Actualité Médicale

Aux États-Unis, des milliardaires financent la longévité et nous promettent 120 ans : leur gélule vedette attend le feu vert de Bruxelles

À Gstaad, un hôtel privatisé accueillera la semaine prochaine des investisseurs du monde entier venus parler d'une seule chose : la longévité. En Californie, des sociétés financées par milliards travaillent à repousser la vieillesse et parlent de 120 ans. Le marché existe, il a ses cliniques, ses abonnements et ses gélules. Et l'une de ces gélules frappe déjà à la porte de votre pharmacie.

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Par | Publié le 10 Septembre 2026 à 16:44 | mis à jour le 10 Septembre 2026 à 16:44

Ce que les milliardaires américains achètent vraiment

Trois milliards de dollars levés d'un coup, et pas un produit à vendre. Altos Labs est sortie de l'ombre en 2022 avec trois milliards de dollars de financement et quatre prix Nobel à ses côtés, pour travailler sur la reprogrammation des cellules. Sam Altman, le patron d'OpenAI, a placé pour sa part 180 millions de dollars dans Retro Biosciences, dont l'objectif affiché est d'ajouter dix années de bonne santé à la vie humaine.

Le Wall Street Journal a ainsi chiffré à plus de cinq milliards de dollars les sommes engagées par les grandes fortunes américaines dans ce secteur depuis vingt-cinq ans. Ce qu'elles financent n'est pas un médicament mais de la recherche fondamentale : reprogrammation cellulaire, élimination des cellules vieillissantes, réparation de l'ADN. Aucune de ces sociétés ne commercialise, en septembre 2026, un traitement autorisé qui allonge la vie humaine.

Ce décalage explique la forme qu'a prise le commerce autour d'elles. Faute de traitement à mettre en rayon, l'industrie de la longévité vend ce qu'elle a le droit de vendre : des mesures, des abonnements et des compléments alimentaires. C'est cette partie-là du marché qui traverse l'Atlantique, et elle n'a pas besoin de prix Nobel.
 
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Un marché avec ses cliniques, ses abonnements et ses prix

Entre cette recherche et le consommateur s'est matérialisé un modèle économique qui tourne déjà. Une note sectorielle de la banque d'affaires américaine KeyBanc datant de février 2026 chiffrait en effet le marché de la longévité à environ 23 milliards de dollars en 2025, avec 63 milliards attendus en 2035. Ce que ce marché vend n'est pas de la reprogrammation cellulaire : ce sont des bilans sanguins étendus, des mesures d'âge biologique, des séjours en clinique et des abonnements de suivi.

Le signe que la mode s'installe tient dans un calendrier. Du 14 au 17 septembre, la Longevity Investors Conference réunit à Gstaad, en Suisse, investisseurs et chercheurs du secteur, pour sa septième édition. Ses organisateurs citent une projection de la banque UBS selon laquelle l'économie de la longévité, entendue au sens large, dépasserait celle de l'intelligence artificielle d'ici 2030.
 
Tous ces chiffres mirobolants décrivent pour l'instant des clients qui ne sont pas moi ni vous. Un séjour d'évaluation en clinique privée américaine se compte en milliers de dollars, un abonnement de suivi en centaines de dollars par mois. Il s'agit donc pour l'heure d'un investissement que bien peu de personne peuvent s'offrir.
 

La gélule anti-âge qui vise votre pharmacie

Pourtant, les choses pourraient rapidement changer. Le 11 mai 2026, l'Autorité européenne de sécurité des aliments a publié un avis favorable sur le nicotinamide mononucléotide, le NMN, la gélule vedette du marché anti-âge américain. L'avis conclut que la substance est sûre pour les adultes jusqu'à 300 milligrammes par jour, femmes enceintes et allaitantes exclues, et qu'elle constitue une source de vitamine B3 assimilable par l'organisme.

Cependant, un avis de l'EFSA ne vaut pas autorisation. Le dossier passe maintenant à la Commission européenne, qui rédige un règlement soumis au vote des États membres. Tant que ce vote n'a pas eu lieu, le NMN reste un « nouvel aliment » non autorisé dans l'Union, et sa vente en complément alimentaire est illégale en France. Le laboratoire à l'origine du dossier a déposé sa demande en août 2023 : bientôt trois ans de procédure pour une gélule.

Dans cette procédure, le détail qui compte n'est pas la molécule, c'est ce que l'étiquette aura le droit de dire. Le règlement européen sur les allégations de santé interdit en effet d'écrire qu'un complément répare les cellules, ralentit le vieillissement ou favorise un vieillissement en bonne santé : ces formulations reviennent à promettre une réduction du risque de maladie. Autorisée demain, la gélule arriverait donc probablement dans votre pharmacie sous une mention aussi plate que « source de vitamine B3 ».

D'ailleurs, l'écart entre la promesse américaine et l'avis européen se lit dans les mots de l'EFSA elle-même. Le comité a examiné une chose : la sécurité de la substance et sa capacité à fournir de la vitamine B3. Il n'a évalué aucun effet sur la durée de vie, et n'avait pas à le faire. Une gélule jugée sûre n'est pas une gélule jugée efficace, et c'est justement sur cette confusion que se construit le prix de vente que vous paierez à l'arrivée.

La limite que personne n'a dépassée depuis 1997

Le chiffre de 120 ans que ce marché agite mérite lui aussi d'être regardé de près. Une seule personne au monde a dépassé ce cap avec un âge validé, et elle était française : Jeanne Calment est morte à Arles en août 1997, à 122 ans. Vingt-neuf ans plus tard, son record tient toujours, alors que le nombre de centenaires français a été multiplié par trente en un demi-siècle, pour approcher 37 000 au 1er janvier 2026 selon l'Insee (ndlr : environ 750 000 dans le monde selon les Nations Unies).
 

Ce qui se mesure vraiment quand vous avez 65 ans

Mais l'indicateur qui décide de vos journées n'est ni le record de Jeanne Calment ni les promesses de la Silicon Valley. C'est le nombre d'années que vous passerez sans être limité dans vos gestes quotidiens. La Drees l'a publié le 22 janvier 2026, sur les données de 2024 : à 65 ans, une femme peut espérer vivre encore 11,8 ans sans incapacité, un homme 10,5 ans, sur 23,6 et 19,9 années restantes.

Entre 2008 et 2024, cet indicateur a gagné un an et neuf mois, mais l'essentiel de cette hausse s'est surtout produit avant 2019. Depuis 2019 en effet, nous n'avons plus gagné que quatre mois pour les femmes, et un seul petit mois pour les hommes. Pendant que la Californie lève des milliards et rêve de bousculer les frontières de l'âge biologique, la France elle gagne des semaines.
 

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