Nutrition

Moustiques et bière : ce détail de l'étude néerlandaise qui vise directement les plus de 60 ans

Par | Publié le 29/06/2026 à 11:00

Terrasse, fin de journée, une bière posée sur la table. Le premier moustique tourne autour de vos chevilles avant même que le verre ne soit vide. Une étude néerlandaise menée sur 465 volontaires dans un festival de musique explique pourquoi. Sauf que le mécanisme qu'elle décrit frappe les plus de 60 ans bien plus durement que les festivaliers.

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Un moustique posé sur le rebord d'un verre de bière en terrasse
Un moustique posé sur le rebord d'un verre de bière en terrasse

35 % de piqûres en plus après une bière : c'est le résultat le moins surprenant

Le chiffre a fait le tour de la presse européenne cette semaine, relancé par le retour de l'été. L'étude elle-même a été rendue publique en août 2025 par l'université Radboud de Nimègue (Pays-Bas), mais n'a pas encore été validée par un comité de relecture scientifique indépendant. Sa méthodologie et la taille de son échantillon sont tels, qu'ils lui valent une couverture renouvelée à chaque saison des moustiques.

Les chercheurs, menés par le biophysicien Felix Hol, ont installé un laboratoire dans quatre conteneurs maritimes soudés entre eux au festival Lowlands en août 2023. Les 465 festivaliers volontaires ont rempli un questionnaire sur leur hygiène, leur alimentation et leurs habitudes récentes, puis glissé un avant-bras dans une cage transparente remplie de femelles Anopheles stephensi.

Le résultat principal a été net : les participants ayant bu de la bière dans les douze heures précédentes étaient 1,35 fois plus attractifs pour les moustiques. Le vin n'a montré aucun effet statistiquement significatif après ajustement.

Pas l'alcool, la signature que votre peau envoie

Le raccourci serait de conclure que l'alcool attire directement les moustiques mais le mécanisme est un peu plus subtil.

La bière modifie simultanément trois signaux que les moustiques détectent à distance :
 
  • D'abord, la température cutanée : la vasodilatation provoquée par l'alcool augmente le rayonnement infrarouge de votre peau, et les moustiques possèdent des thermorécepteurs capables de repérer cette chaleur à plusieurs mètres.
  • Ensuite, le CO₂ expiré : la consommation d'alcool accélère légèrement le métabolisme et la production de dioxyde de carbone, qui est le principal signal longue portée que l'insecte utilise pour localiser un hôte.
  • Enfin, et c'est la piste la moins relayée, l'odeur de la peau elle-même. Les chercheurs ont prélevé des écouvillons cutanés sur 85 volontaires et séquencé leur microbiome. Les participants les plus attractifs présentaient davantage de bactéries du genre Streptococcus sur l'avant-bras, un genre dont la présence sur la peau a déjà été associée à une attractivité accrue envers les Anopheles. En revanche, le vin ne modifie pas la signature cutanée de la même façon, ce qui expliquerait l'absence d'effet mesurable.

Après 60 ans, votre microbiome cutané a basculé

Aucun article publié cette semaine ne pose la question qui concerne directement les lecteurs de plus de 60 ans : que se passe-t-il quand le microbiome cutané change avec l'âge ?

La réponse est documentée par plusieurs études publiées entre 2021 et 2025 dans des revues de référence :

Avec le vieillissement, la diversité bactérienne de la peau augmente. Cutibacterium acnes, la bactérie qui domine la surface cutanée, décline nettement après 55 ans. En parallèle, des genres comme Streptococcus, Corynebacterium et Staphylococcus gagnent du terrain sur le visage et les avant-bras.

Or, l'étude de Nimègue observe une surreprésentation de Streptococcus chez les volontaires les plus attractifs. Le résultat reste fragile (l'échantillon de 85 écouvillons cutanés est trop petit pour conclure), mais il pointe dans la même direction que les travaux antérieurs.

Une étude distincte, menée au Royaume-Uni sur des jumelles post-ménopausées et publiée dans BMC Microbiology, a d'ailleurs démontré que la composition du microbiome cutané modifie directement l'attractivité envers les Anopheles, ces moustiques vecteur du paludisme. Les bactéries du genre Staphylococcus y étaient quatre fois plus abondantes chez les participantes les plus attractives.

Bien que le lien entre vieillissement cutané et vulnérabilité aux moustiques ne soit pas encore établi par un essai contrôlé dédié, la convergence des indices est frappante : une peau vieillissante enrichit les genres bactériens, et ces deux études associent ce changement cutané à une attractivité accrue pour les moustiques.

Votre traitement du matin aggrave le signal

Ajoutez un paramètre que l'étude Lowlands n'a pas mesuré : les antihypertenseurs de la famille des inhibiteurs calciques, prescrits à des millions de Français de plus de 60 ans, provoquent une vasodilatation chronique.

Votre peau reste légèrement plus chaude en permanence, exactement le signal que les moustique captent en premier. Ce mécanisme n'a pas été testé au niveau de l'attractivité, mais le raisonnement physiologique mérite d'être posé.

La crème solaire réduit l'attractivité de moitié

L'étude de Lowlands a également mesuré les facteurs protecteurs, et l'un d'eux est passé presque inaperçu : les volontaires qui avaient appliqué de la crème solaire étaient significativement moins attractifs, avec une réduction estimée à environ 50 %.

L'hypothèse des chercheurs : la crème solaire masque partiellement les composés volatils émis par la peau et fonctionne comme une barrière olfactive involontaire. Elle ne remplace pas un répulsif homologué, mais elle dilue le signal à la source.

Le dossier de l'ANSES sur le moustique tigre, présent en 2025 dans 81 départements français, rappelle que la combinaison vêtements couvrants, moustiquaires et répulsifs cutanés homologués (DEET, picaridine, IR3535, citriodiol) reste la protection la plus efficace.
 

Quatre gestes qui comptent plus que tous les bracelets

La science de Nimègue se traduit en gestes pratiques qui ne coûtent rien.
 
  • Appliquer une crème solaire avant chaque sortie en fin de journée, même sans soleil direct : elle réduit d'environ moitié votre signature olfactive pour les moustiques.
  • Prendre une douche avant l'apéritif du soir : la sueur accumulée concentre les composés volatils que les moustiques repèrent.
  • Préférer le vin ou l'eau à la bière en terrasse : l'étude n'a mesuré aucun effet attractant du vin, contrairement à la bière (+35 %).
  • Appliquer un répulsif cutané homologué (DEET, picaridine) sur les zones découvertes en fin d'après-midi et en soirée, période d'activité maximale du moustique tigre en France.
 

Pour les lecteurs sous traitement antihypertenseur, ces gestes comptent d'autant plus que votre peau émet en permanence un signal thermique renforcé. Les quatre répulsifs recommandés par les autorités sanitaires n'interagissent pas avec les traitements cardiovasculaires courants.

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