Retraite

Cour des comptes : une retraite sur neuf est mal calculée et l'erreur joue rarement en votre faveur

Par | Publié le 17/05/2026 à 06:45

Vous avez travaillé toute votre vie. Vous avez cotisé sans rien dire, parfois quarante ou quarante-deux ans. Vous attendez de l'administration française qu'elle vous calcule juste ce que vous avez gagné. Voici ce que dit la Cour des comptes de cette confiance. Une retraite sur neuf liquidée en 2025 comporte une erreur, et près des trois-quarts de ces erreurs jouent contre vous. Sans crier gare.


Nouveau : Posez une question à votre IA !

Obtenez des précisions ou des analyses complémentaires sur cet article en un clic

ChatGPT Claude Mistral Perplexity

Retraitée compare son relevé individuel de situation avec ses anciens bulletins de salaire  © SeniorActu.com
Retraitée compare son relevé individuel de situation avec ses anciens bulletins de salaire © SeniorActu.com

Le rappel sévère de la rue Cambon

Une fois la pension liquidée, vous recevez une notification officielle qui ressemble à une décision sans appel. Sauf qu'elle ne l'est pas, et la Cour des comptes vient de le rappeler avec une force particulière.

Dans son rapport de certification publié le 13 mai 2026, l'institution de la rue Cambon a constaté que une retraite sur neuf liquidée en 2025 par le régime général comportait au moins une erreur financière. La proportion s'est dégradée par rapport à 2024, où une pension sur dix seulement était touchée.

Ce ratio mérite déjà l'attention. Ce qu'il cache la mérite davantage.

Trois fois sur quatre, c'est contre vous

Près des trois-quarts des erreurs de calcul des pensions de retraite sont réalisées au détriment des assurés. Ce n'est pas une supposition militante, c'est un fait institutionnel établi par la Cour des comptes elle-même dans ses rapports successifs.

Concrètement, sur les 106 000 pensions environ mal calculées en 2025 par la Caisse nationale d'assurance vieillesse, près de 80 000 sous-évaluent les droits du retraité. Pour le reste, soit environ 26 000, l'erreur joue dans l'autre sens et la pension est trop élevée.

La nuance compte. Quand l'erreur vous est défavorable, vous touchez moins que ce à quoi vous avez droit, mois après mois, sans le savoir.

Quand elle vous est favorable, l'administration finit souvent par s'en apercevoir et réclame le trop-perçu. Le calcul n'est pas neutre, et le lecteur attentif comprendra vite qui supporte le risque dans les deux cas.

Sur les 106 000 pensions du régime général mal calculées en 2025, près de 80 000 sous-évaluent les droits du retraité. La Cour des comptes confirme que trois erreurs sur quatre jouent au détriment des assurés. LE SENS DE L'ERREUR Pensions du régime général mal calculées en 2025 — source Cour des comptes Sur les pensions erronées, l'erreur joue 75 % au détriment du retraité Pensions erronées en 2025 106 000 75 % au détriment du retraité Pensions sous-évaluées 80 000 25 % en faveur du retraité Pensions sur-évaluées 26 000 À retenir : l'erreur n'est pas neutre Quand elle vous est défavorable, vous touchez moins, mois après mois, sans le savoir. Quand elle vous est favorable, on vous demande le remboursement. © SeniorActu.com

Réversion, ASPA, minimum contributif : les angles morts

Au-delà des pensions liquidées, la Cour des comptes pointe d'autres zones d'erreur que personne ne mentionne dans les reprises grand public. La pension de réversion arrive en tête, avec un taux d'erreur de 11,5 % en 2025.

Pour un veuf ou une veuve, cela signifie qu'environ une réversion sur neuf est mal calculée au moment de la révision. Le délai d'attente pèse aussi : 1,5 million de majorations de réversion étaient en attente de calcul fin novembre 2025, selon le rapport.

L'allocation de solidarité aux personnes âgées, l'ex-minimum vieillesse, n'est pas mieux lotie avec 9,9 % d'erreurs lors des révisions. Le minimum contributif, qui rehausse les petites pensions de salariés, accuse également un retard structurel avec 700 000 dossiers en attente de calcul.

Sauf que ces dispositifs visent justement les retraités les plus modestes. L'effet de l'erreur y est donc proportionnellement plus lourd, et la capacité de la personne âgée à le détecter et à le contester, mécaniquement plus faible.
 

Trois profils, trois urgences : où vous situez-vous ?

Face à ce constat, la seule défense possible reste la vérification active de votre dossier. Et elle commence des années avant le départ à la retraite, pas le jour de la liquidation.

Premier réflexe : connectez-vous à votre compte sur info-retraite.fr et téléchargez votre relevé individuel de situation. Ce document récapitule tous les régimes auxquels vous avez cotisé, trimestre par trimestre, employeur par employeur.

Comparez chaque ligne avec vos bulletins de salaire, vos attestations Pôle emploi, votre livret militaire si vous êtes concerné. Les anomalies les plus fréquentes sont des trimestres manquants en début de carrière, des périodes d'apprentissage non reportées, et des congés maternité ou parentaux mal intégrés.

Deuxième réflexe : si vous avez plus de 55 ans, vous avez le droit de demander la rectification de votre relevé avant même la liquidation. Cette correction préventive évite les recours après coup, beaucoup plus complexes.

Toutes les démarches sont décrites sur la page officielle d'info-retraite.fr consacrée à la révision et aux recours. Conservez tous les originaux de vos justificatifs, le combat se gagne pièce par pièce.
 
Vous avez 50-60 ans ✅ Marge d'action
📝
Action immédiate
Téléchargez votre relevé individuel de situation
📅
Fenêtre de correction
Demande de rectification possible dès 55 ans
Vous liquidez dans 1-3 ans ⚠️ Vigilance accrue
🔍
Action immédiate
Audit complet de votre relevé avec justificatifs
⏱️
Délai critique
Toute correction avant liquidation évite la CRA
Vous êtes déjà retraité ⚠️ Recours actif
⚖️
Action immédiate
Comparez votre notification avec vos justificatifs
📅
Délai de prescription
Rappel possible jusqu'à 5 ans en arrière

Si vous trouvez une erreur : trois étapes, autant de leviers

Si vous avez déjà liquidé votre pension et que vous découvrez une erreur, sachez que tout n'est pas perdu. Les caisses de retraite de base remboursent jusqu'à cinq ans en arrière à compter du moment où l'erreur est signalée, dans la limite de la prescription quinquennale de droit commun.

Concrètement, vous écrivez à votre caisse régionale, la Carsat dans la plupart des cas, ou directement à la Cnav si vous résidez en Île-de-France. Vous joignez tous les justificatifs et vous gardez les originaux.

Si la réponse ne vient pas ou si elle vous est défavorable, vous disposez de deux mois à compter de la notification contestée pour saisir la commission de recours amiable de votre caisse. C'est une étape obligatoire avant tout recours devant le Pôle social du tribunal judiciaire.

Le médiateur de l'Assurance retraite reste également joignable, par e-mail à mediateur-retraite arobase cnav point fr, en cas d'échec de l'amiable. Trois étapes, autant de leviers que la plupart des retraités ignorent.

Reste à vérifier votre dossier. Si la statistique ne ment pas, vous avez environ une chance sur douze d'y trouver une erreur qui sous-évalue votre pension.

 
Sources :
- Cour des comptes, Certification des comptes du régime général de Sécurité sociale et du CPSTI, exercice 2025, publié le 13 mai 2026
- Cour des comptes, Pension de retraite : la Cour pointe de nombreuses erreurs, majoritairement au détriment des assurés, rapport de certification 2022
- info-retraite.fr, Révision et recours, fiche officielle du GIP Union Retraite
- Caisse nationale d'assurance vieillesse, Médiateur de l'Assurance retraite, saisine en ligne
- Code civil, article 2224, prescription quinquennale des actions personnelles ou mobilières


Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors de la semaine dans votre boite mail !
Facebook
X