Un homme pousse un comprimé hors de sa plaquette au-dessus de son pilulier - Illustration générée par IA
Ce que 9 971 volontaires australiens ont avalé pendant six ans
L'essai porte un nom, STAREE, et une question laissée sans réponse depuis trente ans : faut-il commencer une statine à 70 ans quand on n'a jamais fait d'infarctus ni d'AVC ? Les grands essais qui ont installé ces médicaments écartaient presque tous les participants de cet âge, et les médecins prescrivaient quand même, faute de mieux.
Des chercheurs de l'université Monash, à Melbourne, ont recruté 9 971 volontaires dans les cabinets de médecine générale australiens. Tous avaient 70 ans ou plus, 74,7 ans en moyenne, et aucun ne présentait d'antécédent cardiovasculaire, de diabète ni de trouble de la mémoire. La moitié a reçu 40 mg d'atorvastatine par jour, l'autre un comprimé identique sans principe actif, pendant 5,9 ans en médiane.
Deux questions étaient posées en même temps : les accidents cardiovasculaires d'un côté, le nombre d'années passées chez soi, debout et autonome, de l'autre. Les résultats ont été présentés le 29 août au congrès de la Société européenne de cardiologie, à Munich, et publiés le même jour dans le New England Journal of Medicine.
Des chercheurs de l'université Monash, à Melbourne, ont recruté 9 971 volontaires dans les cabinets de médecine générale australiens. Tous avaient 70 ans ou plus, 74,7 ans en moyenne, et aucun ne présentait d'antécédent cardiovasculaire, de diabète ni de trouble de la mémoire. La moitié a reçu 40 mg d'atorvastatine par jour, l'autre un comprimé identique sans principe actif, pendant 5,9 ans en médiane.
Deux questions étaient posées en même temps : les accidents cardiovasculaires d'un côté, le nombre d'années passées chez soi, debout et autonome, de l'autre. Les résultats ont été présentés le 29 août au congrès de la Société européenne de cardiologie, à Munich, et publiés le même jour dans le New England Journal of Medicine.
La Newsletter SeniorActu
Chaque vendredi
Retraite, santé, pouvoir d'achat : la synthèse de l'actualité des seniors directement dans votre boîte mail.
Trente pour cent de moins, et votre risque en chiffres
Sur la première question, la réponse est franche. Au bout de six ans, 6,0 % des participants sous atorvastatine avaient connu un accident cardiovasculaire, contre 8,3 % de ceux qui prenaient le comprimé sans principe actif. L'écart correspond à une baisse du risque de 30 %, et c'est ce nombre qui a fait les titres depuis le 29 août.
Or 30 %, c'est une proportion, pas un nombre de personnes. En valeur absolue, la différence entre les deux groupes est de 2,3 points sur près de six ans. À ce rythme, et selon notre calcul à partir des chiffres publiés dans le New England Journal of Medicine, il faut traiter 44 personnes pendant six ans pour qu'une seule échappe à un accident. Les 43 autres avalent le comprimé sans rien y gagner. Le même calcul mené sur les personnes-années, celui que retient la presse spécialisée, donne 37.
Ce n'est ni dérisoire ni miraculeux : les chercheurs ont compté 297 accidents dans le groupe traité contre 412 dans l'autre. Nous sommes nombreux à entendre les 30 % annoncés comme une protection d'un patient sur trois, ce qui n'a jamais été le cas.
Un détail compte davantage pour vous : la baisse porte surtout sur des accidents non mortels, infarctus dont on réchappe et poses de stent. Le nombre de décès, lui, ne s'écarte pas significativement d'un groupe à l'autre.
Or 30 %, c'est une proportion, pas un nombre de personnes. En valeur absolue, la différence entre les deux groupes est de 2,3 points sur près de six ans. À ce rythme, et selon notre calcul à partir des chiffres publiés dans le New England Journal of Medicine, il faut traiter 44 personnes pendant six ans pour qu'une seule échappe à un accident. Les 43 autres avalent le comprimé sans rien y gagner. Le même calcul mené sur les personnes-années, celui que retient la presse spécialisée, donne 37.
Ce n'est ni dérisoire ni miraculeux : les chercheurs ont compté 297 accidents dans le groupe traité contre 412 dans l'autre. Nous sommes nombreux à entendre les 30 % annoncés comme une protection d'un patient sur trois, ce qui n'a jamais été le cas.
Un détail compte davantage pour vous : la baisse porte surtout sur des accidents non mortels, infarctus dont on réchappe et poses de stent. Le nombre de décès, lui, ne s'écarte pas significativement d'un groupe à l'autre.
La seconde question, celle des années passées debout
La seconde question était celle qui intéressait vraiment les gériatres, et sa réponse est vide. Vivre plus longtemps sans démence ni incapacité durable, cela veut dire continuer à s'habiller seul, à sortir faire ses courses, à rester chez soi. Au bout de six ans, 12,8 % des participants sous atorvastatine avaient basculé dans l'une de ces situations ou étaient morts, contre 13,6 % dans l'autre groupe : un écart trop faible pour être distingué du hasard.
Sauf que ce résultat n'annule pas le premier, il le complète. Les accidents évités étaient surtout des accidents dont on se remet, et ni la démence ni la perte de mobilité ne viennent d'abord des artères du cœur. Sophia Zoungas, qui a dirigé l'essai, l'a dit sans détour à Munich : le bénéfice cardiovasculaire est là, celui sur la survie sans incapacité reste à chercher.
Sauf que ce résultat n'annule pas le premier, il le complète. Les accidents évités étaient surtout des accidents dont on se remet, et ni la démence ni la perte de mobilité ne viennent d'abord des artères du cœur. Sophia Zoungas, qui a dirigé l'essai, l'a dit sans détour à Munich : le bénéfice cardiovasculaire est là, celui sur la survie sans incapacité reste à chercher.
Les 15 % de démence en moins, c'est un autre travail
Plusieurs titres de presse parus la semaine dernière annonçaient 15 % de démences en moins. Ils portaient sur un autre travail, présenté le 30 août au même congrès, qui ne concerne que les personnes vivant avec un diabète de type 2, et ce chiffre suppose un traitement commencé dans l'année qui suit le diagnostic.
Mais il s'agit d'une étude d'observation : elle établit une association, jamais une cause. STAREE, lui, excluait les diabétiques et n'a rien trouvé du côté de la mémoire.
Mais il s'agit d'une étude d'observation : elle établit une association, jamais une cause. STAREE, lui, excluait les diabétiques et n'a rien trouvé du côté de la mémoire.
Muscles, foie, sucre : ce que l'essai a aussi compté
L'essai a aussi compté ce qui va moins bien. Les douleurs musculaires, les perturbations des enzymes du foie et les problèmes de glycémie ont été plus fréquents chez ceux qui prenaient le médicament. En revanche, les effets indésirables graves sont restés rares et identiques dans les deux groupes : 2,7 % des participants de part et d'autre.
C'est le point que je retiens le plus volontiers. Après une quinzaine d'années de polémique française sur la dangerosité des statines, un essai en double aveugle sur près de dix mille personnes âgées ne trouve aucun surcroît d'accidents graves. Les crampes, oui. Le reste, non.
C'est le point que je retiens le plus volontiers. Après une quinzaine d'années de polémique française sur la dangerosité des statines, un essai en double aveugle sur près de dix mille personnes âgées ne trouve aucun surcroît d'accidents graves. Les crampes, oui. Le reste, non.
Après 80 ans, la question posée à votre médecin s'inverse
En France, la question ne se pose déjà plus dans les mêmes termes. Personne ne commence une statine à 82 ans : le débat porte sur l'arrêt, chez des gens qui en prennent depuis vingt ans. Et si la réponse dépendait de l'âge auquel on la pose ?
Une équipe de l'université de Bordeaux, autour de Mathieu Chalouni, a comparé 535 813 personnes de 80 ans et plus ayant interrompu leur traitement à 1,38 million qui l'ont poursuivi. Deux ans plus tard, le taux d'accidents cardiovasculaires majeurs s'établissait à 3,3 % chez celles qui avaient arrêté, contre 3,7 % chez les autres, avec une mortalité identique. Ces travaux, présentés en mars au congrès Emois, reposent sur des observations, non sur un tirage au sort.
Donc rien, dans tout cela, ne justifie de vider votre pilulier seul. Une étude française menée sur les données de l'Assurance maladie, chez 120 173 patients de 75 ans traités eux aussi en prévention, va dans l'autre sens : ceux qui avaient interrompu leur statine se retrouvaient hospitalisés pour un problème cardiaque 33 % plus souvent. Ce qui sépare les deux travaux, c'est l'âge, 75 ans d'un côté, 80 ans et plus de l'autre. L'Inserm, dans une mise au point publiée en 2020 et consacrée aux plus de 75 ans, concluait en une ligne : les médecins appellent les patients qui prennent régulièrement une statine à ne pas interrompre leur traitement de leur propre chef.
Ce qui a changé le 29 août, c'est la matière de cette conversation. Nous avancions sans chiffres ; vous en avez deux à poser sur la table, un accident évité pour 44 personnes traitées six ans, et pas une journée d'autonomie gagnée.
Une équipe de l'université de Bordeaux, autour de Mathieu Chalouni, a comparé 535 813 personnes de 80 ans et plus ayant interrompu leur traitement à 1,38 million qui l'ont poursuivi. Deux ans plus tard, le taux d'accidents cardiovasculaires majeurs s'établissait à 3,3 % chez celles qui avaient arrêté, contre 3,7 % chez les autres, avec une mortalité identique. Ces travaux, présentés en mars au congrès Emois, reposent sur des observations, non sur un tirage au sort.
Donc rien, dans tout cela, ne justifie de vider votre pilulier seul. Une étude française menée sur les données de l'Assurance maladie, chez 120 173 patients de 75 ans traités eux aussi en prévention, va dans l'autre sens : ceux qui avaient interrompu leur statine se retrouvaient hospitalisés pour un problème cardiaque 33 % plus souvent. Ce qui sépare les deux travaux, c'est l'âge, 75 ans d'un côté, 80 ans et plus de l'autre. L'Inserm, dans une mise au point publiée en 2020 et consacrée aux plus de 75 ans, concluait en une ligne : les médecins appellent les patients qui prennent régulièrement une statine à ne pas interrompre leur traitement de leur propre chef.
Ce qui a changé le 29 août, c'est la matière de cette conversation. Nous avancions sans chiffres ; vous en avez deux à poser sur la table, un accident évité pour 44 personnes traitées six ans, et pas une journée d'autonomie gagnée.


