Une chercheuse dépose un disque de collagène translucide dans une boîte de culture - Illustration générée par IA
Neuf patients, un seul œil opéré
Neuf. C'est le nombre d'adultes qui ont reçu ce tissu vivant, tous suivis au Moorfields Eye Hospital de Londres. Chacun souffrait d'une kératopathie liée à l'aniridie parvenue à un stade avancé, une maladie génétique rare qui recouvre peu à peu la partie transparente de l'œil. Les chirurgiens n'ont opéré qu'un seul œil par personne, l'autre restant tel quel pendant tout le suivi.
Douze mois après l'intervention, les yeux traités avaient gagné en moyenne vingt-quatre lettres sur l'échelle ETDRS, ce tableau de lettres qui rétrécissent ligne après ligne et que votre ophtalmologiste vous fait lire à chaque visite. Vingt-quatre lettres, cela représente presque cinq lignes. L'University College London, qui a mis au point ce tissu avec le Moorfields, a détaillé ces chiffres dans un communiqué du 18 août 2026.
Le second indicateur raconte la même histoire. Le score de surface oculaire, qui note l'état de la cornée de 0 à 15, partait de 9,4 dans les yeux opérés. Il est descendu à 5,9 au bout de trois mois, puis remonté à 6,7 au bout d'un an. Dans les yeux laissés de côté, il n'a pratiquement pas bougé, passant de 8,4 à 8,0.
Douze mois après l'intervention, les yeux traités avaient gagné en moyenne vingt-quatre lettres sur l'échelle ETDRS, ce tableau de lettres qui rétrécissent ligne après ligne et que votre ophtalmologiste vous fait lire à chaque visite. Vingt-quatre lettres, cela représente presque cinq lignes. L'University College London, qui a mis au point ce tissu avec le Moorfields, a détaillé ces chiffres dans un communiqué du 18 août 2026.
Le second indicateur raconte la même histoire. Le score de surface oculaire, qui note l'état de la cornée de 0 à 15, partait de 9,4 dans les yeux opérés. Il est descendu à 5,9 au bout de trois mois, puis remonté à 6,7 au bout d'un an. Dans les yeux laissés de côté, il n'a pratiquement pas bougé, passant de 8,4 à 8,0.
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Ce qu'une greffe de cornée ne répare pas dans votre œil
Pour saisir ce que ces cellules réparent, il faut regarder un anneau de quelques millimètres, à la frontière entre le blanc de l'œil et la partie transparente qui laisse entrer la lumière. Cet anneau porte un nom, le limbe, et il abrite une réserve de cellules souches dont le travail ne s'arrête jamais : elles refabriquent en continu la couche superficielle de la cornée, que le clignement, la poussière et le soleil usent toute la journée.
Ces cellules servent aussi de garde-frontière. Elles empêchent la conjonctive, ce tissu parcouru de vaisseaux qui recouvre le blanc de l'œil, de progresser vers le centre. Quand la réserve s'épuise, la frontière cède : la conjonctive avance sur la cornée, l'épaissit, la voile, et la vue baisse au fil des années sans qu'aucun collyre n'y change grand-chose.
Or une greffe de cornée remplace le disque transparent, pas la pépinière qui l'entretient. Le greffon arrive sur un œil dont le limbe est toujours vide, la conjonctive reprend sa progression, et l'opacification revient. L'équipe londonienne n'a donc pas cherché à remplacer la fenêtre, mais à reconstituer ce qui la nettoie.
La nuance dépasse le cas de l'aniridie. Le déficit en cellules souches limbiques s'installe aussi après une brûlure chimique, une brûlure thermique ou certaines kératites, et le chirurgien se heurte alors au même mur.
Ces cellules servent aussi de garde-frontière. Elles empêchent la conjonctive, ce tissu parcouru de vaisseaux qui recouvre le blanc de l'œil, de progresser vers le centre. Quand la réserve s'épuise, la frontière cède : la conjonctive avance sur la cornée, l'épaissit, la voile, et la vue baisse au fil des années sans qu'aucun collyre n'y change grand-chose.
Or une greffe de cornée remplace le disque transparent, pas la pépinière qui l'entretient. Le greffon arrive sur un œil dont le limbe est toujours vide, la conjonctive reprend sa progression, et l'opacification revient. L'équipe londonienne n'a donc pas cherché à remplacer la fenêtre, mais à reconstituer ce qui la nettoie.
La nuance dépasse le cas de l'aniridie. Le déficit en cellules souches limbiques s'installe aussi après une brûlure chimique, une brûlure thermique ou certaines kératites, et le chirurgien se heurte alors au même mur.
Deux familles de cellules sur une même membrane de collagène
Le dispositif porte un nom d'ingénieur, RAFT-OS, mis au point par l'unité Cells for Sight de l'institut d'ophtalmologie de l'UCL. C'est un échafaudage de collagène, matériau déjà courant en chirurgie, sur lequel les biologistes installent deux populations de cellules au lieu d'une seule : les cellules souches épithéliales du limbe, qui refont la couche de surface, et des kératocytes, qui entretiennent le tissu de soutien situé juste en dessous.
Cette association fait tout l'intérêt de l'essai, paru le 23 juillet 2026 dans la revue JAMA Ophthalmology. Les techniques existantes cultivent une seule famille de cellules ; poser les deux sur un même support revient à réparer la surface et son sous-sol en une intervention. Les cellules ne viennent pas du patient mais de cornées données, transmises par les services britanniques de don de tissus, ce qui impose un traitement immunosuppresseur avant l'opération.
Ce traitement n'est pas un détail de procédure : il abaisse les défenses de l'organisme et augmente le risque d'infection.
Cette association fait tout l'intérêt de l'essai, paru le 23 juillet 2026 dans la revue JAMA Ophthalmology. Les techniques existantes cultivent une seule famille de cellules ; poser les deux sur un même support revient à réparer la surface et son sous-sol en une intervention. Les cellules ne viennent pas du patient mais de cornées données, transmises par les services britanniques de don de tissus, ce qui impose un traitement immunosuppresseur avant l'opération.
Ce traitement n'est pas un détail de procédure : il abaisse les défenses de l'organisme et augmente le risque d'infection.
En France, 4 521 patients attendent encore une cornée
Ce qui se joue à Londres résonne d'autant plus ici que la cornée est, de loin, le tissu le plus greffé de France. Les ophtalmologistes ont déclaré 6 010 greffes de cornée en 2024, soit seize par jour, d'après les données de l'Agence de la biomédecine, qui tient le registre national des candidats.
Mais ce record de greffes n'a pas comblé l'écart. Au terme de 2024, 4 521 patients attendaient encore, chiffre jamais atteint, pour 11 894 candidats sur l'année. Un peu plus d'un inscrit sur deux, 57 %, est greffé dans l'année, et la règle veut qu'au bout de deux ans sans greffe le dossier soit retiré de la liste.
Les indications dessinent un portrait très senior. La dystrophie de Fuchs, qui trouble la vision à partir de la cinquantaine, pèse 42,3 % des inscriptions. Les décompensations survenues après une opération de la cataracte en représentent 17,8 %, et les échecs de greffe 13,1 %, soit 1 009 dossiers rouverts en une seule année.
Mais ce record de greffes n'a pas comblé l'écart. Au terme de 2024, 4 521 patients attendaient encore, chiffre jamais atteint, pour 11 894 candidats sur l'année. Un peu plus d'un inscrit sur deux, 57 %, est greffé dans l'année, et la règle veut qu'au bout de deux ans sans greffe le dossier soit retiré de la liste.
Les indications dessinent un portrait très senior. La dystrophie de Fuchs, qui trouble la vision à partir de la cinquantaine, pèse 42,3 % des inscriptions. Les décompensations survenues après une opération de la cataracte en représentent 17,8 %, et les échecs de greffe 13,1 %, soit 1 009 dossiers rouverts en une seule année.
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Neuf participants, aucun tirage au sort
Sauf que neuf participants restent neuf participants. L'essai est de phase 1, sans tirage au sort ni groupe témoin indépendant, et l'œil non opéré du même patient ne remplace pas un vrai comparateur, puisque les deux yeux d'une même personne ne sont presque jamais atteints à l'identique.
Ce que vous pouvez en attendre, et quand
Concrètement, rien de tout cela n'est disponible, ni en France ni au Royaume-Uni. Le professeur Sajjad Ahmad, chirurgien au Moorfields et professeur de régénération cornéenne à l'UCL, annonce la marche suivante : un essai plus large, mené dans plusieurs centres, avec l'objectif que le service de santé britannique finisse par prendre en charge la technique. Aucun calendrier n'est avancé.
La population directement visée reste étroite. La kératopathie liée à l'aniridie touche une personne sur 40 000 à une sur 100 000, ce qui, rapporté aux 69,1 millions d'habitants recensés par l'Insee au 1er janvier 2026, situe la France entre 690 et 1 730 personnes concernées. D'ailleurs, c'est la méthode qui intéresse les équipes françaises, pas la maladie : reconstituer une réserve de cellules plutôt que remplacer une fenêtre.
Si votre vision se voile peu à peu, si les phares vous éblouissent le soir ou si le brouillard du matin ne se dissipe plus, ces signes relèvent d'un examen de la cornée chez votre ophtalmologiste, pas de l'attente d'un traitement expérimental. Nous suivrons le prochain essai, celui qui dira si les cinq lignes regagnées par neuf patients de Londres tiennent sur plusieurs centaines.
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