Retraite

En ignorant les trimestres enfants, la carrière longue écartait les mères : deux décrets viennent d'ouvrir la porte à votre départ

Par | Publié le 06/08/2026 à 10:04

Deux décrets publiés fin juillet changent la façon dont les caisses calculent la pension des mères de famille à partir de la rentrée. Le gain est réel, mais il n'est pas ouvert à toutes celles qui liquident leur retraite cette année. Une seule date sépare celles qui en profitent de celles qui n'auront rien, et elle ne se rattrape pas.

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Une conseillère montre la date du 1er septembre sur un calendrier mural - Illustration générée par IA
Une conseillère montre la date du 1er septembre sur un calendrier mural - Illustration générée par IA

Deux décrets signés le 29 juillet, publiés le 31

Les deux textes portent les numéros 2026-699 et 2026-700. Ils ont été signés le 29 juillet et publiés au Journal officiel le vendredi 31 juillet, sept mois après le vote de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Leur objet commun tient en une phrase, reprise dans la notice des deux décrets : réduire les inégalités que subissent les mères au moment de partir. Mais les deux textes ne touchent pas au même paramètre, et ils ne visent pas exactement les mêmes femmes.

Vingt-cinq années hier, vingt-trois pour deux enfants

Le premier décret s'attaque au salaire annuel moyen, cette moyenne de revenus qui sert de base au calcul de la pension. Jusqu'ici, elle se calculait sur vos 25 meilleures années, quel que soit votre parcours. Désormais, une mère d'un enfant voit ce nombre ramené à 24 années, une mère de deux enfants ou plus à 23 années. Les années qui sautent sont les moins bonnes, c'est-à-dire souvent celles du congé parental ou du temps partiel qui a suivi une naissance.

Encore faut-il que vos enfants ouvrent des droits au dossier. Le texte réserve la mesure aux assurées qui bénéficient d'une majoration de durée d'assurance à ce titre. Sont couverts le régime général, les indépendantes, les salariées et les non-salariées agricoles, ainsi que le régime des cultes. En revanche, les fonctionnaires d'État, territoriales et hospitalières restent en dehors de ce calcul, leur pension se liquidant sur les six derniers mois de traitement. Le décret leur accorde autre chose, une bonification d'un trimestre pour celles qui ont accouché à compter de 2004, dans les régimes CNRACL et FSPOEIE.
 

Ce que deux années retirées valent sur une vie

Le gain dépend d'un seul paramètre, l'écart entre les années retirées et celles qui restent. Prenons une carrière de salariée dont les 23 meilleures années tournent autour de 24 000 euros bruts, avec deux années à 13 000 euros après les naissances. Le salaire annuel moyen passe alors de 23 120 à 24 000 euros. À taux plein, la pension de base monte de 963 à 1 000 euros par mois, soit 37 euros de plus chaque mois et 440 euros sur l'année.

Le chiffre paraît mince.

Sauf qu'il court aussi longtemps que la retraite elle-même. Une femme de 65 ans vit encore 23,4 ans en moyenne, selon les données de l'Insee. Sur cette durée, les 440 euros annuels pèsent près de 10 300 euros, obtenus sans la moindre démarche de votre part. Et si les deux années écartées descendent à 8 000 euros, ce qui correspond à un mi-temps prolongé, le gain mensuel atteint 53 euros et le cumul approche les 15 000 euros.

Reste que ce gain ne referme pas l'écart entre les femmes et les hommes. Les chiffres d'attribution publiés par la Cnav pour 2025 donnent un droit direct moyen de 730 euros par mois pour les femmes, contre 956 euros pour les hommes, soit 226 euros de différence chaque mois. Les deux années retirées du calcul en couvrent une petite fraction, un sixième dans le premier cas, un peu moins d'un quart dans le plus favorable. La mesure déplace donc le montant de votre pension, elle ne déplace pas la hiérarchie.

Les trimestres enfants entrent dans la carrière longue

Le second décret ne touche pas au montant, il touche à la date. Pour partir avant l'âge légal au titre d'une carrière longue, il faut justifier d'un nombre de trimestres réellement cotisés, et les trimestres accordés pour les enfants n'entraient pas dans ce compte. Or ce sont précisément ces trimestres que les mères accumulent, jusqu'à huit par enfant au régime général. Le texte publié sur Légifrance les fait entrer dans la période réputée cotisée, dans la limite de deux trimestres par assuré.

Deux trimestres, cela peut sembler dérisoire. Sauf qu'à la frontière du dispositif, deux trimestres décident d'un départ six mois plus tôt, parfois davantage. La condition de début d'activité, elle, ne bouge pas : il faut toujours avoir validé cinq trimestres avant la fin de l'année de vos 16, 18, 20 ou 21 ans selon la porte que vous empruntez. Les deux trimestres d'enfants ne permettent pas de contourner cette exigence, ils comptent seulement dans la durée cotisée réclamée ensuite.

Une pension qui part le 1er août ne rattrape rien

Les deux décrets sont entrés en vigueur le 1er août, mais leurs mesures de fond ne s'appliquent qu'aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. La formule mérite d'être lue lentement. Ce n'est pas la date de votre demande qui compte, ni celle de votre dernier jour travaillé, c'est la date d'effet de votre pension. Une retraite qui démarre le 1er août 2026 se calcule sur 25 années, à vie. La même retraite décalée d'un mois se calcule sur 23.

L'ordre de grandeur des dossiers concernés se lit dans les fiches statistiques de l'Assurance retraite. En 2025, 385 910 femmes ont obtenu un droit direct au régime général, soit environ 32 000 par mois. Pour celles dont la pension a pris effet entre janvier et août 2026, aucun rattrapage n'est prévu : les textes ne révisent pas les pensions déjà liquidées. Donc si votre départ se situe dans les prochaines semaines et que vous avez des enfants, la question de décaler la date d'effet se pose maintenant, pas après.
 

Ce que votre relevé doit montrer avant la demande

Aucune démarche n'est à faire pour bénéficier du nouveau calcul, les caisses l'appliquent au moment de la liquidation. Encore faut-il que le dossier soit juste. Un contrôle s'impose sur votre relevé de carrière : chaque enfant doit y figurer et les trimestres de majoration apparaître en face. Un enfant absent du relevé, et la mesure ne se déclenche pas, même si vous y avez droit.

Une simulation refaite après la parution des textes vaut mieux qu'une estimation obtenue au printemps. Reste que la meilleure décision se prend avec la date d'effet sous les yeux, un relevé à jour et le nombre exact de vos trimestres cotisés. C'est ce triangle qui commande votre pension pour les vingt prochaines années.

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