- Le résultat technique du régime — cotisations moins pensions — est tombé à 0,3 milliard d'euros en 2025, contre 1,6 milliard un an plus tôt
- Ce sont les placements boursiers, et non les cotisations, qui permettent encore d'afficher un excédent global de 1,4 milliard
- Malgré 91,2 milliards d'euros de réserves, aucune revalorisation des pensions n'est prévue avant novembre 2026 au plus tôt
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Retraite
Agirc-Arrco : l'excédent de 1,4 milliard masque un résultat technique divisé par cinq en un anPar Fabrice Crozier | Publié le 01/04/2026 à 08:17
La conférence de presse a duré moins d'une heure. Les chiffres, eux, racontent une tout autre histoire que celle du communiqué officiel. Derrière l'excédent affiché, un solde qui s'érode à une vitesse que le régime ne peut plus cacher.
L'excédent affiché par l'Agirc-Arrco masque une dégradation rapide du résultat technique du régime de retraite complémentaire © SeniorActu
Un excédent qui ne tient plus qu'à la Bourse
Un régime de retraite excédentaire qui refuse d'augmenter les pensions de ses 14 millions d'allocataires. La contradiction était déjà difficile à défendre en 2024. Elle devient explosive avec les chiffres présentés le 31 mars par l'Agirc-Arrco lors de sa conférence de presse annuelle.
Le résultat global affiché — 1,4 milliard d'euros d'excédent — reprend mot pour mot le communiqué officiel. Mais il mélange deux réalités très différentes. D'un côté, le résultat technique, c'est-à-dire la différence entre les cotisations encaissées et les pensions versées. De l'autre, les produits financiers générés par le placement des réserves sur les marchés. Le résultat technique, lui, ne s'élève plus qu'à 0,3 milliard d'euros. En 2024, il était de 1,6 milliard. Divisé par cinq en un an. Ce sont les 1,1 milliard d'euros de revenus boursiers qui sauvent la façade. Les charges rattrapent les cotisations
Les cotisations versées par les salariés et les employeurs ont atteint 103,3 milliards d'euros en 2025, en hausse de 1,9 milliard par rapport à 2024. Mais cette progression ralentit nettement. La vice-présidente du conseil d'administration et représentante du patronat, Diane Milleron-Deperrois, a elle-même souligné un « ralentissement de l'économie » pesant sur les salaires et les créations d'emploi.
En face, les pensions versées aux 14 millions de retraités affiliés ont grimpé à 100,9 milliards d'euros (+2,8 milliards). L'écart se resserre : les charges progressent plus vite que les recettes. C'est la deuxième année consécutive. En 2024, les ressources avaient déjà progressé deux fois moins vite que les charges, selon le communiqué officiel du régime. 91 milliards de réserves : le bouclier qui ne protège pas les retraités
Les réserves de l'Agirc-Arrco atteignent désormais 91,2 milliards d'euros au 31 décembre 2025, contre 85,6 milliards un an plus tôt. 5,6 milliards de plus. Pour un retraité qui n'a pas vu sa pension bouger d'un centime depuis novembre 2024, le décalage est vertigineux.
2024 Référence Résultat technique 1,6 milliard € Produits financiers 3 milliards € Résultat global 4,6 milliards € Réserves totales 85,6 milliards € 2025 Alerte Résultat technique 0,3 milliard € (÷5) Produits financiers 1,1 milliard € Résultat global 1,4 milliard € Réserves totales 91,2 milliards € Brigitte Pisa, vice-présidente représentant les salariés, décrit ces réserves comme « un amortisseur » servant à « maintenir une trajectoire stable, en évitant des mesures brutales ». La règle d'or du régime impose de conserver au minimum six mois de versement de pensions. Avec 91 milliards pour 100,9 milliards de pensions annuelles, le matelas représente environ onze mois. La marge est là. Mais elle ne descend pas jusqu'aux relevés de pension. Le piège démographique se referme
Le ratio qui porte tout l'édifice — le nombre de cotisants pour un retraité — se dégrade. L'Agirc-Arrco compte aujourd'hui 28 millions d'actifs pour 14 millions de retraités, soit un rapport de deux pour un. Il était de quatre pour un dans les années 1950. Brigitte Pisa reconnaît plusieurs « défis » à venir : la baisse de la fécondité et l'augmentation du nombre de pensionnés.
Le ralentissement économique accélère l'effet ciseau. Les cotisations, indexées sur la masse salariale, progressent moins vite quand l'économie cale. Les pensions, elles, augmentent mécaniquement avec chaque nouveau départ en retraite — les générations du baby-boom continuent d'arriver en nombre. Fin 2026 : la négociation qui décidera de tout
L'accord national interprofessionnel signé en octobre 2023 couvre la période 2023-2026. Il fixe la règle de revalorisation : inflation hors tabac, diminuée de 0,4 point, avec une marge de manœuvre de plus ou moins 0,4 point pour le conseil d'administration. C'est cette marge qui a servi de prétexte au blocage d'octobre 2025, lorsque patronat et syndicats n'ont pas trouvé d'accord.
En fin d'année 2026, les partenaires sociaux devront renégocier un nouvel accord pour la période 2027-2030. Cette négociation déterminera les règles de pilotage pour quatre ans. Et la position du patronat risque de se durcir : les excédents fondent, le contexte budgétaire national pousse à la prudence, et le précédent de 2025 a montré qu'un gel sans conséquence politique était possible. Pendant ce temps, la part complémentaire Agirc-Arrco représente entre 30 % de la pension totale pour les non-cadres et 60 % pour les cadres. Pour un ancien cadre supérieur, le gel ne porte pas sur un accessoire. Il porte sur la majorité de ses revenus. Et la valeur du point — 1,4386 euro — n'a pas bougé depuis le 1er novembre 2024. Dix-sept mois d'immobilité, dans un contexte où l'inflation est repartie à la hausse. Ce qu'il faut retenir
Sources :
- Agirc-Arrco, communiqué de presse, 31 mars 2026 - Conférence de presse Agirc-Arrco du 31 mars 2026, propos de Diane Milleron-Deperrois et Brigitte Pisa - Accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 relatif au régime Agirc-Arrco pour la période 2023-2026 La rédaction vous conseille
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