Le seuil de 35 degrés avait été mesuré sur des jeunes gens
Il existe en climatologie un chiffre qui sert de garde-fou depuis des décennies : 35 degrés de température humide, le point au-delà duquel un organisme ne parvient plus à évacuer sa propre chaleur. Ce seuil a été établi en laboratoire, sur des volontaires jeunes et en bonne santé. Personne, dans ces expériences, n'avait 68 ans, un traitement contre l'hypertension et trente ans de sueur en moins.
Une équipe de l'université Stanford a repris le calcul en séparant trois âges de la vie, et ses résultats paraissent ce mardi dans la revue The Lancet Planetary Health. Son premier auteur, Qinqin Kong, résume l'effet en une phrase : une fois l'âge introduit dans le modèle, l'image du risque futur change du tout au tout. Autrement dit, ce n'est pas le climat qui avait été mal évalué. C'est nous qui l'analysions sur une base incomplète...
Une équipe de l'université Stanford a repris le calcul en séparant trois âges de la vie, et ses résultats paraissent ce mardi dans la revue The Lancet Planetary Health. Son premier auteur, Qinqin Kong, résume l'effet en une phrase : une fois l'âge introduit dans le modèle, l'image du risque futur change du tout au tout. Autrement dit, ce n'est pas le climat qui avait été mal évalué. C'est nous qui l'analysions sur une base incomplète...
La Newsletter SeniorActu
Chaque vendredi
Retraite, santé, pouvoir d'achat : la synthèse de l'actualité des seniors directement dans votre boîte mail.
Ce que sept degrés de moins changent chez vous
Le mécanisme tient dans un mot que les médecins emploient rarement devant vous : la compensation. Tant que votre organisme évacue autant de chaleur qu'il en reçoit, votre température interne reste stable et vous transpirez sans dommage. Passé un certain mélange de chaleur et d'humidité, cette compensation échoue : la température monte en continu, et plus rien ne l'arrête, ni la forme physique ni l'habitude du climat.
Or ce point de rupture ne se situe pas au même endroit selon l'âge. Chez les 60 ans et plus, il tombe entre 4,7 et 7,5 degrés plus bas que chez les jeunes adultes, d'après les mesures reprises par l'équipe de Stanford. Le corps sue moins, le cœur pompe moins efficacement, les maladies chroniques et certains médicaments freinent la régulation. À conditions strictement identiques, dans la même pièce, deux personnes ne vivent donc pas la même canicule.
Rapporté à la planète, l'écart donne le vertige. Avec un réchauffement mondial limité à 1,5 degré, 22 % des plus de 60 ans, soit environ 290 millions de personnes, subiraient chaque année plus d'un mois de chaleur que leur corps ne peut plus compenser. Les jeunes adultes n'atteignent ce niveau d'exposition qu'à 4 degrés. Le monde, lui, suit aujourd'hui une trajectoire de 2,8 degrés d'ici la fin du siècle, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement.
Reste que ces projections dépendent de choix de modélisation, et les auteurs ne s'en cachent pas : les zones les plus exposées se situent sous les tropiques, pas en Europe de l'Ouest. Ce que l'étude déplace pour nous se trouve ailleurs : le nombre de personnes soumises à au moins 180 heures de chaleur non compensable par an y ressort deux à huit fois supérieur aux estimations, qui supposaient que chacun d'entre nous encaisse comme un jeune adulte.
Or ce point de rupture ne se situe pas au même endroit selon l'âge. Chez les 60 ans et plus, il tombe entre 4,7 et 7,5 degrés plus bas que chez les jeunes adultes, d'après les mesures reprises par l'équipe de Stanford. Le corps sue moins, le cœur pompe moins efficacement, les maladies chroniques et certains médicaments freinent la régulation. À conditions strictement identiques, dans la même pièce, deux personnes ne vivent donc pas la même canicule.
Rapporté à la planète, l'écart donne le vertige. Avec un réchauffement mondial limité à 1,5 degré, 22 % des plus de 60 ans, soit environ 290 millions de personnes, subiraient chaque année plus d'un mois de chaleur que leur corps ne peut plus compenser. Les jeunes adultes n'atteignent ce niveau d'exposition qu'à 4 degrés. Le monde, lui, suit aujourd'hui une trajectoire de 2,8 degrés d'ici la fin du siècle, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement.
Reste que ces projections dépendent de choix de modélisation, et les auteurs ne s'en cachent pas : les zones les plus exposées se situent sous les tropiques, pas en Europe de l'Ouest. Ce que l'étude déplace pour nous se trouve ailleurs : le nombre de personnes soumises à au moins 180 heures de chaleur non compensable par an y ressort deux à huit fois supérieur aux estimations, qui supposaient que chacun d'entre nous encaisse comme un jeune adulte.
En juin, un tiers des morts en trop avaient 45 à 74 ans
Ce raisonnement vous paraît lointain ? La France a passé l'épreuve grandeur nature il y a huit semaines. Du 17 juin au 2 juillet, 92 départements ont basculé en canicule, soit 98,5 % de la population, et Santé publique France a recensé 5 764 décès en excès sur la période, pour 15 910 attendus. Une hausse de 36,2 %, la plus forte observée pendant une vague de chaleur depuis 2003.
Le commentaire public s'est arrêté aux 75 ans et plus, qui concentrent effectivement les deux tiers du bilan avec 3 719 décès en excès. Sauf que le tableau de l'agence contient une autre ligne. En additionnant les 45-64 ans et les 65-74 ans, on obtient 1 915 décès en excès, soit un tiers du bilan national : ce calcul, les chiffres publiés le permettent, mais le débat ne l'a pas fait. Ce tiers correspond à la tranche d'âge qui se croit encore hors de portée. La vôtre, peut-être. Le mien assurément.
Plus révélateur encore, le taux. Chez les 45-64 ans, la mortalité a dépassé de 55,4 % son niveau attendu, contre 33,3 % chez les 75 ans et plus. L'exposition y est pour beaucoup : à cet âge, on travaille, on se déplace, on ne reste pas au frais. En valeur absolue, les plus âgés paient toujours le prix fort, mais l'intensité du choc s'est déplacée vers des gens qui ne se sentaient pas concernés, et la surmortalité a grimpé partout, y compris à domicile. C'est aussi ce que décrit la courbe de Stanford : la tolérance à la chaleur ne s'effondre pas le jour des 75 ans, elle glisse bien avant.
Le commentaire public s'est arrêté aux 75 ans et plus, qui concentrent effectivement les deux tiers du bilan avec 3 719 décès en excès. Sauf que le tableau de l'agence contient une autre ligne. En additionnant les 45-64 ans et les 65-74 ans, on obtient 1 915 décès en excès, soit un tiers du bilan national : ce calcul, les chiffres publiés le permettent, mais le débat ne l'a pas fait. Ce tiers correspond à la tranche d'âge qui se croit encore hors de portée. La vôtre, peut-être. Le mien assurément.
Plus révélateur encore, le taux. Chez les 45-64 ans, la mortalité a dépassé de 55,4 % son niveau attendu, contre 33,3 % chez les 75 ans et plus. L'exposition y est pour beaucoup : à cet âge, on travaille, on se déplace, on ne reste pas au frais. En valeur absolue, les plus âgés paient toujours le prix fort, mais l'intensité du choc s'est déplacée vers des gens qui ne se sentaient pas concernés, et la surmortalité a grimpé partout, y compris à domicile. C'est aussi ce que décrit la courbe de Stanford : la tolérance à la chaleur ne s'effondre pas le jour des 75 ans, elle glisse bien avant.
La France se prépare, elle, à 4 degrés
Sur ce point, la France a déjà tranché. Un décret a inscrit dans le code de l'environnement la trajectoire sur laquelle administrations et collectivités doivent caler leurs décisions : +2 °C dès 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 sur l'Hexagone et la Corse.
L'étude de Stanford, elle, place le basculement des plus de 60 ans dès 1,5 degré mondial, attendu autour de 2030. Entre ce seuil et l'horizon que vise notre plan d'adaptation, il y a les étés que vous allez traverser.
L'étude de Stanford, elle, place le basculement des plus de 60 ans dès 1,5 degré mondial, attendu autour de 2030. Entre ce seuil et l'horizon que vise notre plan d'adaptation, il y a les étés que vous allez traverser.
Un thermomètre dans votre chambre, un formulaire en mairie
D'ailleurs, la chaleur ne tue pas que l'après-midi, elle tue aussi la nuit, quand la chambre ne redescend plus et que le corps n'a pas récupéré de la veille. Les 24 et 25 juin ont été les deux journées les plus chaudes jamais enregistrées en France, avec 30 °C de moyenne sur vingt-quatre heures d'après Météo-France : moyenne, donc nuit comprise.
D'où un premier geste qui ne coûte rien : posez un thermomètre dans la pièce où vous dormez et regardez-le vers 4 heures du matin. Sous 28 degrés, votre logement fait son travail ; au-dessus, il ne vous protège plus, et cela se mesure.
Le deuxième geste se règle en mairie. Le registre communal des personnes vulnérables est gratuit et confidentiel, ouvert dès 65 ans, dès 60 ans en cas d'inaptitude au travail, et un proche peut vous y inscrire à votre place : la marche à suivre figure sur la fiche officielle de Service-Public.
Le troisième relève de votre médecin ou de votre pharmacien : certains traitements du cœur, de la tension ou du diabète gênent la régulation thermique, et cette relecture d'ordonnance se fait avant l'été, jamais en pleine vague et jamais seul dans son coin.
Je ne connais pas beaucoup de sujets où l'écart soit aussi grand entre ce que la science établit et ce que nous en faisons. La limite de nos corps a bougé sur le papier cette semaine : sans doute serait-il opportun d'en tenir compte avant que les prochaines vagues de chaleur ne frappent l'hexagone au cours des prochaines années...
D'où un premier geste qui ne coûte rien : posez un thermomètre dans la pièce où vous dormez et regardez-le vers 4 heures du matin. Sous 28 degrés, votre logement fait son travail ; au-dessus, il ne vous protège plus, et cela se mesure.
Le deuxième geste se règle en mairie. Le registre communal des personnes vulnérables est gratuit et confidentiel, ouvert dès 65 ans, dès 60 ans en cas d'inaptitude au travail, et un proche peut vous y inscrire à votre place : la marche à suivre figure sur la fiche officielle de Service-Public.
Le troisième relève de votre médecin ou de votre pharmacien : certains traitements du cœur, de la tension ou du diabète gênent la régulation thermique, et cette relecture d'ordonnance se fait avant l'été, jamais en pleine vague et jamais seul dans son coin.
Sur le même sujet :
Plan canicule 2026 : cette inscription en mairie déclenche les secours si vous ne répondez plus
Plan canicule 2026 : cette inscription en mairie déclenche les secours si vous ne répondez plus
Je ne connais pas beaucoup de sujets où l'écart soit aussi grand entre ce que la science établit et ce que nous en faisons. La limite de nos corps a bougé sur le papier cette semaine : sans doute serait-il opportun d'en tenir compte avant que les prochaines vagues de chaleur ne frappent l'hexagone au cours des prochaines années...


