un mode de vie. Être toujours impeccable lui permet de ne rien laisser soupçonner des moments difficiles qu’elle peut traverser.
 
Une façon pour elle de ne pas gêner les autres et d’assumer seule ses problèmes. Elle est donc aussi une femme courageuse, que d’ailleurs pas grand-chose n’arrête. Quand elle décide de sauter en parachute, malgré sa trouille, elle le fait. Elle n’hésite pas non plus à se remettre en question.
 
Face à une épreuve, on a le choix de sa réaction. Soit on s’enferme et on subit, soit on s’en sert pour évoluer. Face au fiasco de son divorce, Angela, qui s’était « perdue » dans l’image de l’épouse idéale que son éducation lui avait imposée, va choisir la seconde solution. Elle va trouver la force d’aller, enfin, affronter le monde.
 
C’est comme ça que, petit à petit, elle va prendre conscience qu’elle n’était pas vraiment dans « sa » vie, mais dans une vie que, quelques personnes, dont probablement son autoritaire de mère, lui avaient « dessinée ». Elle, qui avait toujours vécu « à côté » d’elle-même, va alors tout essayer pour se trouver.
 
On va la voir comprendre que la clef du bonheur est d’apprendre à s’aimer. Parce que, quand on s’aime et qu’on s’accepte, on n’a plus l’obsession d’être le centre de tout. On peut partager, donner, prendre le temps de regarder les autres. Comme elle est fondamentalement généreuse, Angela va nous proposer de partager son cheminement vers son épanouissement. C’est une femme qui fait du bien. Et c’est ce qui m’a plu.

 
Nous avons fait de Brillantissime une comédie romantique dans la veine de Bridget Jones. On y parle, avec légèreté, de choses essentielles et même de choses vitales, puisqu’on y aborde l’incroyable aventure des relations affectives dans nos vies.
 
On a l’impression que vous avez mis beaucoup de vous dans cette Angela. Et pas seulement sur le plan psychologique. Dans votre film, elle a, comme vous dans la vie, une mère, une fille et un chien…
Je ne pense pas qu’Angela me ressemble trait pour trait. L’histoire qu’on raconte dans le film est vraiment la sienne. Mais, c’est vrai que, comme elle, dans la vie, j’ai une fille formidable, avec laquelle j’ai une merveilleuse complicité, une mère qui a toujours beaucoup compté pour moi et que, depuis quelques années, je ne peux plus faire un pas sans ma chienne Emy, rebaptisée « XX-Elle » pour le film, car c’est elle qui y « joue ».
 
C’est vrai aussi que j’ai également profité de l’histoire d’Angela pour glisser des petits messages personnels, notamment en ce qui concerne la nécessité de travailler sur les programmes ancestraux qui bloquent parfois les vies.

 
Autre point commun entre vous et Angela, et non des moindres : elle habite Nice, qui est la ville de votre enfance…
Nice est ma ville natale et j’y suis très attachée. Y avoir situé mon film était ma façon de lui rendre hommage, de célébrer son art de vivre qui, pendant mon enfance et mon adolescence m’avait rendue si heureuse. Après l’attentat du 14 juillet 2016, j’ai été encore plus heureuse d’avoir choisi d’y tourner.

Non pas parce que je pensais que cela allait faire oublier la tragédie, puisque c’est impossible, mais parce que c’était un moyen spectaculaire de montrer que la barbarie n’avait pas gagné et que, partout, de la Promenade des Anglais au Marché aux Fleurs, la vie avait repris son cours.
 
Avant que la date du tournage ne nous soit connue, nous n’avions pas vraiment arrêté les endroits où nous allions placer les caméras. Nous avions plusieurs solutions. Mais quand cette date a été fixée, j’ai suggéré qu’on on aille d’abord repérer les lieux que je connaissais par cœur, puisque c’étaient ceux où j’avais grandi.

 
On a trouvé l’appartement d’Angela dans l’immeuble où ma grand-mère, puis mes parents et moi-même, jusqu’à mon départ de Nice, avions toujours vécu. Pour les séquences du marchand de fruits, on a pu s’installer dans le square juste en face, là où j’avais fait mes premiers pas. Quant à la scène de la boucherie, elle a été tournée dans la boutique où mes parents allaient toujours acheter leur viande…

Comme endroits chargés de vérité et d’émotion, je ne pouvais pas rêver mieux. On a eu de la chance.

Venons-en au casting… Et d’abord à celle qui incarne la mère d’Angela, Françoise Fabian…
Pour ce rôle, je voulais une femme écrasante de beauté, impeccable, élégante, exigeante avec elle-même, en apparence impitoyable avec les autres, mais dans le fond, aimante et sentimentale. Une femme distinguée, forte, autoritaire même, qui soit comme une icône pour sa fille et son entourage. Pour être cette femme-là, je n’en ai vu qu’une, c’était Françoise.
 
Non seulement elle est splendide et souveraine, mais je l’admire et l’aime depuis… toujours. Travailler avec elle a été un bonheur. Elle a été impériale dans son rôle et, également, extrêmement à l’écoute de ce que je lui demandais. Mais je dois dire que tous les comédiens ont fait preuve de cette même attention.

 
Le personnage de marchand de fruits que joue Gérard Darmon n’existe pas dans la pièce. Pourquoi l’avez-vous inventé ?
Au début du film, Angela est une femme « en dehors » d’elle-même qui fait tout par devoir. Elle est malmenée aussi : sa mère la bouscule, sa fille l’envoie balader, son mari la plaque, et sa meilleure amie la traite comme une sœur ennemie. J’ai voulu créer un personnage qui, enfin, la comprenne et provoque le déclic de sa reconstruction.
 
J’ai pensé à un marchand de fruits, qu’elle rencontrerait précisément ce désastreux soir de Noël où tout s’écroule pour elle. Ce marchand vend des produits sucrés, donc, symboliquement, réconfortants. Il est comme un roi mage. Il est généreux, protecteur, et a une philosophie de la vie qui a fait de lui un « sage ». Il va écouter Angela, la réconforter et surtout la guider, l’amener sur le chemin de sa reconquête d’elle-même.

 
Pour jouer ce personnage providentiel, je voulais un comédien sur le visage duquel seraient imprimés, pêle-mêle, la vie, l’humour, la fantaisie, l’équilibre, la masculinité et l’humanité. Il n’y en avait qu’un, Gérard Darmon !
 
Vous avez fait de cet « homme de hasard » un des bons anges d’Angela et de sa meilleure amie, Charline, une de ses plus « maladroites » conseillères…
Je trouvais bien qu’Angela ait une meilleure amie, une amie d’enfance et elle est devenue Charline avec qui Angela, petite, a passé en Espagne toutes ses vacances, et qui est venue s’installer à Nice pour être plus près d’elle. Charline est pour Angela comme une sœur, aimante, mais possessive. Comme elle est seule, elle cherche inconsciemment à ramener sans cesse Angela vers ses repères de vie à elle, ce qui empêche Angela de vivre sa vraie vie.
 
Pour Angela, Charline, est à la fois un bienfait et un obstacle, un être indispensable à son équilibre affectif, et en même quelqu’un de l’emprise duquel elle doit se dégager pour devenir enfin elle-même. Pour l’interpréter, il fallait une comédienne qui soit à la fois magnétique, extravagante et touchante. Rossy de Palma est tout ça. Elle a apporté, en plus à Charline, ce pourquoi je l’aime : son énergie, sa générosité débordante et sa folie.
 
Il y a quelque chose de très fort par rapport aux racines dans ce film. C’est une dimension qui a été essentielle pour moi, dans la préparation et le tournage du film. Brillantissime est un film que j’ai fait avec ma famille, celle que j’ai choisie, ma bande de copains, et celle que j’ai reçue, ma fille et ma mère. Si la place de la mère y a beaucoup d’importance, c’est parce que je pense que dans la vie, les mères ont un rôle déterminant sur tout leur entourage, filles comme garçons. Après, c’est à chacun de s’en libérer, ou pas.

 
Vous avez choisi la première personne comme mode de narration…
J’ai utilisé le « je » parce que je voulais qu’on entende les pensées d’Angela, qu’elle nous embarque dans sa façon de voir les choses, dans sa façon de les vivre. Pour qu’on soit complètement en empathie avec elle et qu’on la comprenne.
 
Un petit mot sur la chanson que vous interprétez avec votre fille, sous le regard attendri de Françoise Fabian…
Cette chanson s’intitule « J’ai les semelles qui collent ». Je la trouve formidable parce qu’elle est très symbolique du personnage d’Angela. J’aime beaucoup ce moment où je la chante en duo avec ma fille. On n’a pas cherché l’émotion, mais on l’a sentie monter très fort. Une fille, sa mère et sa grand-mère qui, par le biais d’une chanson, s’avouent leur amour, leur respect et leur admiration réciproques… C’est pour moi l’une des scènes les plus bouleversantes du film.