Retraite

Retraite par capitalisation : Ciotti veut puiser dans vos 91 milliards de réserves Agirc-Arrco

Par | Publié le 25/06/2026 à 08:13

Mardi, Éric Ciotti a détaillé un plan de capitalisation progressive qui cible directement les excédents du régime Agirc-Arrco. Le même argent que quatorze millions de retraités attendent depuis un an pour obtenir une revalorisation de leurs pensions gelées.

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Eric Ciotti © Obatala-photography/Shutterstock
Eric Ciotti © Obatala-photography/Shutterstock

Un plan en quinze ans et personne ne vous l'a traduit en euros

Le patron de l'UDR a profité d'un colloque mardi 23 juin à Nice pour poser un mécanisme concret : basculer progressivement de 3 à 9 % du salaire brut des actifs vers des fonds de capitalisation, en complément de la répartition.

La montée en puissance durerait quinze ans. La répartition resterait en place, mais un « étage » de capitalisation viendrait s'y ajouter.

La mesure reste une déclaration d'intention politique, sans texte ni calendrier.

Les 91 milliards que Ciotti veut transformer en fonds de transition

Pour financer le passage d'un système à l'autre, Éric Ciotti a cité deux sources : les excédents du régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco et la « mobilisation de l'épargne qui existe ». En clair, les réserves que les partenaires sociaux refusent depuis un an de convertir en hausse de pension serviraient de rampe de lancement.

Or ces réserves (91,2 milliards d'euros au 31 décembre 2025, selon les comptes publiés le 31 mars par le régime) ne sont pas un trésor dormant. Elles couvrent moins de onze mois de versement des 100,9 milliards de pensions annuelles servies à quatorze millions de retraités du privé.

Le solde technique (cotisations moins pensions versées) ne représente plus que 300 millions d'euros en 2025, divisé par cinq en un an. Le coussin s'érode sous l'effet du départ à la retraite des générations du baby-boom et du ralentissement des cotisations.

Puiser dans ces réserves pour amorcer la capitalisation, c'est mobiliser un matelas que les gestionnaires considèrent comme indispensable au versement des pensions actuelles.
 

Ce que quinze ans de transition signifient quand vous êtes déjà retraité

Si vous percevez aujourd'hui une pension Agirc-Arrco, la capitalisation version Ciotti ne changera rien à votre relevé. Le mécanisme ne concerne que les cotisations futures des actifs, transformées en épargne individuelle placée sur les marchés.

Nous resterions intégralement sur le système par répartition, dont la base de financement se rétrécirait à mesure que les cotisations seraient dérivées vers la capitalisation. L'arithmétique est implacable.

Si 9 % du salaire brut des actifs sont fléchés vers des fonds de capitalisation, c'est autant d'argent en moins dans le circuit qui nous verse nos pensions. Les 103,3 milliards de cotisations annuelles versées au régime Agirc-Arrco constituent le carburant de vos pensions : en dévier une part, même progressivement, réduit le flux qui les finance.

La promesse d'une « hausse conséquente » grâce à la capitalisation ne s'adresse qu'aux actifs qui auront cotisé suffisamment longtemps dans le nouveau système. Un salarié de 55 ans aujourd'hui n'aurait capitalisé que dix ans au moment de son départ, avec des montants modestes face aux quarante années de carrière nécessaires pour constituer un complément significatif.

Pendant ce temps, vos pensions complémentaires restent gelées depuis novembre 2025. La prochaine revalorisation ne sera pas même discutée avant octobre 2026.

C'est dans ce contexte qu'un candidat à la présidentielle propose de réorienter les réserves du régime vers un mécanisme dont vous ne verrez pas les fruits. Le plan qui promet de « sauver » les retraites commence par fragiliser celles qui sont versées aujourd'hui.

Pourquoi tous les candidats à 2027 prononcent le même mot

La capitalisation n'est plus un tabou réservé à la droite libérale.

Marine Le Pen s'est déclarée favorable le 14 juin à une capitalisation « volontaire » pour ceux qui en ont les moyens.

Jordan Bardella, quelques jours plus tôt, estimait que « l'âge de départ ne veut rien dire » et ouvrait la porte au même mécanisme.

Du côté du camp présidentiel, Roland Lescure plaidait dès mars 2026 pour des « fonds de pension à la française » devant Euronext.

Gabriel Attal inscrit la capitalisation dans son « plan France 2040 ».

Édouard Philippe avait défendu une part de 15 % dès 2025.

Je n'ai trouvé, dans aucun de ces plans, une seule ligne consacrée à la protection des pensions en cours de versement. La capitalisation est devenue le point de ralliement de tous les candidats qui veulent parler retraite sans promettre de baisser les pensions.
 

Le calendrier qui compte pour votre pension

La capitalisation ne sera pas votée demain. D'ici là, deux échéances comptent vraiment pour votre relevé.

La première tombe en octobre : les partenaires sociaux négocieront enfin la revalorisation du point Agirc-Arrco, gelé depuis novembre 2025. L'inflation estimée aux environs de 2 % en 2026 leur laisse peu de marge pour justifier un nouveau blocage.

La seconde est plus discrète mais plus lourde : l'accord national interprofessionnel qui régit le pilotage du régime expire fin 2026. Les règles d'indexation, le niveau de réserves cible et le partage entre employeurs et salariés seront renégociés pour la période 2027-2030, dans un contexte où chaque candidat à l'Élysée aura sa propre idée de ce que ces réserves doivent financer.

Avant de débattre de la capitalisation, la question qui vous concerne est celle-ci : votre pension complémentaire sera-t-elle enfin revalorisée en novembre ?

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