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Vous en prenez pour votre arthrose depuis des années : la glucosamine associée à une progression plus rapide vers Alzheimer

Par | Publié le 06/08/2026 à 10:19

La glucosamine se vend sans ordonnance dans toutes les pharmacies de France, et elle est prise au long cours par des seniors qui veulent soulager un genou. Une étude américaine publiée en juin a suivi les dossiers de dizaines de milliers de patients qui en consommaient. Ce qu'elle a mesuré ne porte pas sur leurs articulations mais sur l'évolution de leur mémoire. Et le signal ne touche pas tout le monde de la même façon.

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Une senior extrait une gélule d'une plaquette près d'une fenêtre - Illustration générée par IA
Une senior extrait une gélule d'une plaquette près d'une fenêtre - Illustration générée par IA

Ce que les dossiers de 66 000 patients ont montré

L'équipe de l'université de Floride n'a pas monté d'essai clinique. Elle a juste analysé les dossiers médicaux de son réseau hospitalier entre 2012 et 2024, en y cherchant les patients dont le médecin avait noté une prise de glucosamine sur au moins un an. Le tri a retenu 24 481 personnes déjà diagnostiquées d'une démence et 41 884 au stade des troubles cognitifs légers, soit plus de 66 000 dossiers suivis cinq ans en médiane. Dans les deux groupes, environ 8 % prenaient ce complément appelé glucosamine.

25 % de plus, mais 25 % de quoi ?

Le chiffre qui circule est celui-ci : chez les personnes au stade des troubles cognitifs légers, la prise de glucosamine est associée à un risque de basculer vers la démence supérieur de 25 %. Mais un pourcentage d'augmentation ne dit rien tant que l'on ignore son point de départ. Or les auteurs le donnent eux-mêmes, en une ligne posée au milieu de l'article : parmi les personnes concernées par ces troubles légers, environ 5 % évoluent vers une démence, la grande majorité restant stable ou récupérant.

Ce socle change tout.

Rapportée à ce socle de 5 %, la hausse de 25 % donne 6,25 %. L'écart réel entre les deux groupes tient donc en 1,25 point de pourcentage. Sur mille personnes suivies pour des troubles cognitifs légers, une cinquantaine bascule habituellement vers la démence ; chez celles qui prennent de la glucosamine, elles seraient 62 ou 63. Douze à treize de plus sur mille, ce n'est ni rien ni la catastrophe que le chiffre de 25 % laisse imaginer.

Le second résultat de l'étude est d'une autre nature. Chez les patients dont la démence était déjà installée, la prise de glucosamine est associée à une mortalité supérieure de 25 % sur dix ans, avec cette fois une signification statistique solide. En revanche, aucun effet comparable n'apparaît sur la mortalité des personnes restées au stade léger. Le clivage traverse l'étude : plus la maladie est avancée, plus le signal ressort.

Le cerveau en bonne santé n'a pas bougé

Ce clivage, l'équipe de Floride l'a retrouvé chez la souris, et c'est ce qui rend son travail difficile à balayer.

Des souris porteuses des mutations qui reproduisent la maladie ont reçu de la glucosamine pendant deux semaines : leur cerveau s'est chargé en sucres complexes et leur mémoire sociale s'est dégradée davantage. Les mêmes doses données à des souris saines n'ont produit ni surcharge ni perte de mémoire. Le cerveau intact, écrivent les chercheurs, garde des mécanismes de régulation qui absorbent l'apport supplémentaire.

Reste que la molécule, elle, franchit bien la barrière qui protège le cerveau du reste de l'organisme, et qu'elle s'incorpore aux chaînes de sucre fixées sur les protéines des neurones. Ce n'est pas une découverte de 2026 : le phénomène est décrit dans la littérature depuis les années soixante. Ce que ces travaux ajoutent, c'est que ces chaînes de sucre sont déjà en excès dans un cerveau atteint d'Alzheimer, et que leur excès s'accentue à mesure que la maladie progresse.
 

L'alerte française dort dans la notice depuis 2019

En France, la glucosamine est tout sauf un produit confidentiel.

Le syndicat professionnel des compléments alimentaires, dont l'Anses reprend l'estimation dans son avis, chiffrait à près d'un million le nombre de boîtes vendues chaque année sur des données de 2016, pour les seuls compléments contenant de la glucosamine ou de la chondroïtine.

Cette molécule entre aussi dans la composition de cinq médicaments sans ordonnance, Dolenio, Flexea, Osaflexan, Structoflex et Voltaflex, qui ne sont plus remboursés depuis le 1er mars 2015 : la commission de la transparence de la Haute Autorité de santé a jugé leur service médical rendu insuffisant. Ils restent en vente libre.

Or l'alerte sanitaire française porte déjà, depuis mars 2019, sur le terrain du sucre.

Après avoir reçu 74 déclarations d'effets indésirables entre 2009 et 2018, l'agence a formellement déconseillé ces compléments aux personnes diabétiques ou pré-diabétiques, aux asthmatiques et aux patients traités par anti-vitamine K. Le motif tient dans une phrase que le résumé des caractéristiques du Structoflex, document de référence déposé auprès de l'ANSM, énonce sans détour : chez l'animal, la glucosamine réduit la sécrétion d'insuline et induit une résistance à l'insuline. Ce même document précise que le mécanisme d'action chez l'homme n'est pas connu.

Deux agences, deux continents, un même point de contact. L'avis français vise la glycémie et le pancréas, l'étude américaine vise les sucres fixés sur les protéines du cerveau. Personne n'a démontré que ces deux phénomènes se rejoignent. Mais un lecteur qui prend cette molécule depuis dix ans peut au moins constater que le doute sur ce qu'elle fait au métabolisme du sucre n'a rien de nouveau.

Devant votre armoire à pharmacie

Aucune de ces données ne justifie d'arrêter un traitement du jour au lendemain, et les auteurs réclament eux-mêmes un essai comparatif contre placebo avant d'en tirer une conclusion ferme. Une étude qui compare des dossiers existants ne sait pas séparer l'effet du produit de celui des maladies qui accompagnent sa prise. Les personnes qui avalent de la glucosamine ont de l'arthrose, souvent du diabète, parfois les deux, et ces situations pèsent aussi sur le cerveau.
 
Reste un élément que vous pouvez peser seul. La dose testée chez la souris correspond à 2 500 milligrammes par jour chez l'humain, quand la posologie française du Structoflex s'établit à 1 250 milligrammes, soit deux fois moins. Et le bénéfice attendu, lui, a été jugé minime par les autorités françaises il y a plus de dix ans.

Si votre mémoire vous inquiète, ou si un diagnostic a déjà été posé, la question à porter à votre médecin ou à votre pharmacien n'est pas de savoir si ce complément est dangereux : c'est de savoir ce qu'il vous apporte encore.

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