Le bien-être est arrivé par le rayon boisson
Les champignons adaptogènes ne se vendent plus seulement en gélules. Ils entrent dans les cafés solubles, les kombuchas et les desserts, sous des noms qui sonnent comme des références de laboratoire : reishi, chaga, cordyceps, hydne hérisson. Xavier Terlet, expert au salon de l'alimentaire SIAL, chiffre à un doublement l'offre mondiale de produits adaptogènes sur cinq ans, d'après NewFoodData. Mais il range cette dynamique au rang des tendances émergentes, loin de la vague des protéines.
Adaptogène ne veut rien dire sur une étiquette
Or le mot adaptogène lui-même n'existe dans aucun texte réglementaire. Il vient d'un pharmacologue soviétique, Nicolaï Lazarev, qui désignait ainsi une substance capable d'augmenter la résistance d'un organisme face à un effort exceptionnel. Ce vocabulaire de laboratoire est devenu un argument de rayon sans jamais passer par une définition juridique.
Sauf que tout ce qui suggère un lien entre un aliment et la santé relève, depuis 2007, du règlement européen sur les allégations. La DGCCRF le rappelle sans détour : le terme « super-aliment » est une invention de marketing, « énergisant » est une allégation à part entière, et la mention d'antioxydants n'est acceptable qu'accompagnée d'une allégation autorisée. Même une image d'organe imprimée sur un emballage tombe sous cette règle. Le principe est celui d'une liste positive, et ce qui n'y figure pas ne peut pas être écrit sur un paquet.
Sauf que tout ce qui suggère un lien entre un aliment et la santé relève, depuis 2007, du règlement européen sur les allégations. La DGCCRF le rappelle sans détour : le terme « super-aliment » est une invention de marketing, « énergisant » est une allégation à part entière, et la mention d'antioxydants n'est acceptable qu'accompagnée d'une allégation autorisée. Même une image d'organe imprimée sur un emballage tombe sous cette règle. Le principe est celui d'une liste positive, et ce qui n'y figure pas ne peut pas être écrit sur un paquet.
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229 allégations autorisées sur 4 637 déposées
Reste à savoir combien de ces promesses ont franchi l'examen. Les chiffres publiés par la DGCCRF ne laissent aucune marge d'interprétation : les États membres ont transmis 4 637 allégations de santé génériques à l'autorité européenne de sécurité des aliments, et 229 seulement ont été autorisées, pour l'essentiel sur des vitamines et des minéraux. Le calcul donne un taux d'autorisation de 4,94 %, soit une allégation sur vingt. Toutes celles qui portaient sur des micro-organismes ont été rejetées, et la plupart de celles qui invoquaient un effet antioxydant également.
Or les plantes et les substances botaniques n'ont même pas été jugées. Plus de 2 000 allégations les concernant ont été mises en attente par la Commission européenne, le temps de décider si la méthode d'évaluation habituelle leur convenait et si la tradition d'usage pouvait compter comme preuve. Ces dossiers ont été déposés en janvier 2008. L'attente dure donc depuis plus de dix-huit ans, sans qu'aucune décision soit venue la refermer.
Donc la phrase qui vous vante un effet sur le stress n'a pas été validée. Elle a été déposée, puis rangée, et elle reste utilisable sous la seule responsabilité du fabricant tant que Bruxelles ne tranche pas. La DGCCRF ajoute d'ailleurs qu'une allégation en attente n'est pas pour autant employable : il revient à l'exploitant de vérifier qu'elle ne promet ni prévention, ni traitement, ni guérison. C'est ce point de droit, et lui seul, qui sépare un argument commercial d'une information vérifiée.
Or les plantes et les substances botaniques n'ont même pas été jugées. Plus de 2 000 allégations les concernant ont été mises en attente par la Commission européenne, le temps de décider si la méthode d'évaluation habituelle leur convenait et si la tradition d'usage pouvait compter comme preuve. Ces dossiers ont été déposés en janvier 2008. L'attente dure donc depuis plus de dix-huit ans, sans qu'aucune décision soit venue la refermer.
Donc la phrase qui vous vante un effet sur le stress n'a pas été validée. Elle a été déposée, puis rangée, et elle reste utilisable sous la seule responsabilité du fabricant tant que Bruxelles ne tranche pas. La DGCCRF ajoute d'ailleurs qu'une allégation en attente n'est pas pour autant employable : il revient à l'exploitant de vérifier qu'elle ne promet ni prévention, ni traitement, ni guérison. C'est ce point de droit, et lui seul, qui sépare un argument commercial d'une information vérifiée.
Les champignons ne sont pas dans la liste des plantes
Sur le terrain des champignons, la réglementation française réserve une autre surprise. L'arrêté du 24 juin 2014 fixe la liste des plantes autorisées dans les compléments alimentaires, et son intitulé officiel précise « autres que les champignons ». Son article premier écarte explicitement les champignons et leurs préparations du champ du texte. Le reishi ou le cordyceps ne relèvent donc pas de cette liste positive nationale, mais du régime général fixé par le décret du 20 mars 2006.
Ce détail de rédaction produit des effets très concrets. Une plante inscrite à l'annexe de l'arrêté arrive avec ses conditions d'emploi, ses doses maximales et ses mentions d'étiquetage obligatoires. La réglisse, par exemple, ne peut pas être consommée plus de six semaines sans avis médical, et l'emballage doit le dire. Les préparations de champignons ne portent aucune contrainte équivalente.
Reste que ces champignons ne sont pas neutres pour un organisme sous traitement. Depuis juin 2023, l'Anses met à disposition des médecins et des pharmaciens un tableau des précautions d'emploi, des contre-indications et des interactions médicamenteuses potentielles. Ce tableau porte sur 118 plantes médicinales, et les champignons n'y figurent pas. Ils relèvent d'une expertise distincte, engagée en 2022 sur le shiitaké, le maïtaké et le reishi à partir des signalements de la nutrivigilance, dont l'avis était annoncé pour juillet 2026. Il n'est toujours pas publié.
Or l'enjeu n'a rien de théorique pour une partie des lecteurs. L'ANSM estime à 13,7 % la part des personnes de 65 ans et plus exposées au moins une fois à un anticoagulant sur une année, et la base Vidal déconseille le reishi aux patients sous anticoagulants comme à ceux qui doivent subir une intervention chirurgicale. Sauf qu'un sachet de café ne se signale pas au médecin comme une boîte de comprimés.
Ce détail de rédaction produit des effets très concrets. Une plante inscrite à l'annexe de l'arrêté arrive avec ses conditions d'emploi, ses doses maximales et ses mentions d'étiquetage obligatoires. La réglisse, par exemple, ne peut pas être consommée plus de six semaines sans avis médical, et l'emballage doit le dire. Les préparations de champignons ne portent aucune contrainte équivalente.
Reste que ces champignons ne sont pas neutres pour un organisme sous traitement. Depuis juin 2023, l'Anses met à disposition des médecins et des pharmaciens un tableau des précautions d'emploi, des contre-indications et des interactions médicamenteuses potentielles. Ce tableau porte sur 118 plantes médicinales, et les champignons n'y figurent pas. Ils relèvent d'une expertise distincte, engagée en 2022 sur le shiitaké, le maïtaké et le reishi à partir des signalements de la nutrivigilance, dont l'avis était annoncé pour juillet 2026. Il n'est toujours pas publié.
Or l'enjeu n'a rien de théorique pour une partie des lecteurs. L'ANSM estime à 13,7 % la part des personnes de 65 ans et plus exposées au moins une fois à un anticoagulant sur une année, et la base Vidal déconseille le reishi aux patients sous anticoagulants comme à ceux qui doivent subir une intervention chirurgicale. Sauf qu'un sachet de café ne se signale pas au médecin comme une boîte de comprimés.
Le shiitaké de votre poudre n'a jamais été cuit
Un dernier point concerne directement votre tasse. Le shiitaké entre dans plusieurs mélanges vendus en poudre, et ce champignon fait l'objet d'un avertissement français précis. Consommé cru ou insuffisamment cuit, il provoque une dermatite toxique « en flagelle », une éruption qui couvre le corps et le visage et entraîne de fortes démangeaisons pouvant durer jusqu'à trois semaines. Le lentin, la substance en cause, est détruit par la cuisson.
Or l'alerte conjointe de l'Anses et de la DGCCRF vaut « quel que soit le mode de présentation : frais, séchés ou en poudre ». Les deux administrations ajoutent qu'une cuisson rapide au wok ne suffit pas toujours, plusieurs cas étant survenus après un repas au restaurant. Une cuillère de poudre versée dans de l'eau chaude ne remplit donc pas la condition d'une cuisson à cœur. Les centres antipoison enregistrent entre 11 et 15 cas cutanés par an depuis 2015, un nombre que l'agence juge sous-estimé, cette dermatite restant méconnue et souvent confondue avec une réaction au soleil.
Reste que la question posée par ce rayon n'est pas de savoir si ces champignons vous font du bien. Elle est de savoir ce que votre pharmacien répondrait s'il lisait la liste complète des ingrédients de votre tasse du matin.
Or l'alerte conjointe de l'Anses et de la DGCCRF vaut « quel que soit le mode de présentation : frais, séchés ou en poudre ». Les deux administrations ajoutent qu'une cuisson rapide au wok ne suffit pas toujours, plusieurs cas étant survenus après un repas au restaurant. Une cuillère de poudre versée dans de l'eau chaude ne remplit donc pas la condition d'une cuisson à cœur. Les centres antipoison enregistrent entre 11 et 15 cas cutanés par an depuis 2015, un nombre que l'agence juge sous-estimé, cette dermatite restant méconnue et souvent confondue avec une réaction au soleil.
Reste que la question posée par ce rayon n'est pas de savoir si ces champignons vous font du bien. Elle est de savoir ce que votre pharmacien répondrait s'il lisait la liste complète des ingrédients de votre tasse du matin.


