Une IRM de main affichant l'inflammation des articulations des doigts et du poignet - Illustration générée par IA
Ce qu'ils avaient essayé avant, et pendant dix ans
Le traitement qui a fait reculer ces polyarthrites n'a jamais été conçu pour des articulations. Il vient de la cancérologie du sang, où il sert depuis 2018 à traquer des globules blancs devenus incontrôlables. L'équipe de rhumatologie de la Charité, à Berlin, a repris le procédé tel quel et l'a dirigé vers une tout autre cible.
Six adultes ont été inclus dans cet essai baptisé COMPARE, trois femmes et trois hommes, de 31 à 69 ans. Tous vivaient avec une polyarthrite rhumatoïde sévère, et tous avaient reçu en dix ans jusqu'à huit traitements ciblés ou biologiques sans jamais obtenir de résultat suffisant. Chacun a reçu une courte chimiothérapie préparatoire, puis une perfusion unique de ses propres cellules immunitaires modifiées.
Le suivi a duré de trente-six à cinquante-deux semaines. L'activité de la maladie a nettement baissé chez les six participants, rapportent les chercheurs de la Charité dans la revue Nature Medicine, et trois d'entre eux ne prenaient plus aucun médicament contre leur polyarthrite à la fin de l'observation. Un quatrième s'est amélioré, puis la maladie est revenue.
Six adultes ont été inclus dans cet essai baptisé COMPARE, trois femmes et trois hommes, de 31 à 69 ans. Tous vivaient avec une polyarthrite rhumatoïde sévère, et tous avaient reçu en dix ans jusqu'à huit traitements ciblés ou biologiques sans jamais obtenir de résultat suffisant. Chacun a reçu une courte chimiothérapie préparatoire, puis une perfusion unique de ses propres cellules immunitaires modifiées.
Le suivi a duré de trente-six à cinquante-deux semaines. L'activité de la maladie a nettement baissé chez les six participants, rapportent les chercheurs de la Charité dans la revue Nature Medicine, et trois d'entre eux ne prenaient plus aucun médicament contre leur polyarthrite à la fin de l'observation. Un quatrième s'est amélioré, puis la maladie est revenue.
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Pourquoi ce sont vos lymphocytes B qui sont visés
Or ce résultat ne doit rien au hasard. Dans une polyarthrite, une partie des lymphocytes B — ces globules blancs qui gardent en mémoire les microbes rencontrés — se retourne contre vos propres articulations. Ces cellules survivent dans la moelle osseuse, les ganglions et le tissu qui tapisse l'articulation, là où les médicaments injectables les atteignent le plus mal. Toutes portent la même étiquette de surface, une protéine appelée CD19, et c'est elle que les cellules modifiées reconnaissent.
Combien de patients comme vous en France
Mais combien de personnes cette piste concernerait-elle chez nous ? Selon l'Assurance Maladie, 320 000 personnes étaient soignées pour une polyarthrite rhumatoïde en France en 2022, soit 0,46 % de la population, et 72 % d'entre elles sont des femmes.
Ces 320 000 personnes ne sont évidemment pas toutes candidates. L'essai berlinois n'a retenu que des malades en échec répété, ce que les rhumatologues appellent depuis 2021 une polyarthrite difficile à traiter : au moins deux traitements ciblés de mécanismes différents qui n'ont pas fonctionné. D'après les données du Système national des données de santé exploitées par EPI-PHARE, 59 409 patients recevaient une biothérapie ou un traitement de fond ciblé en 2019, soit 18,7 % des personnes suivies cette année-là.
Une enquête française menée dans un service de rhumatologie a mesuré la part de ces patients qui répondent à la définition européenne : 12 sur 163, soit 7,36 %, avec une marge de 3 à 12 %. Rapporté aux 59 409 patients recensés — et le calcul est le nôtre, pas celui des auteurs —, cela situerait la population concernée autour de 4 400 personnes en France, dans une fourchette de 1 800 à 7 100. Un chiffre minuscule à l'échelle des 320 000 malades, énorme à l'échelle d'une thérapie cellulaire.
Ces 320 000 personnes ne sont évidemment pas toutes candidates. L'essai berlinois n'a retenu que des malades en échec répété, ce que les rhumatologues appellent depuis 2021 une polyarthrite difficile à traiter : au moins deux traitements ciblés de mécanismes différents qui n'ont pas fonctionné. D'après les données du Système national des données de santé exploitées par EPI-PHARE, 59 409 patients recevaient une biothérapie ou un traitement de fond ciblé en 2019, soit 18,7 % des personnes suivies cette année-là.
Une enquête française menée dans un service de rhumatologie a mesuré la part de ces patients qui répondent à la définition européenne : 12 sur 163, soit 7,36 %, avec une marge de 3 à 12 %. Rapporté aux 59 409 patients recensés — et le calcul est le nôtre, pas celui des auteurs —, cela situerait la population concernée autour de 4 400 personnes en France, dans une fourchette de 1 800 à 7 100. Un chiffre minuscule à l'échelle des 320 000 malades, énorme à l'échelle d'une thérapie cellulaire.
Le prix d'une perfusion, et ce qu'il bloque
Le coût explique à lui seul pourquoi cette piste avance lentement. L'Académie nationale de médecine a relevé les prix hospitaliers pratiqués en 2022 pour les deux traitements cellulaires les plus utilisés en France : 298 622 euros pour l'un, 331 048 euros pour l'autre, pour une perfusion unique. À ce niveau, traiter les 4 400 personnes évoquées plus haut représenterait environ 1,3 milliard d'euros, hospitalisation et surveillance non comprises.
La même Académie estimait à 382 millions d'euros la dépense nécessaire pour traiter la totalité des patients éligibles en cancérologie du sang, seule indication où ces cellules sont autorisées et remboursées. Sauf que ces prix affichés ne sont pas ceux que paie l'Assurance Maladie : des remises confidentielles, négociées avec le Comité économique des produits de santé, en abaissent le montant net. Depuis 2018, le registre national DESCAR-T recensait début 2025 5 000 malades traités dans le pays, toutes indications confondues.
La même Académie estimait à 382 millions d'euros la dépense nécessaire pour traiter la totalité des patients éligibles en cancérologie du sang, seule indication où ces cellules sont autorisées et remboursées. Sauf que ces prix affichés ne sont pas ceux que paie l'Assurance Maladie : des remises confidentielles, négociées avec le Comité économique des produits de santé, en abaissent le montant net. Depuis 2018, le registre national DESCAR-T recensait début 2025 5 000 malades traités dans le pays, toutes indications confondues.
Ce que votre rhumatologue peut vous proposer à ce jour
Concrètement, rien de tout cela n'est disponible pour vous à ce jour. Cinq traitements de ce type sont commercialisés en France, et tous sont réservés à des cancers du sang : leucémies, lymphomes, myélome. Aucun ne dispose d'une autorisation en rhumatologie, et aucun rhumatologue ne peut donc en prescrire pour une polyarthrite, même sévère, même après huit échecs.
Des essais existent bien en France sur les maladies auto-immunes, mais ils portent sur le lupus. Huit centres français, dont Bordeaux, Paris, Strasbourg, Toulouse, Nancy, Nantes et Marseille, participaient à cet essai international de phase 1/2, et le CHU de Clermont-Ferrand les a rejoints en mars 2026. Pour la polyarthrite rhumatoïde, l'essai est allemand, et il compte six participants.
D'ailleurs, la Société française de rhumatologie a actualisé ses recommandations en 2024, et elles ne mentionnent rien de tel. Vos injections et votre suivi biologique restent ce qu'ils étaient avant cette publication.
Des essais existent bien en France sur les maladies auto-immunes, mais ils portent sur le lupus. Huit centres français, dont Bordeaux, Paris, Strasbourg, Toulouse, Nancy, Nantes et Marseille, participaient à cet essai international de phase 1/2, et le CHU de Clermont-Ferrand les a rejoints en mars 2026. Pour la polyarthrite rhumatoïde, l'essai est allemand, et il compte six participants.
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Et ce que l'essai ne dit pas encore
Six personnes, cela ne permet pas encore de conclure grand-chose. Il s'agit d'un essai de phase 1, sans groupe témoin, conçu d'abord pour vérifier la sécurité du procédé. Les réponses ont varié : tous n'ont pas obtenu une réponse complète, et l'un des participants a vu sa maladie revenir après une première période sans médicament. Les auteurs eux-mêmes qualifient l'approche d'expérimentale et rappellent qu'aucun recul long n'existe.
En revanche, les effets à long terme sur le système immunitaire restent inconnus. La deuxième partie de l'essai doit inclure dix patients de plus et comparer la méthode à un médicament déjà autorisé qui vise lui aussi les lymphocytes B. Nous saurons alors si cette remise à zéro tient dans la durée.
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Sur la tolérance, le bilan est plutôt rassurant à ce stade. Les six participants ont présenté une réaction inflammatoire passagère, légère à modérée, sans complication neurologique grave, et les infections ont été rares. Les anticorps hérités des vaccinations anciennes sont restés détectables — un point que je trouve plus décisif qu'il n'y paraît. Fondation Arthritis et mécanisme de la douleur : entretien avec le docteur Didier Bouhassira
En revanche, les effets à long terme sur le système immunitaire restent inconnus. La deuxième partie de l'essai doit inclure dix patients de plus et comparer la méthode à un médicament déjà autorisé qui vise lui aussi les lymphocytes B. Nous saurons alors si cette remise à zéro tient dans la durée.


