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Alzheimer : 30 injections, une autopsie huit ans plus tard, et une découverte que personne n'attendait

Par | Publié le 16/07/2026 à 15:51

Un homme atteint de troubles cognitifs légers a reçu trente injections d'un anticorps contre les plaques cérébrales de la maladie d'Alzheimer pendant quatre ans et demi. Quatre ans après la fin du traitement, il est décédé et son cerveau a été donné à la science. Ce que les neuropathologistes ont découvert en l'examinant n'a jamais été observé aussi nettement chez un être humain.

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Un cerveau où la maladie n'a pas frappé partout

Le patient était un homme d'une cinquantaine d'années, porteur d'un variant génétique rare qui augmente le risque de développer la maladie. Il a participé à un essai clinique de l'aducanumab, un anticorps développé par le laboratoire Biogen pour cibler les plaques bêta-amyloïdes, ces amas de protéines considérés comme l'une des deux signatures biologiques d'Alzheimer.

Trente doses lui ont été administrées sur quatre ans et demi, pour une dose cumulée de 280 mg/kg. Quatre ans après sa dernière injection, il est décédé.

Plus d'une décennie s'était écoulée depuis l'apparition de ses premiers symptômes. L'une de ses dernières volontés était de donner son cerveau au Centre de recherche sur les maladies neurodégénératives de l'Université de Pennsylvanie.

Ce que les neuropathologistes y ont trouvé les a surpris. Le cerveau ne présentait pas un état uniforme : certaines zones étaient quasiment débarrassées de leurs plaques amyloïdes, d'autres en restaient chargées.

Des crêtes nettoyées, des sillons encore malades

L'analyse publiée le 12 juillet 2026 dans la revue JAMA par l'équipe de Christopher Brown, de la Perelman School of Medicine de l'Université de Pennsylvanie, détaille le phénomène.

Les gyri, les crêtes visibles à la surface des plis du cerveau, étaient largement nettoyées de leurs plaques amyloïdes. Les sulci, les sillons creusés entre ces plis, en restaient chargés.

Le médicament semble avoir atteint les couches superficielles du cortex mais pas les couches profondes.

Le neuropathologiste Edward Lee, coauteur de l'étude, qualifie cette configuration de scénario « Goldilocks » : le cerveau présentait côte à côte des régions traitées et non traitées, offrant une comparaison directe d'une valeur que la recherche obtient rarement.

La comparaison a livré un résultat majeur. Les zones débarrassées de l'amyloïde contenaient aussi beaucoup moins de protéine tau phosphorylée, l'autre coupable de la maladie, et présentaient une atrophie cérébrale significativement plus lente.

L'imagerie par résonance magnétique réalisée du vivant du patient confirmait cette asymétrie. Ce que cette observation suggère, c'est que nettoyer l'amyloïde freine l'accumulation de tau, et que freiner tau ralentit la destruction des neurones.

Un effet en cascade que les chercheurs suspectaient depuis des années, mais qu'aucune autopsie humaine n'avait documenté avec cette netteté.

Le premier anticorps autorisé, puis retiré

L'aducanumab a été le premier anticorps anti-amyloïde autorisé par la FDA aux États-Unis, en juin 2021, dans des conditions controversées. Les essais de phase III étaient jugés ambigus par une partie de la communauté scientifique.

L'Agence européenne du médicament avait refusé de suivre. En 2024, Biogen a arrêté la commercialisation du traitement.

La décision avait été interprétée comme un aveu d'échec. L'autopsie publiée dans JAMA rouvre cette lecture.

Ce que cette autopsie change pour les traitements actuels

Deux anticorps plus récents fonctionnent selon le même principe anti-amyloïde : le lécanémab (Leqembi, Eisai) et le donanemab (Kisunla, Eli Lilly). Le lécanémab a obtenu son autorisation de mise sur le marché européen le 15 avril 2025, après un parcours chaotique devant l'Agence européenne du médicament.
 
L'autopsie publiée dans JAMA est directement pertinente pour ces deux traitements. Si le problème de l'aducanumab n'était pas la stratégie elle-même mais la capacité du médicament à pénétrer assez profondément dans le tissu cérébral, améliorer cette pénétration pourrait transformer l'efficacité de toute la classe thérapeutique.

David Wolk, codirecteur du Penn Memory Center et coauteur de l'étude, estime que les résultats offrent certaines des preuves humaines les plus claires à ce jour que les traitements anti-amyloïdes sont associés à une limitation de l'accumulation de tau et à un ralentissement des lésions cérébrales.

Les auteurs soulignent aussi que l'effet protecteur était encore mesurable quatre ans après l'arrêt du traitement. Les essais cliniques actuels évaluent les résultats sur 18 mois.

Ce cas unique suggère que les bénéfices d'un nettoyage étendu de l'amyloïde pourraient se manifester sur des délais beaucoup plus longs que ceux des protocoles d'évaluation standards.

En France, le seul anticorps autorisé reste inaccessible

Le lécanémab est le seul anticorps anti-amyloïde disposant d'une autorisation de mise sur le marché européen. Il est administré par perfusion toutes les deux semaines et a démontré une réduction de 27 % du déclin cognitif en 18 mois dans l'essai CLARITY-AD.

Mais en France, la Haute Autorité de Santé a refusé d'accorder l'accès précoce au Leqembi le 4 septembre 2025, invoquant un rapport bénéfice-risque insuffisant. Le risque identifié concerne les anomalies d'imagerie liées à l'amyloïde (ARIA), des micro-hémorragies ou œdèmes cérébraux survenant chez environ 20 % des patients traités dans l'essai de référence CLARITY-AD.

Les patients porteurs de deux copies du gène APOE-ε4 sont exclus du traitement. Un suivi par IRM est nécessaire tout au long de l'administration.

En Allemagne et en Autriche, le lécanémab est administré depuis le troisième trimestre 2025 dans le cadre de programmes d'accès contrôlé. En France, la procédure d'évaluation par la HAS se poursuit.

Pour les 1,2 million de Français vivant avec la maladie d'Alzheimer et les 225 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année, selon l'Inserm, la question posée par cette autopsie est limpide : le nettoyage des plaques amyloïdes a un effet biologique mesurable, la cascade vers la destruction des neurones peut être freinée, et la France reste pour l'instant au bord de la route.

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