EHPAD et Résidences Seniors

Votre proche entre en EHPAD ? Ce que personne ne dit sur la durée de séjour

Près de 270 000 familles font face chaque année à l'entrée d'un proche en EHPAD, souvent sans connaître la réalité du séjour. Une enquête de la DREES, inédite par son ampleur, révèle des données qui bousculent les certitudes.


Par | Publié le 17/02/2026 à 12:52

Ce qu'il faut retenir

  1. La durée moyenne de séjour en EHPAD est de 2 ans et 3 mois en 2023, en baisse de 3 mois par rapport à 2019
  2. L'âge moyen d'entrée s'établit à 85 ans et 11 mois, avec un écart de 5 ans entre hommes et femmes
  3. Le niveau de dépendance (GIR) à l'entrée influence fortement la durée de séjour : de 1 an 8 mois (GIR 1) à plus de 4 ans (GIR 6)
  4. 38 % des résidents sont atteints d'Alzheimer ou d'une maladie apparentée, en hausse de 4 points
  5. Environ 26 % des décès en France surviennent chez des résidents d'EHPAD, soit plus de 168 000 personnes en 2023. Dans 82 % des cas, le décès a lieu dans l'établissement.
  6. Les soins palliatifs progressent mais seuls 11 % des EHPAD disposent d'un infirmier de nuit en permanence
  7. D'ici 2050, 700 000 seniors dépendants supplémentaires devront être accompagnés, nécessitant jusqu'à 365 000 places nouvelles
Résidente âgée sur un banc dans le jardin d'un EHPAD, en compagnie d'une aide-soignante © SeniorActu
Résidente âgée sur un banc dans le jardin d'un EHPAD, en compagnie d'une aide-soignante © SeniorActu

Combien de temps vit-on en EHPAD ?

En France, on entre en EHPAD de plus en plus tard. Et on y reste moins longtemps qu'on ne le croit. La dernière enquête de la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques), publiée en novembre 2025, révèle des données inédites sur la réalité du séjour en établissement. Des chiffres qui bousculent bien des idées reçues.

Selon l'enquête EHPA 2023, menée auprès de plus de 11 000 établissements, les résidents ayant quitté un EHPAD (Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) en 2023 y étaient restés en moyenne deux ans et trois mois. C'est trois mois de moins qu'en 2019. Ce chiffre surprend souvent les familles, qui imaginent des séjours bien plus longs.

L'âge moyen d'entrée en EHPAD s'établit à 85 ans et 11 mois en 2023. La moitié des personnes qui entrent en établissement ont plus de 87 ans et 6 mois. Et un quart ont dépassé 91 ans et 10 mois.

Mais cette moyenne cache de fortes disparités. Un quart des résidents sortis en 2023 avaient séjourné moins de deux mois. À l'inverse, un autre quart était resté plus de trois ans et deux mois. La durée dépend avant tout du motif de sortie. Les séjours qui se terminent par un décès sont généralement plus longs que ceux qui aboutissent à un retour à domicile. Et 38 % des personnes entrées en établissement en 2023 l'ont quitté la même année, ce qui confirme la fréquence des séjours très courts.

👉 Pour comprendre les étapes de l'entrée en établissement, consultez notre guide complet de l'EHPAD.

Quels facteurs influencent la durée de séjour ?

Les femmes restent plus longtemps que les hommes. Selon les données de la DREES, la durée moyenne atteint deux ans et dix mois pour les résidentes, contre deux ans pour les résidents masculins. Cet écart reflète la différence d'espérance de vie entre les sexes : les hommes entrent en moyenne à 82 ans et 2 mois, les femmes à 87 ans et 6 mois. Au moment du décès, l'âge moyen des résidents est de 89 ans et 8 mois en 2023.

Le niveau de perte d'autonomie au moment de l'entrée est un facteur déterminant. Il est mesuré par la grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources), qui classe les résidents de GIR 1 (dépendance totale) à GIR 6 (autonomie complète). Plus le GIR est bas à l'entrée, plus la durée de séjour tend à être courte.
 
GIR 1 Dépendance totale
⏱️
Durée moyenne de séjour
1 an et 8 mois
GIR 2-3 Dépendance sévère à modérée
⏱️
Durée moyenne de séjour
2 ans à 2 ans et 8 mois
GIR 4-6 Autonomie partielle à complète
⏱️
Durée moyenne de séjour
3 ans 2 mois à 4 ans 8 mois


La présence d'une maladie neurodégénérative modifie aussi le parcours. En 2023, environ 268 200 résidents souffrent de la maladie d'Alzheimer ou d'une maladie apparentée, soit 38 % des personnes accueillies. C'est 4 points de plus qu'en 2019. La maladie d'Alzheimer est associée à des séjours souvent plus longs, car la perte d'autonomie progresse lentement et le retour à domicile devient rapidement impossible. Ces résidents sont généralement pris en charge dans des unités spécialisées : les PASA (Pôles d'Activités et de Soins Adaptés) pour les troubles modérés, ou les UHR (Unités d'Hébergement Renforcé) pour les troubles sévères. Pour en savoir plus sur ces dispositifs, consultez notre guide des unités spécialisées Alzheimer en EHPAD.

La qualité de l'accompagnement joue également un rôle. La présence d'infirmières la nuit, la coordination des soins et les conventions avec les équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) contribuent au confort et à la durée de vie du résident. En 2023, 85 % des résidents sont en perte d'autonomie, dont 55 % en perte d'autonomie sévère en EHPAD.

EHPAD et fin de vie : la réalité des chiffres

Un chiffre frappe : en 2023, 168 519 résidents sont décédés en EHPAD. Cela représente environ 26 % de l'ensemble des décès en France. Dans 82 % des cas, le décès survient au sein même de l'établissement. Les 18 % restants concernent des résidents décédés lors d'une hospitalisation. Quand un EHPAD dispose d'une infirmière 24 heures sur 24, la probabilité de décéder lors d'une hospitalisation diminue significativement.

La fin de vie en EHPAD est devenue un enjeu majeur de santé publique. L'élaboration d'un volet soins palliatifs — c'est-à-dire un accompagnement centré sur le confort et la dignité du résident — dans le projet d'établissement concerne 77 % des EHPAD en 2023, contre 62 % en 2011. Et 69 % des établissements ont signé une convention avec une équipe mobile de soins palliatifs, contre 51 % en 2011. Mais seuls 11 % des EHPAD disposent d'un infirmier présent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Dans les établissements sans infirmier de nuit, 40 % mettent en place une astreinte nocturne.

Les directives anticipées, ce document dans lequel chacun peut exprimer ses volontés sur sa fin de vie, restent encore peu rédigées malgré leur importance. Pourtant, 94 % des EHPAD informent leurs résidents de cette possibilité. Et 76 % mettent en place des prescriptions anticipées personnalisées. La désignation d'une personne de confiance, qui pourra s'exprimer au nom du résident s'il ne peut plus le faire, est un dispositif complémentaire essentiel que toute famille devrait anticiper. Au-delà de la fin de vie, la vigilance des familles reste essentielle tout au long du séjour. Connaître les signes de maltraitance à surveiller en EHPAD permet d'agir rapidement si nécessaire.

👉 Pour en savoir plus sur l'accompagnement de la fin de vie, consultez le site Parlons fin de vie du Centre national des soins palliatifs.

Ce que ces chiffres ne disent pas

L'EHPAD n'est pas le mouroir que certains imaginent. Fin 2023, 697 000 personnes fréquentent un établissement pour personnes âgées ou y résident. Parmi elles, le nombre de centenaires a nettement augmenté, passant de 10 600 fin 2019 à 16 900 fin 2023, soit 2,4 % des résidents. Des activités sociales, des ateliers mémoire, des sorties et des animations rythment la vie quotidienne. La vie en établissement n'est pas synonyme de renoncement : elle s'inscrit dans un parcours où l'accompagnement adapté fait toute la différence.

Mais le défi est devant nous. Selon les projections de la DREES et de l'INSEE, le nombre de seniors en perte d'autonomie augmenterait de près de 700 000 personnes d'ici 2050, pour approcher 2,8 millions. Si les pratiques actuelles d'entrée en institution se maintenaient, il faudrait créer environ 365 000 places supplémentaires en EHPAD d'ici cette date. Et entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires pour assurer l'accompagnement quotidien.

Les pouvoirs publics privilégient aujourd'hui le virage domiciliaire, c'est-à-dire le maintien à domicile le plus longtemps possible, avec le développement d'habitats intermédiaires comme les résidences autonomie. Le nombre de places dans ces logements pourrait être multiplié par 3,8 à 5,2 d'ici 2050. En parallèle, les EHPAD accueilleraient des résidents de plus en plus dépendants, rendant la qualité des soins encore plus cruciale. Ce qui est certain, c'est que ces chiffres appellent une réponse collective bien au-delà du seul secteur médico-social.

 
Sources :
- DREES, Études et Résultats n°1351, novembre 2025
- DREES, Études et Résultats n°1237, juillet 2022
- DREES, Enquête EHPA 2023, données publiées le 4 novembre 2025
- DREES / INSEE, Projections de personnes âgées dépendantes, modèle LIVIA, révisé mars 2024
- DREES, Étude sur les besoins en emplois liés à l'autonomie, février 2026
- Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV), Atlas 2023
- DREES, Études et Résultats n°1094, novembre 2018


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