Actualité Médicale

Vous entendez moins bien avant 70 ans ? Porter tôt un appareil auditif réduirait le risque de démence, et le vôtre peut ne rien vous coûter

Vous entendez moins bien au restaurant, vous montez le son de la télévision, et l'appareil auditif vous semble une affaire pour plus tard. Une grande cohorte américaine suivie pendant vingt ans suggère pourtant que le moment où l'on s'équipe n'est pas indifférent. Chez les malentendants équipés et testés avant 70 ans, la démence est apparue nettement moins souvent que chez ceux restés sans appareil.

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Par | Publié le 16 Septembre 2026 à 11:32 | mis à jour le 16 Septembre 2026 à 11:32
Un homme ajuste son appareil auditif lors d'un déjeuner de famille - Illustration générée par IA
Un homme ajuste son appareil auditif lors d'un déjeuner de famille - Illustration générée par IA

Ce que les chercheurs ont mesuré avant 70 ans

Le même appareil auditif, porté par des personnes qui entendent aussi mal, ne semble pas avoir le même lien avec la démence selon l'âge auquel il entre dans leur vie. C'est le paradoxe que met en avant une équipe de chercheurs américains, et il bouscule une habitude très répandue : attendre que la gêne devienne franchement pénible pour pousser la porte d'un audioprothésiste. Or, sur ce point, le calendrier n'a rien d'un détail.

Ces travaux, publiés en août 2025 dans la revue JAMA Neurology, s'appuient sur la Framingham Heart Study, une cohorte du Massachusetts suivie depuis 1948. L'équipe, dont fait partie la neurologue Sudha Seshadri de l'université du Texas à San Antonio, a repris 2 953 participants de 60 ans ou plus, tous indemnes de démence au départ et soumis à un test d'audition. Ces volontaires ont ensuite été suivis jusqu'à vingt ans, et 583 d'entre eux, soit un sur cinq, ont développé une démence.

Chez les participants testés avant 70 ans et atteints d'une perte auditive, ceux qui déclaraient porter un appareil présentaient un risque de démence inférieur de 61 % à celui des malentendants non équipés. Ceux qui entendaient normalement au même âge affichaient, eux, un risque inférieur de 29 % à celui de ces mêmes malentendants sans appareil. Cet écart spectaculaire s'accompagne toutefois d'une marge d'incertitude large dans les résultats publiés par les auteurs.
 
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Passé 70 ans, le lien disparaît des résultats

Chez les participants testés à 70 ans ou plus, en revanche, les chercheurs n'ont trouvé aucune association significative entre le port d'un appareil et le risque de démence. Pour les auteurs, le moment où l'on traite la perte d'audition n'est pas neutre. L'explication la plus souvent avancée tient au temps : un cerveau privé de sons pendant des années aurait déjà changé, et un équipement tardif ne rattraperait plus ce retard.

D'ailleurs, cette étude est observationnelle. Elle constate une association sans prouver que l'appareil protège le cerveau, et le port d'une aide auditive y est simplement déclaré par oui ou par non, sans mesure du temps d'utilisation. Les personnes qui s'équipent tôt peuvent aussi avoir davantage de moyens ou un meilleur suivi médical, ce que ce travail ne permet pas d'écarter entièrement. Nous aurions tort, pour autant, de balayer le signal : une seconde analyse de la même cohorte, parue en novembre 2025 dans JAMA Network Open, associe toute perte auditive à un risque de démence plus élevé de 71 %, un risque que le port d'un appareil semblait atténuer.
 

Vous faites répéter vos proches à table ?

Cette baisse d'audition liée à l'âge, la presbyacousie, touche d'abord les sons aigus et s'installe sans prévenir, si lentement que l'on finit par s'y habituer. Vous suivez mal une conversation dans un repas animé, vous faites répéter vos proches, et c'est souvent l'entourage qui le remarque avant vous. Vous vous reconnaissez ? Vous êtes loin d'être seul : d'après l'Inserm, la surdité concerne plus de 65 % des plus de 65 ans.
 

Votre appareil auditif peut ne rien vous coûter

Le prix a longtemps servi d'argument pour attendre. Depuis le 1er janvier 2021, l'offre 100 % Santé a changé la donne pour les adultes. Comme le précise l'Assurance maladie sur sa page consacrée aux aides auditives, un appareil de classe I est plafonné à 950 euros par oreille et vous êtes entièrement remboursé si votre complémentaire santé est un contrat responsable. La Sécurité sociale verse 60 % d'une base de 400 euros, soit 240 euros, et votre mutuelle règle tout le reste.

Pour un appareillage des deux oreilles au prix plafond, la facture atteint donc 1 900 euros : 480 euros viennent de l'Assurance maladie et 1 420 euros de votre complémentaire, pour zéro euro à votre charge. Le calcul est le nôtre, à partir des montants officiels. Mais cette prise en charge intégrale ne vaut que pour la classe I. Les appareils de classe II sont vendus à prix libre, avec la même base de remboursement de la Sécurité sociale, et c'est votre contrat qui fixe ce qu'il vous restera à payer.
  Votre audioprothésiste doit vous proposer au moins une offre 100 % Santé pour chaque oreille, sur un devis normalisé, et vous laisser essayer l'appareil pendant 30 jours minimum avant l'achat. Les appareils de classe I sont garantis 4 ans, et les réglages de suivi sont compris dans le prix, avec trois rendez-vous au 3e, au 6e et au 12e mois. Si vous bénéficiez de la Complémentaire santé solidaire, l'appareil qui doit vous être proposé ne dépasse pas 800 euros par oreille, et il est pris en charge.
 

Par où commencer quand vous entendez moins bien

Tout commence par une ordonnance. Pour un premier équipement, elle revient à un médecin ORL ou à un généraliste formé à l'otologie, alors que le renouvellement, remboursé au bout de 4 ans, peut être prescrit par n'importe quel médecin. Je vous suggère d'aborder le sujet dès votre prochaine consultation, sans attendre que la gêne s'aggrave : un bilan auditif donne un point de départ chiffré.

Sauf que l'accès au dépistage reste inégal. Dans une analyse signée Laurence Hartmann pour The Conversation, l'autrice rappelle qu'un rapport de l'Igas et de l'IGESR recommandait dès 2021 un référent audition dans les Ehpad, et que la banalisation du trouble chez les personnes âgées freine toujours le repérage. Les chiffres publiés par l'Inserm montrent l'ampleur du retard : dans la cohorte Constances, seuls 37 % des adultes atteints d'une déficience auditive invalidante portaient un appareil, sur des tests réalisés entre 2012 et 2019, avant le 100 % Santé.
  Vous hésitez encore ? Posons la question autrement. Si vous avez moins de 70 ans et que vous faites déjà répéter vos proches, cette étude américaine ne vous promet rien, mais elle suggère que le jour où vous vous équipez n'est pas indifférent, et votre appareil de classe I peut ne rien vous coûter.

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