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On pensait que les lunettes de 1999 resserviraient : pour l'éclipse solaire du 12 août, Bercy demande de les jeter, rayées ou pas

Par | Publié le 05/08/2026 à 10:07

Un tiroir s'ouvre quelque part en France, et une paire de lunettes en carton datée de l'été 1999 réapparaît. Vingt-sept ans plus tard, l'éclipse solaire du 12 août promet le même spectacle, et beaucoup comptent bien ressortir ces lunettes-là. Le danger, lui, ne se sentira pas au moment où il arrivera.

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Une paire de lunettes d'éclipse brandie sous le Soleil en croissant - Illustration générée par IA
Une paire de lunettes d'éclipse brandie sous le Soleil en croissant - Illustration générée par IA

Mercredi soir, la Lune mange presque tout le Soleil

Mercredi 12 août, à partir de 19 h 20 environ, la Lune commencera à mordre le disque solaire au-dessus de toute la France métropolitaine. Le maximum tombe entre 20 h 14 et 20 h 27 selon les villes, avec un Soleil déjà bas sur l'horizon ouest. Selon les tables de l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides, 92,2 % du disque solaire sera masqué à Paris, 97,8 % à Toulouse et jusqu'à 99,5 % à Biarritz. La bande de totalité, elle, se trouvera au sud des Pyrénées.

Pourquoi 92 % ne veut pas dire sans risque

Mais ce pourcentage rassure à tort. Tant qu'un croissant de Soleil reste visible, même réduit à un fil, le rayonnement qui atteint le fond de l'œil suffit à brûler la rétine en quelques secondes. Le dossier de presse de l'Association française d'astronomie décrit ce qui se produit alors : les cellules photoréceptrices encaissent une lumière trop intense, et la perte de vision qui en découle peut rester définitive. Aucune protection de fortune ne tient, ni lunettes de soleil superposées, ni verres fumés, ni radiographies.

Or la rétine ne possède aucun récepteur de la douleur. Rien ne prévient pendant l'exposition, et les troubles visuels apparaissent parfois plusieurs heures après. Pendant une éclipse totale, une fenêtre de quelques minutes autorise le regard sans filtre.

Le 12 août, la France restant hors de la bande de totalité, cette fenêtre n'existera nulle part sur le territoire.

Les lunettes de 1999 sont à jeter

D'ailleurs, beaucoup de foyers ont déjà leur solution toute trouvée. Si vous avez aujourd'hui entre 50 et 70 ans, vous en aviez entre 23 et 43 le 11 août 1999, jour de la dernière éclipse totale visible en métropole. Cette année-là, le dispositif Éclipse Info a diffusé près de 15 millions de paires de lunettes avec l'appui de l'État et des collectivités, et aucun accident grave n'a été enregistré. Ces montures en carton ont fini dans un tiroir de commode ou une boîte à chaussures.

Vingt-sept ans plus tard, elles ressortent.

Sauf que Bercy et le ministère de la Santé demandent de ne pas les réutiliser. Dans le texte publié le 23 juillet 2026, les deux administrations écrivent que les filtres achetés pour l'éclipse de 1999 sont susceptibles d'être altérés « même sans signe apparent de dégradation ». La formule compte : une paire qui paraît intacte à l'œil nu peut avoir perdu son pouvoir filtrant sous l'effet de la chaleur, de l'humidité ou des plis. Le carton ne montre rien, le polymère a vieilli.

Donc le contrôle à faire tient en dix secondes. Placez le filtre devant une lampe puissante : si des points lumineux passent au travers, ce sont des micro-perforations, et la paire part à la poubelle. Le test vaut aussi pour une paire neuve. Avant l'achat, la répression des fraudes liste quatre vérifications à mener sur le produit : le marquage CE, des instructions de sécurité en français, les coordonnées du fabricant ou de l'importateur, et l'absence de rayure sur les filtres. La norme de référence, EN ISO 12312-2, date de 2015, soit seize ans après l'éclipse de 1999.

Des signes que vous mettrez sur le compte de l'âge

Or c'est après coup que la question devient particulière passé la cinquantaine. Les signes à surveiller dans les heures suivant l'observation sont une baisse de vision, des taches, une vision floue et une déformation des images. Ce sont, presque mot pour mot, ceux que l'Assurance maladie décrit pour la dégénérescence maculaire liée à l'âge : déformation des objets et des lignes droites, qui paraissent ondulées ou courbes, et baisse de l'acuité visuelle au centre du champ.

La confusion devient donc facile. Une personne qui vit déjà avec des drusens, une DMLA débutante ou une cataracte en cours d'installation attribuera spontanément ces troubles à la pathologie qu'elle connaît déjà, et attendra le prochain rendez-vous au lieu d'appeler. La consigne officielle ne laisse pourtant aucune marge : devant une baisse de vision, une tache ou une déformation dans les heures qui suivent l'éclipse, il faut consulter en urgence un ophtalmologue ou appeler le 15.
 

Trois minutes d'affilée maximum, pas une de plus

Reste la question la plus concrète, celle du où et du combien. L'Association française d'astronomie relève des prix publics compris entre 1,50 et 4 euros, et renvoie vers des vendeurs identifiables : opticiens, pharmacies, magasins spécialisés, clubs d'astronomie et mairies des communes touristiques. Le communiqué commun de l'Économie et de la Santé du 23 juillet appelle à la méfiance sur les achats en ligne de lunettes d'origine extra-européenne, au moment précis où la demande explose et où les contrefaçons suivent.

Et une consigne passe presque inaperçue dans le flot des recommandations. Même équipé de lunettes conformes, vous ne devez pas dépasser trois minutes d'observation consécutives, en ménageant des pauses entre deux regards vers le ciel. La même règle s'applique aux photos : les lunettes ne se retirent pas pour cadrer, et un téléphone, des jumelles ou un appareil photo réclament leur propre filtre monté à l'avant de l'objectif.
 

La prochaine éclipse totale, c'est en 2081

Manquer le rendez-vous du 12 août a un prix, et il se compte en décennies. Deux éclipses suivent de près, mais aucune ne joue dans la même catégorie : celle du 2 août 2027 masquera 51 % du Soleil à Paris, celle du 26 janvier 2028 en couvrira 57 %. Quant à la prochaine éclipse totale visible depuis la France métropolitaine, elle est datée au 3 septembre 2081, soit 55 ans après celle de la semaine prochaine.

Or ce chiffre change de nature dès qu'on le pose à côté des tables d'espérance de vie publiées par l'Insee en janvier 2026. À 65 ans, une femme peut espérer vivre encore 23,6 années et un homme 20. Reportés sur un calendrier, ces deux chiffres mènent à 2049 et à 2046, soit 32 à 35 ans avant le rendez-vous de 2081. Il faudrait souffler 120 bougies ce jour-là pour voir la suivante.

Le 12 août au soir, ce n'est donc pas une éclipse parmi d'autres qui se joue au-dessus de l'horizon ouest, c'est la seule de cette ampleur que votre génération verra, et tout se joue sur une paire de lunettes à quatre euros.

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