Tout sécuriser au sol ne suffit pas
Vous avez fait ce qu'il fallait. Le tapis de l'entrée ne glisse plus, l'ampoule du couloir a été changée, la barre d'appui tient bon dans la douche. Ces gestes protègent, et rien de ce qui suit ne les remet en cause. Mais ils laissent de côté une ligne qui figure noir sur blanc dans la liste de contrôle des gériatres.
Ce facteur-là ne se voit pas au sol. Il tient sur une feuille pliée dans un tiroir, et il se compte en molécules.
Ce facteur-là ne se voit pas au sol. Il tient sur une feuille pliée dans un tiroir, et il se compte en molécules.
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Ce que les gériatres classent parmi les causes
La référence française en la matière n'est ni récente ni confidentielle. Les recommandations de la Haute Autorité de santé sur les chutes répétées, élaborées avec la Société française de gériatrie et de gérontologie, listent les facteurs qui prédisposent à la chute : l'âge, les troubles de la marche, la baisse de l'acuité visuelle, l'arthrose des membres inférieurs, l'état des pieds. Au milieu de cette liste, trois lignes parlent de votre armoire à pharmacie.
La première nomme la polymédication, pour laquelle ce texte retient le seuil le plus couramment employé : plus de quatre médicaments. La deuxième vise les psychotropes, benzodiazépines, hypnotiques, antidépresseurs et neuroleptiques compris, à rechercher y compris en automédication. La troisième vise les traitements cardiovasculaires, diurétiques, digoxine et antiarythmiques de classe I. Ces classes ne sont pas mises en accusation : elles soignent, et prolongent souvent la vie. Elles sont associées à un risque que la personne qui les prend ignore le plus souvent.
Or ce risque ne se lit pas médicament par médicament. Il s'additionne, et le même texte considère qu'à partir de trois facteurs réunis, la probabilité de retomber devient élevée. Polymédication, baisse de l'acuité visuelle et arthrose des genoux forment déjà trois lignes de cette liste.
La première nomme la polymédication, pour laquelle ce texte retient le seuil le plus couramment employé : plus de quatre médicaments. La deuxième vise les psychotropes, benzodiazépines, hypnotiques, antidépresseurs et neuroleptiques compris, à rechercher y compris en automédication. La troisième vise les traitements cardiovasculaires, diurétiques, digoxine et antiarythmiques de classe I. Ces classes ne sont pas mises en accusation : elles soignent, et prolongent souvent la vie. Elles sont associées à un risque que la personne qui les prend ignore le plus souvent.
Or ce risque ne se lit pas médicament par médicament. Il s'additionne, et le même texte considère qu'à partir de trois facteurs réunis, la probabilité de retomber devient élevée. Polymédication, baisse de l'acuité visuelle et arthrose des genoux forment déjà trois lignes de cette liste.
Vos quatre boîtes peuvent contenir cinq molécules
Voici le point que presque personne ne dit, et c'est celui qui change quelque chose pour vous. Quand l'Assurance maladie fixe le seuil qui ouvre un accompagnement en pharmacie, elle ne parle pas de boîtes. Ses textes évoquent cinq molécules ou principes actifs prescrits pour une durée d'au moins six mois. Ce n'est pas la même arithmétique que la vôtre.
Prenez le comprimé qui associe deux antihypertenseurs, très répandu après 60 ans : une boîte sur la table, deux principes actifs dans le décompte. Ajoutez un traitement du cholestérol, un antidiabétique oral et un protecteur gastrique, et vous voilà à quatre boîtes pour cinq molécules. Vous vous croyez sous le seuil ; vous l'avez franchi.
Nous sommes nombreux à faire ce calcul de travers. Le décompte en boîtes rassure, parce qu'il donne un chiffre plus bas que la réalité pharmacologique. Sauf que c'est le second chiffre qui décide de ce à quoi vous avez droit, et lui seul. Le renseignement figure sur chaque emballage, en petits caractères, sous le nom commercial : retournez les boîtes et additionnez les substances actives.
Prenez le comprimé qui associe deux antihypertenseurs, très répandu après 60 ans : une boîte sur la table, deux principes actifs dans le décompte. Ajoutez un traitement du cholestérol, un antidiabétique oral et un protecteur gastrique, et vous voilà à quatre boîtes pour cinq molécules. Vous vous croyez sous le seuil ; vous l'avez franchi.
Nous sommes nombreux à faire ce calcul de travers. Le décompte en boîtes rassure, parce qu'il donne un chiffre plus bas que la réalité pharmacologique. Sauf que c'est le second chiffre qui décide de ce à quoi vous avez droit, et lui seul. Le renseignement figure sur chaque emballage, en petits caractères, sous le nom commercial : retournez les boîtes et additionnez les substances actives.
Le bilan que votre pharmacien peut ouvrir
Ce décompte n'a rien de théorique. Il ouvre le bilan partagé de médication, un accompagnement que votre pharmacien conduit à l'officine, dans un espace de confidentialité, et dont l'Assurance maladie assure la prise en charge intégrale. Vous ne réglez rien, et une ordonnance n'est pas nécessaire pour le demander.
Les conditions tiennent en trois lignes : avoir 65 ans ou plus, être traité pour une maladie chronique, cumuler au moins cinq molécules prescrites pour six mois ou davantage. Le pharmacien recense tout ce que vous prenez, y compris ce que vous achetez sans prescription, analyse les associations, puis vous restitue ses observations. La fiche part ensuite vers votre médecin traitant, qui reste seul décisionnaire.
Ce dernier point mérite d'être posé clairement. Rien de ce qui précède n'autorise à interrompre un traitement de votre propre initiative : arrêter un antihypertenseur ou un anticoagulant sans avis expose à bien plus lourd qu'une chute. D'ailleurs, une révision de prescription aboutit rarement à une suppression. Elle ajuste une dose, déplace une prise du soir au matin, ou solde un traitement devenu inutile depuis des années sans que personne ne l'ait remarqué.
Les conditions tiennent en trois lignes : avoir 65 ans ou plus, être traité pour une maladie chronique, cumuler au moins cinq molécules prescrites pour six mois ou davantage. Le pharmacien recense tout ce que vous prenez, y compris ce que vous achetez sans prescription, analyse les associations, puis vous restitue ses observations. La fiche part ensuite vers votre médecin traitant, qui reste seul décisionnaire.
Ce dernier point mérite d'être posé clairement. Rien de ce qui précède n'autorise à interrompre un traitement de votre propre initiative : arrêter un antihypertenseur ou un anticoagulant sans avis expose à bien plus lourd qu'une chute. D'ailleurs, une révision de prescription aboutit rarement à une suppression. Elle ajuste une dose, déplace une prise du soir au matin, ou solde un traitement devenu inutile depuis des années sans que personne ne l'ait remarqué.
Après 80 ans, une consultation ouverte depuis janvier
Un second dispositif existe depuis peu. La convention médicale de 2024 a créé une consultation longue réservée au médecin traitant, applicable depuis le 1er janvier 2026 pour les patients de plus de 80 ans. Elle couvre trois situations, dont la revue d'ordonnance de ceux qui suivent au moins dix lignes de traitement. Elle est facturée 60 euros à l'Assurance maladie, 72 euros outre-mer, une fois par an et par patient, et s'appuie sur le bilan réalisé par le pharmacien.
Le mécanisme fonctionne donc en escalier : cinq molécules ouvrent la pharmacie, dix lignes et 80 ans le cabinet médical. En revanche, la zone intermédiaire reste large : à 72 ans avec sept molécules, vous relevez du bilan en officine et de rien d'autre. Ce rendez-vous-là, il faut le réclamer.
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La semaine qui suit votre chute
Reprenons le fil par l'autre bout, celui de la chute déjà survenue. D'après les données de Santé publique France, 174 824 hospitalisations liées à une chute ont été enregistrées chez les 65 ans et plus en 2024, ainsi que 20 148 décès. Rapporté à la structure d'âge de la population, le taux d'hospitalisation progresse de 20,5 % sur cinq ans. Rapporté au calendrier, cela fait près de 478 hospitalisations par jour, soit une toutes les trois minutes.
Ce qui se joue ensuite compte autant. Deux chutes en douze mois font entrer dans la catégorie des chutes répétées, celle qui justifie un bilan complet, et les recommandations citées plus haut demandent alors une réévaluation dans un délai d'une semaine. Une seule question suffit à vos proches pour alerter : le séjour au sol a-t-il dépassé une heure ? Le reste appartient au cabinet, où l'appui sur un seul pied est chronométré, cinq secondes servant de seuil.
Signaler la chute reste le geste décisif, même sans blessure. Une chute tue rarement sur le coup ; elle installe une appréhension, qui réduit les déplacements, qui affaiblit les jambes, qui prépare la suivante. Et si le prochain rendez-vous chez votre médecin commençait par les quatre boîtes de la table, plutôt que par le tapis de l'entrée ? Retournez-les ce soir, comptez les substances actives, et vous saurez si ce bilan vous est déjà ouvert.
Ce qui se joue ensuite compte autant. Deux chutes en douze mois font entrer dans la catégorie des chutes répétées, celle qui justifie un bilan complet, et les recommandations citées plus haut demandent alors une réévaluation dans un délai d'une semaine. Une seule question suffit à vos proches pour alerter : le séjour au sol a-t-il dépassé une heure ? Le reste appartient au cabinet, où l'appui sur un seul pied est chronométré, cinq secondes servant de seuil.
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