Les quatre stades évolutifs de la dégradation de l’alimentation chez les patients atteints de maladie d’Alzheimer :
Le stade 1 est le stade de simple aversion à l’alimentation.
Le stade 2 est celui où apparaît un début de dépendance, le patient a besoin d’aide pour manger, petit à petit l’entourage doit participer au repas : couper la viande, guider l’alimentation, encourager.
Le stade 3 est celui où la dépendance alimentaire est complète : le patient ne mange plus sans aide.
Le stade 4 est le stade ultime où toute alimentation orale est impossible, le patient refuse toute alimentation, il refuse de mâcher, et d’avaler.
Difficultés alimentaires propres à la maladie d’Alzheimer
Le degré des difficultés alimentaires au cours de la maladie varie avec l’évolution.
L’échelle de Blandford définit quatre groupes de troubles :
• Les comportements actifs de résistance alimentaire ou d’opposition, le malade a tendance à repousser la nourriture ou la main qui essaye de le nourrir, il peut aussi mettre la main devant sa bouche ou jeter la nourriture.
• La dyspraxie buccale qui est un trouble de la coordination de la bouche et de l’attention : la personne joue, manipule l’aliment mais ne le mange pas, ou au contraire, mange des aliments non comestibles comme les serviettes en papier, par exemple.
• Les comportements sélectifs, les patients choisissent et surtout restreignent leurs choix alimentaires : ils ingèrent uniquement soit des mets sucrés, soit des liquides ou encore des aliments semi-solides.
• Enfin la dysphagie oropharyngienne, regroupe toutes les incoordinations neuromusculaires des mouvements masticatoires et de la déglutition. Le patient ne sait plus manger c’est à dire ouvrir la bouche, mastiquer, déglutir.
Causes de la dénutrition liées à la maladie d’Alzheimer
La dénutrition est un signe d’alerte de la maladie d’Alzheimer au même titre que :
• Des troubles de la mémoire d’apparition récente
• Une difficulté à exécuter des tâches de la vie courante (fermer une porte à clés, prendre ses médicaments, retrouver des objets..)
• Des difficultés de langage (chercher ses mots).
Elle est souvent le reflet des premières difficultés de début de la maladie : le patient rencontre des problèmes d’anticipation des courses, des repas associés à des troubles de la mémoire qui gênent même la perception de la faim. Il n’est pas rare que les patients atteints de maladie d’Alzheimer oublient, littéralement, d’avoir faim. Insidieusement, la dénutrition s'installe...
La personne souffrant d'une maladie d’Alzheimer va progressivement développer des troubles du comportement, qui vont induire la dénutrition ;
• La désorientation temporo-spatiale qui entrave tout esprit d’initiative et empêche ces patients de programmer une liste de courses, d’organiser leur déroulement voire de les envisager.
• Les troubles dits praxiques, liés à la coordination des mouvements, qui gênent toutes les étapes de réalisation du repas : cuisiner, éplucher, mettre la table, manipuler les ustensiles de cuisine et les couverts.
• Enfin, les troubles mnésiques – de la mémoire – qui empêchent les patients de se souvenir de leur repas, de la faim, de la nécessité de manger…
A ces difficultés spécifiques de la Maladie d’Alzheimer, viennent s'ajouter celles liées à l’âge. L’avancée en âge augmente à elle seule le risque de dénutrition. Notamment, les troubles bucco-dentaires, les troubles du goût et/ou un odorat émoussés, la prise de nombreux médicaments,… autant de facteurs qui entravent l'alimentation et diminuent l'appétit.
Enfin, plus que n’importe quelle personne âgée, le malade Alzheimer est exposé à la dépression et à l'anorexie liée. En conclusion, plus que n’importe quelle personne âgée, les patients souffrant de maladie d’Alzheimer sont des candidats surexposés à la dénutrition.
Et conséquences…
Les conséquences de la dénutrition chez les sujets âgés sont parfaitement connues :
• La dénutrition augmente la morbidité et la mortalité. Le risque infectieux est multiplié de deux à six fois. La mortalité à un an est multipliée par quatre chez les patients de plus 80 ans lors d’une hospitalisation s’ils sont dénutris.
• La dénutrition provoque une altération de l’état général : amaigrissement, asthénie, anorexie sont les trois A de l’altération de l’état général, un véritable cercle vicieux, la fatigue contribuant à la baisse de l’appétit.
• La dénutrition est à la fois une conséquence de la dépression et une des origines de la recrudescence d’épisodes dépressifs.
• Enfin, l’épuisement des réserves de l’organisme, en particulier la fonte des protéines du corps ; c’est-à-dire les muscles, diminue les défenses immunitaires de l’organisme et les réserves dans lesquelles le sujet peut puiser en cas d’épisode aigu.
Ainsi s’enclenche la spirale de la dénutrition.
Les épisodes aigus se succèdent, sans que le sujet ait la capacité de récupérer et de reconstituer totalement ses réserves entre chaque évènement. En absence de prise en charge, cet engrenage peut conduire au décès de la personne âgée.
Dans le cadre de la maladie d’Alzheimer, la maladie évolue en parallèle de la dénutrition, elles interagissent l’une sur l’autre, la dénutrition favorisant le passage à différents états de dépendance, avec l’apparition d’escarre, par exemple.
Les troubles de la déglutition sont fréquents dans l’évolution de la maladie d’Alzheimer, ce sont essentiellement des fausses-routes, les patients se mettant à tousser au cours des repas. Les troubles de la déglutition gênent le déroulement du repas, peuvent provoquer des refus alimentaires et peuvent être à l’origine de surinfections bronchiques qui assombrissent le pronostic.