Ce qu'un professeur de Harvard a remis sur la table
Le régime le plus étudié contre le déclin du cerveau ne se vend pas en pharmacie, et ne coûte rien de plus que ce que vous mettez déjà dans votre cabas. Walter Willett, professeur d'épidémiologie et de nutrition à Harvard, l'a redit le 15 août à BBC Science Focus : un seul régime a été dessiné pour l'organe qui nous inquiète le plus en vieillissant.
Son point de départ est un chiffre publié en 2024 par la commission du Lancet, qui estime que 45 % des cas de démence seraient attribuables à des facteurs de risque sur lesquels il est possible d'agir. Willett pousse plus loin : le mode de vie, l'alimentation en tête, éviterait selon certaines études environ la moitié des cas.
Sauf qu'il pose aussitôt la limite, et elle compte autant que le chiffre. Il ne parle pas d'effacer le risque, mais de le repousser de quelques années. Nous ne sommes donc pas devant une promesse de protection, plutôt devant un décalage de calendrier.
Son point de départ est un chiffre publié en 2024 par la commission du Lancet, qui estime que 45 % des cas de démence seraient attribuables à des facteurs de risque sur lesquels il est possible d'agir. Willett pousse plus loin : le mode de vie, l'alimentation en tête, éviterait selon certaines études environ la moitié des cas.
Sauf qu'il pose aussitôt la limite, et elle compte autant que le chiffre. Il ne parle pas d'effacer le risque, mais de le repousser de quelques années. Nous ne sommes donc pas devant une promesse de protection, plutôt devant un décalage de calendrier.
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Un méditerranéen qui surveille aussi le sel
MIND est l'abréviation de Mediterranean-DASH Intervention for Neurodegenerative Delay. Derrière le mot, deux régimes balisés : le méditerranéen, riche en légumes, en huile d'olive et en poisson, et le DASH, conçu pour faire baisser la tension en limitant le sel. Martha Clare Morris et son équipe de l'université Rush, à Chicago, les ont fusionnés en 2015.
Or c'est ce second parent qui explique une partie de l'intérêt du modèle : l'hypertension compte parmi les facteurs de risque de démence les mieux établis, et ce que vous mangez pèse sur votre tension.
Or c'est ce second parent qui explique une partie de l'intérêt du modèle : l'hypertension compte parmi les facteurs de risque de démence les mieux établis, et ce que vous mangez pèse sur votre tension.
Bordeaux a refait le calcul pour votre assiette
Le problème de ce régime, lu depuis la France, tient dans une phrase que les chercheurs bordelais ont écrite noir sur blanc : les preuves venaient de populations qui ne mangent pas comme nous. Une équipe de l'Inserm et de l'université de Bordeaux a donc repris le score américain, l'a réécrit avec les aliments d'une table française, puis l'a appliqué à la cohorte des Trois-Cités.
Les chiffres méritent qu'on s'y arrête. 1 412 personnes de 65 ans et plus, 75,8 ans de moyenne d'âge, 63 % de femmes, toutes indemnes de démence au départ. Leur alimentation a été relevée chez elles, en 2001 et 2002, par un questionnaire de 148 items, avant un suivi médian de 9,7 ans qui a couru jusqu'en février 2018.
Sur cette durée, 356 d'entre elles ont développé une démence, soit un participant sur quatre. En rapportant ces cas au score français, qui va de 0 à 15 points, les chercheurs mesurent que chaque point supplémentaire est associé à un risque de démence inférieur de 11 %, et de 12 % pour la seule maladie d'Alzheimer. Un point, ce n'est pas un bouleversement de vie : c'est une ligne de la liste que l'on met à jour.
Un calcul que l'étude ne fait pas elle-même, mais que ses données permettent de poser : à ce rythme, trois points gagnés reviennent à un risque inférieur d'environ 29 %, dans une fourchette de 14 à 43 % selon l'intervalle de confiance des chercheurs. Trois points, c'est trois habitudes déplacées et tenues, pas trente.
Les chiffres méritent qu'on s'y arrête. 1 412 personnes de 65 ans et plus, 75,8 ans de moyenne d'âge, 63 % de femmes, toutes indemnes de démence au départ. Leur alimentation a été relevée chez elles, en 2001 et 2002, par un questionnaire de 148 items, avant un suivi médian de 9,7 ans qui a couru jusqu'en février 2018.
Sur cette durée, 356 d'entre elles ont développé une démence, soit un participant sur quatre. En rapportant ces cas au score français, qui va de 0 à 15 points, les chercheurs mesurent que chaque point supplémentaire est associé à un risque de démence inférieur de 11 %, et de 12 % pour la seule maladie d'Alzheimer. Un point, ce n'est pas un bouleversement de vie : c'est une ligne de la liste que l'on met à jour.
Un calcul que l'étude ne fait pas elle-même, mais que ses données permettent de poser : à ce rythme, trois points gagnés reviennent à un risque inférieur d'environ 29 %, dans une fourchette de 14 à 43 % selon l'intervalle de confiance des chercheurs. Trois points, c'est trois habitudes déplacées et tenues, pas trente.
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Alzheimer : ils mangent sain depuis des années, leur cerveau décline quand même, un régime change tout
Une partie de ces participants, 175 exactement, est passée à l'IRM. Chez ceux dont le score était le plus élevé, la substance blanche apparaissait mieux préservée. En revanche, rien n'est ressorti sur le volume de matière grise, et les auteurs se gardent d'en tirer un mécanisme complet. Alzheimer : ils mangent sain depuis des années, leur cerveau décline quand même, un régime change tout
L'essai qui n'a rien trouvé, et ce qu'il n'a pas distribué
Reste que l'essai le plus rigoureux mené sur ce régime, publié en 2023 dans le New England Journal of Medicine, n'a rien montré. Plus de 600 adultes en surpoids ont été répartis au hasard entre le régime MIND et un régime témoin, à restriction de calories identique, pendant trois ans. Les deux groupes ont perdu du poids, les deux ont vu leurs tests cognitifs progresser, et l'écart entre eux n'était pas significatif.
Willett, qui n'a pas pris part à cet essai, avance deux explications. Trois ans, c'est court pour un phénomène bâti sur des décennies. Et les participants recevaient de l'huile d'olive et des fruits à coque, mais pas de légumes frais, trop périssables pour être distribués : leurs taux sanguins de caroténoïdes n'ont donc quasiment pas bougé.
Un essai négatif ne démolit pas vingt ans d'observations, il montre où le protocole a manqué sa cible. Et le terrain, chez nous, n'a rien d'anecdotique : selon Santé publique France, le nombre de personnes souffrant de démence était estimé à 1 200 000 en 2014, avec une fréquence deux fois plus élevée chez les femmes.
Willett, qui n'a pas pris part à cet essai, avance deux explications. Trois ans, c'est court pour un phénomène bâti sur des décennies. Et les participants recevaient de l'huile d'olive et des fruits à coque, mais pas de légumes frais, trop périssables pour être distribués : leurs taux sanguins de caroténoïdes n'ont donc quasiment pas bougé.
Un essai négatif ne démolit pas vingt ans d'observations, il montre où le protocole a manqué sa cible. Et le terrain, chez nous, n'a rien d'anecdotique : selon Santé publique France, le nombre de personnes souffrant de démence était estimé à 1 200 000 en 2014, avec une fréquence deux fois plus élevée chez les femmes.
Six portions de légumes verts dans vos courses
Dans sa version d'origine, celle qu'a fixée l'équipe de Rush à Chicago, ce régime tient en dix aliments à faire entrer et cinq à sortir. Les seuils sont hebdomadaires, ce qui change tout pour qui cuisine pour une ou deux personnes.
D'ailleurs, si un seul détail devait sortir de cette liste, ce serait le premier. Willett insiste sur les caroténoïdes, ces pigments des carottes, du potiron et des légumes verts foncés, dont il rappelle qu'ils atteignent le cerveau.
Un dernier mot sur ce que ces travaux ne disent pas. Ils mesurent des associations, pas des garanties, et personne ne promet qu'une assiette bien tenue arrête une maladie installée. Je le formulerais ainsi : ce score ne se joue pas sur un aliment miracle, il se joue sur la répétition. Six portions de légumes verts par semaine, c'est presque une par jour, et non une révolution du placard. C'est la liste des courses de samedi, tenue jusqu'à l'automne prochain.
- Six portions de légumes verts à feuilles par semaine, et un autre légume chaque jour
- Des baies deux fois par semaine, des fruits à coque cinq fois
- Des légumes secs trois fois par semaine, des céréales complètes trois fois par jour
- Du poisson une fois par semaine au moins, de la volaille deux fois
- L'huile d'olive comme matière grasse principale
D'ailleurs, si un seul détail devait sortir de cette liste, ce serait le premier. Willett insiste sur les caroténoïdes, ces pigments des carottes, du potiron et des légumes verts foncés, dont il rappelle qu'ils atteignent le cerveau.
Un dernier mot sur ce que ces travaux ne disent pas. Ils mesurent des associations, pas des garanties, et personne ne promet qu'une assiette bien tenue arrête une maladie installée. Je le formulerais ainsi : ce score ne se joue pas sur un aliment miracle, il se joue sur la répétition. Six portions de légumes verts par semaine, c'est presque une par jour, et non une révolution du placard. C'est la liste des courses de samedi, tenue jusqu'à l'automne prochain.


