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Appareils auditifs et démence : pourquoi cette étude de 7 ans intrigue

Par | Publié le 10/02/2026 à 08:46

Près d'un senior sur trois souffre de perte auditive après 65 ans, souvent sans être appareillé. Une recherche menée sur 2 777 personnes pendant sept ans observe un lien inattendu entre prothèses auditives et risque de démence.


Ce qu'il faut retenir

  1. Une étude australienne a suivi 2 777 seniors malentendants pendant 7 ans
  2. Les appareils auditifs n'ont pas amélioré les scores aux tests de mémoire
  3. Mais le risque de démence est associé à une baisse de 33 % chez les personnes appareillées (5 % contre 8 %)
  4. Plus l'appareil est porté régulièrement, plus le risque de démence diminue
  5. Il s'agit d'une association observée, pas d'un lien de cause à effet prouvé
  6. En France, les appareils auditifs de classe 1 sont intégralement remboursés grâce au 100 % Santé
Femme senior de 70 ans se fait ajuster un appareil auditif par un audioprothésiste © SeniorActu
Femme senior de 70 ans se fait ajuster un appareil auditif par un audioprothésiste © SeniorActu

Un résultat qui surprend les scientifiques

Des millions de seniors malentendants en France pourraient bénéficier d'une protection insoupçonnée contre la démence, à condition de s'appareiller. Une étude australienne de grande ampleur, publiée dans la revue Neurology le 14 janvier 2026, observe un résultat qui intrigue la communauté scientifique internationale.

Pendant sept ans, des chercheurs de l'université Monash de Melbourne ont suivi 2 777 personnes âgées en moyenne de 75 ans, toutes atteintes d'une perte auditive modérée — c'est-à-dire des difficultés à suivre les conversations — et n'ayant jamais porté d'appareils auditifs. Aucune ne souffrait de démence au début de l'étude. Au cours de ces sept années, 664 d'entre elles se sont vu prescrire des prothèses auditives. Les autres n'en ont pas reçu. Tous les participants ont passé des tests cognitifs chaque année.

Des tests de mémoire identiques, mais un risque de démence en nette baisse

Le paradoxe est frappant. Sur les tests cognitifs annuels — mémoire, langage, vitesse de réflexion —, les deux groupes ont obtenu des scores quasiment identiques tout au long des sept années de suivi. Porter un appareil auditif n'a pas amélioré les résultats à ces examens.

Mais quand les chercheurs ont analysé un autre indicateur, le risque de développer une démence, les résultats ont radicalement changé. Après prise en compte de l'âge, du sexe et des pathologies associées comme le diabète ou les maladies cardiaques, seulement 5 % des personnes appareillées ont développé une démence au cours de l'étude, contre 8 % dans le groupe non appareillé. Soit une réduction du risque de 33 %. Au total, 117 participants sur les 2 777 ont développé une démence.

L'écart entre les deux groupes est d'autant plus notable que l'étude a également observé un « effet dose » : plus les participants portaient régulièrement leurs appareils au quotidien, plus le risque de démence diminuait proportionnellement.

L'impact concret sur le déclin cognitif

L'étude a aussi mesuré un indicateur plus large, le « déclin cognitif », qui englobe à la fois la démence et des troubles moins sévères comme des pertes de mémoire ou un ralentissement de la réflexion.
 
Sans Non appareillés
🩺
Risque de démence sur 7 ans
8 %
📊
Déclin cognitif (association)
42 %
Avec Appareillés
🩺
Risque de démence sur 7 ans (association)
5 % (−33 %)
📊
Déclin cognitif (association)
36 % (−15 %)

« Nous n'avons pas trouvé de différence sur les scores cognitifs, mais notre étude suggère que pour les personnes âgées malentendantes, le port d'appareils auditifs pourrait diminuer le risque de démence et de déclin cognitif, au bénéfice de la santé cérébrale », résume Joanne Ryan, chercheuse à l'université Monash et autrice principale de l'étude.

Comment expliquer ce paradoxe ? Selon les auteurs, la plupart des participants avaient une bonne santé cognitive au début de l'étude, ce qui limitait la marge d'amélioration mesurable sur les tests standardisés. En revanche, sur sept années de suivi, l'appareil auditif semble agir sur des mécanismes plus profonds que les évaluations classiques ne parviennent pas à capter. Les chercheurs évoquent notamment la stimulation sociale et cérébrale que permet une meilleure audition au quotidien.

Ce qu'il faut retenir et comment agir

Cette recherche s'inscrit dans un faisceau croissant d'observations scientifiques. La commission Lancet sur la prévention de la démence, mise à jour en 2020, classe la perte d'audition comme le premier facteur de risque modifiable de démence, devant la dépression ou le manque d'activité physique. Selon ses estimations, traiter toutes les pertes auditives dans le monde pourrait prévenir jusqu'à 8 % des cas de démence. D'autres travaux, comme le vaste essai clinique ACHIEVE publié en 2023 par l'université Johns Hopkins, avaient déjà observé un ralentissement du déclin cognitif de 48 % chez des personnes à risque élevé après trois ans d'appareillage.

Les chercheurs australiens soulignent cependant une limite importante : ils ont observé une association statistique, pas un lien de cause à effet direct. L'étude ne permet pas d'affirmer que les appareils auditifs empêchent la démence. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour comprendre par quels mécanismes précis les prothèses auditives pourraient protéger le cerveau sur le long terme.

En France, la question concerne directement des millions de personnes. Selon l'Inserm, un adulte sur quatre présente une forme de déficience auditive. La proportion augmente fortement avec l'âge : environ 30 % des plus de 65 ans et jusqu'à 75 % des plus de 85 ans sont touchés. Pourtant, les appareils auditifs restent largement sous-utilisés. Seul un adulte malentendant sur cinq porte effectivement des prothèses.

Depuis 2021, la réforme 100 % Santé permet d'obtenir des appareils auditifs de classe 1 (premier niveau de gamme) intégralement remboursés par l'Assurance maladie et la complémentaire santé, sans aucun reste à charge. Le prix de ces appareils est plafonné à 950 euros par oreille. Le renouvellement est possible tous les quatre ans. Pour en bénéficier, une prescription médicale d'un médecin ou d'un ORL (oto-rhino-laryngologiste, le médecin spécialiste de l'oreille) suffit. L'audioprothésiste est tenu de proposer au moins une offre 100 % Santé pour chaque oreille à appareiller, avec un essai gratuit d'au moins 30 jours avant achat.

Pour Joanne Ryan, le message est clair : « Des études complémentaires sont nécessaires pour comprendre comment les appareils auditifs soutiennent la mémoire, la réflexion et la santé cérébrale dans son ensemble. » En attendant ces résultats, consulter un médecin dès les premiers signes de perte auditive — difficulté à suivre une conversation, besoin de monter le son de la télévision, impression que les gens marmonnent — reste la démarche la plus prudente. Les informations complètes sur le dispositif 100 % Santé audiologie sont disponibles sur le site du ministère de la Santé.

 
Sources :
- American Academy of Neurology / Neurology, 14 janvier 2026
- The Lancet Commission on Dementia Prevention, Intervention and Care, 2020
- Inserm, communiqué « Déficience auditive en France », juin2022
- Ministère de la Santé, dispositif 100 % Santé audiologie




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