Argent et patrimoine

La désindexation ne visait que les grosses pensions : Lecornu a remis l'abattement de 10 % sur la table, et il vaut 383 euros d'impôt par an sur vos retraites

Matignon a posé deux mesures côte à côte pour le budget 2027, et une seule occupe le débat public. La désindexation ne toucherait que les pensions les plus élevées, sans qu'aucun seuil soit écrit nulle part. L'autre mesure, la fin de l'abattement de 10 % sur les retraites, ne demande pas le montant de votre pension : elle s'applique dès que vous payez un euro d'impôt.

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Par | Publié le 3 Septembre 2026 à 08:19 | mis à jour le 3 Septembre 2026 à 08:19
© Victor Velter/Shutterstock.com
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Deux mesures posées côte à côte pour le budget 2027

Le Premier ministre a détaillé les grandes lignes du prochain budget dans un entretien au Parisien, avant un séminaire gouvernemental consacré aux économies. Deux mesures y visent les retraités : une désindexation des pensions au-delà d'un certain montant, et la suppression de l'abattement de 10 % dont bénéficient toutes les pensions au moment de l'impôt. « Il peut y avoir débat entre ces deux approches », a résumé Sébastien Lecornu, sans dire laquelle serait retenue. Le projet de loi de finances doit être présenté fin septembre, avant un examen parlementaire à l'automne.

Or les deux pistes n'ont ni le même rendement ni la même cible. La désindexation freine la hausse des pensions, donc elle réduit une dépense. La suppression de l'abattement augmente l'impôt payé, donc elle produit une recette. Le gouvernement cherche environ 28 milliards d'euros d'économies pour ramener le déficit public sous les 5 % du produit intérieur brut, et il a exclu toute hausse générale des impôts : c'est ce qui rend la seconde piste intéressante pour Bercy, puisqu'elle rapporte sans porter le nom d'un impôt nouveau.
 
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La désindexation s'arrête à un seuil que personne n'a fixé

Sur la désindexation, le Premier ministre a écarté deux catégories : le RSA et les « petites retraites ». Il n'a pas dit où commençaient les grandes, et aucun texte ne le dit non plus. Le chiffre de 3 000 euros de pension mensuelle circule depuis la mi-août, celui de 2 000 euros aussi, sans qu'aucun des deux ne figure dans un projet écrit.
  Sauf que cette discussion sur le seuil ne concerne que la première mesure. La seconde, elle, ne pose aucune question de montant.
 

L'abattement de 10 % ne demande pas le montant de votre pension

L'abattement de 10 % existe depuis la loi de finances pour 1978. Il ne vous verse rien : il retranche un dixième de vos pensions avant que le barème de l'impôt ne s'applique. Service Public fixe la fourchette pour les revenus 2025 déclarés au printemps 2026 : au minimum 454 euros par pensionné, au maximum 4 439 euros par foyer fiscal. Ce plafond est global, il ne se double pas pour un couple.

Ce détail de plafond change tout à la lecture. Rapporté au mois, le maximum de 4 439 euros est atteint dès 3 699 euros de pensions cumulées dans le foyer : au-delà, chaque euro supplémentaire est imposé sans le moindre abattement. Autrement dit, le dispositif cesse d'avantager les pensions élevées bien avant le seuil de 3 000 euros dont il est question pour la désindexation. Les retraités que le débat public désigne comme aisés sont déjà, sur ce point précis, au bout de l'avantage.

Le calcul se fait vite pour les autres. Avec une pension de 1 600 euros par mois, l'abattement retire 1 920 euros de la base imposable, et cette ligne vaut un peu plus de 300 euros d'impôt en moins sur l'année — calcul SeniorActu au barème 2026, pour une personne seule, une part fiscale, sans autre revenu. À 2 000 euros de pension, l'écart passe à environ 383 euros. Pour un couple à 1 800 euros chacun, il approche 690 euros.

D'ailleurs, l'automne 2025 avait déjà donné la mesure de ce que vaut cette ligne. Le projet de budget prévoyait de remplacer les 10 % par un forfait de 2 000 euros par pensionné : le forfait devenait moins avantageux que le pourcentage à partir de 20 000 euros de pension annuelle, soit 1 667 euros par mois. Les députés ont supprimé l'article le 13 novembre 2025, par 213 voix contre 17, et la loi de finances promulguée le 19 février 2026 a laissé l'abattement en place, avec ses plafonds revalorisés de 0,9 %.

Le montant en jeu explique la récidive. D'après le tome II des Voies et moyens cité par la commission des finances du Sénat, cet abattement représentait 5,3 milliards d'euros en 2025, ce qui en fait la troisième dépense fiscale du pays.
 

Ce que votre revenu fiscal de référence déclenche ensuite

L'impôt sur le revenu n'est pas le seul poste en cause. L'abattement diminue votre revenu fiscal de référence, et ce chiffre imprimé en page 2 de votre avis commande une longue liste de droits : le taux de CSG appliqué à votre pension, l'exonération de taxe d'habitation sur une résidence secondaire dans certains cas, les aides des caisses de retraite pour les travaux ou le maintien à domicile.
 
En revanche, la désindexation n'a aucun de ces effets en chaîne. Elle ralentit la progression du montant versé, sans toucher au calcul de vos droits. Une pension qui monte moins vite reste dans la même tranche de CSG ; une pension dont la base imposable augmente peut en changer. Les deux mesures présentées comme deux variantes d'une même contribution ne produisent donc pas les mêmes conséquences chez vous.
 

Les trois dates à surveiller avant le vote

Trois dates cadrent la suite. Le projet de loi de finances est attendu fin septembre en conseil des ministres, l'examen parlementaire s'ouvre à l'automne, et le texte doit être voté avant la fin de l'année pour s'appliquer aux revenus 2026 déclarés au printemps 2027. Le Premier ministre a lui-même qualifié ce budget de « réversible » après l'élection présidentielle, ce qui donne la mesure de sa fragilité.

En attendant, une vérification tient en deux minutes. Sortez votre dernier avis d'impôt, cherchez la ligne « déduction 10 % ou frais réels » sur le détail des pensions, et notez ce montant : c'est exactement ce que la mesure discutée déplacerait. Le simulateur de la direction générale des finances publiques permet ensuite de refaire le calcul sans cette ligne, en quelques clics, pour connaître votre propre écart plutôt qu'une moyenne. Nous suivrons le dépôt du texte fin septembre, seul moment où l'une des deux pistes deviendra un article de loi plutôt qu'une phrase d'entretien.

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