Retraite

Retraite : nés en 1964, ce que votre simulateur ne calcule pas encore et pourquoi ça coûte cher

Par | Publié le 22/06/2026 à 11:20

Une assurée née en 1964 pose une question simple sur un forum syndical : quand peut-elle partir à la retraite ? La Cnav lui répond que son logiciel n'est pas finalisé. Sur son espace personnel, la date de départ change chaque semaine : juillet, août, septembre. À dix semaines du basculement des règles, 64 000 futurs retraités attendent une réponse que leur caisse ne sait pas encore donner.

Partager : W f X in @
Un senior tape sur son ordinateur devant un simulateur de retraite
Un senior tape sur son ordinateur devant un simulateur de retraite

Trois dates de départ, zéro réponse

Le témoignage date du 11 juin 2026, sur le site de la CFDT Retraités. L'assurée a cumulé 172 trimestres, dont 8 avant ses 21 ans. Son seul obstacle : la Cnav ne sait pas lui dire quand elle peut partir. Le logiciel qui intègre les nouvelles règles issues de la loi de financement 2026 n'est pas achevé...

Ce n'est pas un dysfonctionnement ponctuel. C'est le symptôme d'un système en bascule, pris entre deux réformes.

Deux jeux de règles pour une seule pension

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu la réforme Borne pour les générations 1964 à 1968. Pour les nés en 1964, l'âge légal passe de 63 ans à 62 ans et 9 mois, et les trimestres requis tombent de 171 à 170.

Sauf que ces nouvelles règles ne s'appliquent qu'aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Avant cette date, ce sont les paramètres de la réforme 2023 qui continuent de tourner dans les logiciels.

Le décret d'application (n° 2026-345 du 7 mai 2026) a été précisé par service-public.gouv.fr, mais la traduction informatique n'a pas suivi au même rythme.

Résultat : deux personnes nées la même année, qui déposent leur dossier à quelques semaines d'intervalle, peuvent se voir appliquer des règles différentes. La Cnav gère deux moteurs de calcul simultanés pour la même génération.

Pourquoi votre pension a plus de chances d'être fausse

En temps normal, le taux d'erreur est déjà lourd. Le rapport 2026 de la Cour des comptes établit en effet qu'une pension liquidée sur neuf contenait une erreur financière en 2025. Plus de 106 000 retraités perçoivent un montant qui n'est pas le bon !
  Ce taux est mesuré en conditions standard, avec un seul jeu de règles. Or la génération 1964 cumule trois facteurs de risque inédits :
 
  • Le premier : la Cnav fait tourner deux moteurs de calcul pour les mêmes assurés, selon que la date d'effet tombe avant ou après le 1er septembre.
  • Le deuxième : le logiciel intégrant la suspension n'est pas achevé, de l'aveu même des conseillers.
  • Le troisième : 64 000 dossiers sont comprimés sur un seul trimestre, selon les chiffres communiqués par la direction de la Cnav, dans une fenêtre où les outils ne sont pas stabilisés.
Un seul trimestre mal comptabilisé dans ce contexte suffit à déclencher une décote de 1,25 % sur votre pension de base. Sur vingt ans de retraite, l'écart se chiffre en milliers d'euros.

Le cocktail est arithmétique : plus de dossiers, des règles en transition, un outil informatique en chantier.

La question n'est pas tant de savoir si des erreurs seront commises sur cette génération. C'est surtout de savoir combien passeront inaperçues.

Le minimum contributif, piège à retardement

Le minimum contributif majoré garantit 903,93 euros brut par mois aux retraités partant au taux plein avec au moins 120 trimestres cotisés. C'est le filet de sécurité des petites carrières.

Sauf qu'il suppose que toutes vos pensions soient liquidées simultanément : base, complémentaire Agirc-Arrco, et tous les régimes auxquels vous avez cotisé. Si l'un de vos régimes n'a pas encore reçu votre dossier au moment du calcul, le MiCo peut être évalué sur une base incomplète.
  Dans la pagaille actuelle des bascules de logiciels, c'est un risque concret.

La différence entre le MiCo majoré et le montant de base atteint près de 148 euros par mois, à vie. Et ce montant n'est pas corrigé automatiquement.

Deux décrets manquent encore à l'appel

La Cnav attend la publication de deux textes réglementaires avant de pouvoir finaliser certaines mises à jour de son système.

Le premier concerne les trimestres liés aux enfants. La LFSS 2026 prévoit que deux trimestres de majoration pour enfants soient intégrés aux trimestres réputés cotisés pour le calcul des carrières longues.

Tant que le décret n'est pas paru, les simulateurs ignorent cette règle.

Le second touche le calcul de la pension des mères de famille : 23 ou 24 meilleures années au lieu de 25 pour établir le salaire de référence. La Cnav qualifie la parution de ces décrets d'imminente, sans avancer de date.

Si votre pension est liquidée avant leur publication, elle sera calculée sans ces paramètres. Vous devrez ensuite demander un recalcul, un parcours qui prend plusieurs mois et que la plupart des assurés ignorent.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Votre premier réflexe : vous connecter à votre espace personnel sur info-retraite.fr et comparer le nombre de trimestres affiché avec vos propres bulletins de salaire. Chaque période manquante doit être signalée maintenant, pas au moment du départ.

Vérifiez que la durée d'assurance requise correspond bien à 170 trimestres et non 171 (l'ancien paramètre de la réforme 2023). Si votre espace affiche encore l'ancien chiffre, la mise à jour n'est pas passée sur votre dossier.

Gardez une capture d'écran datée de chaque simulation. En cas de contestation après la liquidation, c'est votre seule preuve que le simulateur affichait un chiffre différent de la pension versée.

Partager cet article
W f X in @

Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors de la semaine dans votre boite mail !
Facebook
X