Société

Canicule : en 2003 on mourait en Ehpad, en 2026 on meurt chez soi et personne n'a de plan

Par | Publié le 08/07/2026 à 10:07

Soixante et un départements en vigilance orange ce mardi. La deuxième vague de chaleur frappe un pays qui n'a pas eu le temps de récupérer de la première. Santé publique France a publié ses premiers chiffres consolidés, et ils désignent un coupable inattendu : votre logement.

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un femme tente de se raffraichir avec un éventail dans un immeuble haussmannien
un femme tente de se raffraichir avec un éventail dans un immeuble haussmannien

Ce n'est plus l'Ehpad, c'est votre salon

En 2003, la majorité des décès liés à la chaleur avaient eu lieu en Ehpad. La climatisation y était rare, les protocoles inexistants, le personnel en congé.

Vingt-trois ans plus tard, le Premier ministre a posé le diagnostic inverse lors de la cellule interministérielle de crise du 2 juillet. Le danger, ce sont les appartements surchauffés où des centaines de milliers de seniors vivent seuls, sans personne pour vérifier qu'ils s'alimentent encore correctement.

Ce que Santé publique France a mesuré pour la première fois

Le communiqué de Santé publique France du 28 juin livre les premiers chiffres de la canicule de juin. Plus de 1 400 décès quotidiens ont été enregistrés les 25 et 26 juin, contre 900 à 1 000 par jour en avril et mai.

Environ 1 000 décès supplémentaires sont comptabilisés depuis le 24 juin. Le chiffre le plus frappant concerne le lieu de décès.

L'agence observe une hausse de 40 % des décès survenus à domicile depuis le début de l'épisode, tout particulièrement en Île-de-France. Les décès en établissement hospitalier et en Ehpad ont également augmenté, mais dans des proportions moindres.

85 % des décès observés concernent des personnes de 65 ans et plus. La chaleur tue d'abord les seniors, et elle les tue d'abord chez eux.

Le bulletin du 3 juillet complète le tableau : 6 351 hospitalisations liées à la canicule ont été enregistrées entre le 18 et le 29 juin. Les deux tiers concernent des personnes de 75 ans et plus.

Santé publique France précise que son système ne capte qu'environ 60 % de la mortalité nationale et seulement 25 % des décès à domicile. Les chiffres réels sont sensiblement plus élevés.

Le bilan consolidé ne sera disponible que dans plusieurs semaines, après croisement avec les données de l'Insee.

Comment votre appartement devient une bouilloire thermique

Le terme de bouilloire thermique désigne les logements qui piègent la chaleur au lieu de l'évacuer. Les pouvoirs publics l'utilisent désormais pour nommer ce qui a tué en juin.

Votre appartement en est probablement un si vous cochez deux de ces critères.

Le dernier étage ou les combles concentrent la chaleur accumulée par la toiture. Un toit en ardoise ou en zinc sans isolation porte la température intérieure à 45 °C en fin d'après-midi.

L'absence de ventilation traversante empêche l'air chaud de s'évacuer, même la nuit. Un appartement mono-orienté sud ou ouest reste piégé dans sa propre chaleur.

Les grandes baies vitrées sans volets extérieurs transforment la pièce en serre dès le matin. Les stores intérieurs ne bloquent qu'une fraction du rayonnement solaire.

Un bâtiment construit avant 1975 offre des murs fins qui chauffent en profondeur et restituent la chaleur toute la nuit. L'Île-de-France cumule ces facteurs.

Le piège se referme la nuit. Quand la température intérieure ne descend plus sous 28 °C, votre corps ne peut plus évacuer la chaleur accumulée dans la journée.

La sudation ralentit avec l'âge, la sensation de soif diminue, le système cardiovasculaire fatigue en continu. C'est ce mécanisme d'accumulation nocturne qui tue, pas le pic de chaleur de l'après-midi.

Ces centres de protection que le gouvernement promet sans les avoir créés

Lors de la cellule de crise du 2 juillet, le Premier ministre a annoncé un plan ORSEC Chaleurs extrêmes avec des centres de protection équipés de lits, d'eau et de kits de secours dans chaque département.

La première version du plan a été présentée le 2 juillet. Aucun centre n'est opérationnel à ce jour.

La deuxième vague a commencé avant le dispositif censé la gérer.

Ce que vous pouvez faire avant que la nuit ne descende plus

La première action ne coûte rien. Posez un thermomètre dans votre pièce principale ce soir.

Si la température intérieure ne descend pas sous 28 °C entre 2 h et 5 h du matin, votre logement ne vous protège plus. Appelez votre mairie pour connaître la salle rafraîchie la plus proche et prévoyez d'y passer les heures entre 12 h et 18 h.

Si vous vivez sous les combles ou au dernier étage, accrochez un drap mouillé devant la fenêtre la plus exposée. Ce système fait chuter la température de 3 à 5 °C par évaporation, à condition que l'air circule.

Fermez les volets côté soleil dès 8 h du matin. Ne les rouvrez qu'après le coucher du soleil.

Les 30 000 climatiseurs commandés par l'État partent aux hôpitaux, pas chez vous. Les facteurs de La Poste ont été mobilisés pour repérer les personnes isolées, mais ils ne peuvent pas entrer dans votre salon.

Le numéro vert Canicule Info Service reste accessible au 0 800 06 66 66, appel gratuit, tous les jours de 9 h à 19 h. Si vous n'êtes pas inscrit au registre communal, un appel au CCAS de votre commune suffit pour l'être.

Si un proche vit seul et ne répond plus au téléphone depuis 24 heures, ne vous contentez pas d'un troisième appel. Déplacez-vous ou prévenez sa mairie.

La deuxième vague frappe un corps qui n'a pas récupéré de la première. Votre logement est le premier facteur de risque que vous pouvez encore modifier vous-même.

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