Actualité Médicale

On croyait le carnet de santé suffisant pour suivre ses vaccins : la Cour des comptes veut tout basculer en ligne, et votre pharmacien y écrit déjà

Le carnet de santé dort dans un tiroir. La dernière ligne ajoutée remonte peut-être à un rappel du tétanos, sans date lisible. La Cour des comptes a publié lundi son bilan de la vaccination en France, et elle constate que presque plus personne ne sait plus où il en est. Ce que le rapport ne dit pas, c'est qu'une partie de vos vaccins s'inscrit déjà toute seule, quelque part, depuis deux ans.

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Par | Publié le 8 Septembre 2026 à 13:12 | mis à jour le 8 Septembre 2026 à 13:12
Un pharmacien inscrit un vaccin sur une tablette à côté d'un carnet de santé ouvert - Illustration générée par IA
Un pharmacien inscrit un vaccin sur une tablette à côté d'un carnet de santé ouvert - Illustration générée par IA

Personne ne sait plus qui est protégé ni contre quoi

La Cour des comptes a présenté son rapport lundi 7 septembre. Il examine la politique de vaccination française depuis 2018, hors Covid. Le constat tient dans une phrase de sa première présidente, Amélie de Montchalin : quand une épidémie arrive, « le degré de protection de la population n'est pas connu ». Personne ne sait qui est protégé. Ni l'État, ni votre médecin, ni vous.

Le dernier bilan de Santé publique France porte sur l'hiver 2025-2026 : environ 12 700 décès en excès, toutes causes confondues, après 17 900 l'hiver précédent. Plus de neuf sur dix concernent des personnes de 65 ans et plus.
 
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Votre pharmacien l'écrit déjà à votre place

La Cour demande donc que chacun dispose d'un carnet de vaccination en ligne complet d'ici 2028.  Mais commençons par ce qui fonctionne déjà, parce que personne ne vous l'a dit.

Depuis 2022, l'Assurance maladie a ouvert un dossier en ligne au nom de presque tous les assurés : Mon espace santé. Il contient une rubrique Vaccination, où chaque injection apparaît avec sa date et le nom du produit.

Or cette rubrique se remplit parfois sans vous. La délégation au numérique en santé l'a expliqué devant les députés : la quasi-totalité des vaccins faits en pharmacie y remontent automatiquement. Vous présentez votre carte Vitale, le pharmacien vous fait l'injection, l'information est enregistrée. Vous n'avez rien demandé et rien signé.

Chez le médecin, c'est une autre affaire. La remontée dépend du logiciel de son cabinet, et cet équipement devait se généraliser au début de 2026. Beaucoup de praticiens ne l'ont pas encore. D'ailleurs, rien ne vous empêche de lui demander d'ajouter la ligne à la main, comme il le ferait sur un carnet papier.

Le même mécanisme vaut pour les autres vaccins délivrés à l'officine. Le pharmacien peut désormais prescrire et injecter la plupart de ceux qui vous sont recommandés après 65 ans. Chaque passage au comptoir laisse donc une trace, à condition que vous présentiez votre carte Vitale.

Concrètement, si vous vous êtes fait vacciner contre la grippe à la pharmacie ces trois derniers hivers, la trace existe. Elle vous attend quelque part, et il reste à aller la chercher.
 

Deux personnes sur trois n'ont jamais ouvert la porte

Encore faut-il pouvoir ouvrir ce dossier. Près de 97 % des Français en ont un à leur nom. Mais l'Assurance maladie ne comptait que 33,6 % de comptes activés au début de 2026. Autrement dit, deux personnes sur trois n'ont jamais poussé la porte.

L'activation ne se fait qu'une fois. Il vous faut votre carte Vitale, votre numéro de sécurité sociale et une adresse mail. Le code figurait sur le courrier envoyé au lancement du service ; si vous ne l'avez plus, votre caisse peut vous en renvoyer un. Ensuite, l'accès se fait avec un code à quatre chiffres, comme pour votre banque.

Une fois à l'intérieur, la rubrique Vaccination affiche deux listes. Ce qui a été enregistré, et les rappels attendus à votre âge. C'est la seconde qui rend vraiment service. Elle vous dit ce qui manque, sans vous obliger à déchiffrer un carnet jauni.

Et si la page est vide ? Ce n'est pas une preuve que vous n'êtes pas vacciné, seulement que rien n'a été saisi. Vous pouvez ajouter vous-même les vaccins dont vous avez la trace, en recopiant les lignes du carnet papier. Votre pharmacien ou votre médecin peut aussi reconstituer une partie de l'historique à partir de vos remboursements.
 

La dose renforcée qu'on vous propose à 65 ans

Passons au second volet du rapport, celui qui touche votre seringue. Depuis l'hiver dernier, deux vaccins contre la grippe sont réservés aux 65 ans et plus. Efluelda, de Sanofi, est quatre fois plus dosé qu'un vaccin ordinaire. Fluad, de CSL Seqirus, contient un adjuvant qui réveille les défenses. La Haute Autorité de santé les recommande en priorité depuis mai 2025.

La Cour cite les deux produits par leur nom. Elle écrit qu'ils coûtent plus du double des vaccins classiques, pour un gain « au mieux modeste ». Les prix publics le confirment : 23,97 euros la dose renforcée, contre 11,75 euros la dose ordinaire, hors honoraire du pharmacien. Douze euros et vingt-deux centimes d'écart à chaque injection, différence que nous avons calculée à partir des deux tarifs.

Mais attention au contresens, et je préfère l'écrire noir sur blanc. La Cour ne dit pas que ce vaccin est inutile. Une étude menée sur les données de l'Assurance maladie a mesuré 23 % d'hospitalisations pour grippe en moins avec la dose renforcée. Ce que la Cour reproche, c'est la façon dont ce bénéfice a été chiffré avant d'être remboursé.
 

Ce que votre bon d'automne ne dira pas

Le bon de prise en charge arrive dans votre boîte aux lettres entre septembre et octobre. Il vous donne le vaccin sans rien payer ; l'injection, elle, reste remboursée aux conditions habituelles, sauf affection de longue durée. La date d'ouverture de la campagne n'était pas encore connue ce mardi ; l'an dernier, c'était le 14 octobre.

Sauf que ce bon ne parle que de la grippe. Après 65 ans, le rappel diphtérie-tétanos-poliomyélite revient tous les dix ans, à 65, 75 et 85 ans. S'y ajoutent une dose contre le pneumocoque, le vaccin contre le zona, et celui contre le virus respiratoire syncytial à partir de 75 ans. L'Assurance maladie détaille les conditions de prise en charge sur sa page consacrée à la vaccination contre la grippe.

Nous sommes 15,3 millions à avoir 65 ans ou plus. 56,7 % se sont fait vacciner l'hiver dernier, quand l'Organisation mondiale de la santé vise les trois quarts. L'écart représente 2,8 millions de personnes, un calcul de la rédaction à partir des deux séries.

Le tiroir peut donc rester fermé. Ce qui manque à votre carnet, un pharmacien peut le reconstituer avec vous, et l'écrire cette fois à un endroit qui ne se perd pas.


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