Retraite et Argent

La TVA sociale n'est plus une idée du Medef : Hollande, Attal, Le Maire y pensent désormais eux aussi, en se rasant

La TVA sociale est ressortie à la rentrée politique, et pas seulement du côté du patronat : François Hollande la porte désormais pendant que Attal et Le Maire y pensent. Le principe tient en une phrase : financer la protection sociale par la consommation plutôt que par les cotisations sur les salaires. Un salarié y gagne une ligne en moins sur sa fiche de paie. Une pension de retraite, elle, n'en supporte aucune, et le mécanisme censé la compenser est déjà contesté.

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Par | Publié le 3 Septembre 2026 à 10:47 | mis à jour le 3 Septembre 2026 à 10:47
© Frederic Legrand - COMEO/Shutterstock.com
© Frederic Legrand - COMEO/Shutterstock.com

Ce que le patronat met sur la table

Une hausse d'impôt présentée comme un gain de pouvoir d'achat : sept candidats à la présidentielle ont débattu de ce paradoxe le 27 août, à l'université d'été du patronat. Le Medef y propose de relever le taux normal de la TVA de 2,3 points, de 20 à 22,3 %, et d'employer la recette à baisser les cotisations sur les salaires.

L'idée déborde désormais largement la sphère du patronat. François Hollande publie ce 3 septembre Unir, un livre-programme où le taux normal monte progressivement de 20 à 24 % en échange d'une baisse des cotisations salariales, avec un taux réduit ramené à 0 % sur l'énergie et l'alimentation. L'Opinion relève le même glissement chez Bruno Le Maire et Gabriel Attal. La France insoumise et le Rassemblement national s'y opposent, au nom du même argument : la TVA ignore le revenu de celui qui la paie.

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, s'est exprimé le même jour au même endroit : « je ne suis pas contre, ça ne suffit pas ». Un point de TVA en plus vaut à peu près un point de CSG en moins, a-t-il expliqué, donc deux points rendraient deux points de salaire net.

Or ce raisonnement décrit une fiche de paie. Il ne dit rien de ce qui arrive quand vous n'en recevez plus depuis dix ou vingt ans. Dix-sept millions de retraités sont dans ce cas, et c'est de là que nous devons reprendre le calcul.
 
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Une pension ne paie aucune cotisation à baisser

La TVA sociale n'est pas une taxe nouvelle, c'est un déménagement : une part du financement de la Sécurité sociale quitte les salaires pour la consommation. Le gain se lit donc sur un bulletin de paie, et le patronat l'a chiffré dans son plan : environ 300 euros par an au Smic, 650 euros pour un salaire de 4 000 euros brut.

Une pension de retraite, elle, ne supporte ni cotisation vieillesse ni cotisation d'allocations familiales. Il n'y a donc rien à alléger dessus. Vous êtes du côté de la caisse enregistreuse, jamais du côté du bulletin de paie.
 
Combien cela représente-t-il concrètement ?

Dans une étude de septembre 2025 qui reconstitue les assiettes taxables, la direction générale du Trésor chiffre à 8,9 milliards d'euros le rendement brut annuel d'un point de taux normal, soit un peu plus de 20 milliards pour 2,3 points. Ramenée à votre caddie, la hausse revient à 1,92 % sur tout ce qui est taxé à 20 %, soit 19 euros par tranche de 1 000 euros dépensés.

Poussons le calcul jusqu'à un budget annuel de 30 000 euros. En retirant le tiers de la consommation qui échappe à la TVA, puis en appliquant à la part taxée la répartition du Trésor, la dépense supplémentaire tourne autour de 250 euros par an. En face, la colonne des cotisations allégées reste vide.
 

La compensation prévue pour vous, c'est l'indexation

Cette colonne vide n'a pourtant rien d'un oubli. Le ministère de l'Économie la documente dans la fiche qu'il consacre au sujet : les titulaires de revenus de remplacement, et les retraités au premier rang, connaissent une baisse de pouvoir d'achat quand la TVA remplace la cotisation.

Mais elle ne s'arrête pas là, et c'est la suite qui compte. Comme les pensions évoluent avec les prix, précise le ministère de l'Économie, la Sécurité sociale doit en principe reverser aux retraités, sous forme de hausse de pension, une partie de ce que la TVA leur a prélevé. La compensation existe donc bel et bien. Elle ne passe simplement pas par les cotisations : elle passe par l'indexation.

Sauf que c'est exactement ce mécanisme que le ministre du Travail a demandé de supprimer, le 27 août, devant le même auditoire. Jean-Pierre Farandou a en effet plaidé pour en finir avec la revalorisation automatique des pensions sur l'inflation au cours du même échange que son ouverture à la TVA sociale. François Hollande ne dit pas autre chose dans son livre : il veut limiter l'indexation des pensions à 1 % pendant cinq ans. Mis bout à bout, ces propos retirent au retraité l'unique amortisseur que la fiche de Bercy lui promettait.

La direction générale du Trésor décrit le même engrenage en sens inverse : l'effet d'une hausse de TVA sur les ménages modestes serait, note-t-elle, atténué par la revalorisation des minima sociaux et du Smic sur l'inflation. Retirez l'indexation, la hausse reste entière.

Je le dis comme je le vois : la question n'est pas tant de savoir si la TVA sociale est une bonne idée, les économistes en débattent depuis trente ans. Elle est de savoir laquelle des deux entre la première dans un budget.
 

Votre facture d'électricité n'est plus au taux réduit

Un argument revient pour rassurer : les dépenses contraintes seraient à taux réduit, donc épargnées. C'est vrai de l'alimentation, à 5,5 %. Ce ne l'est plus de l'énergie. Depuis le 1er août 2025, l'article 20 de la loi de finances pour 2025 a supprimé le taux réduit sur les abonnements d'électricité et de gaz : toute la facture se règle au taux normal.

Le détail compte quand on chauffe plus longtemps. Sur 1 200 euros de facture d'électricité par an, la hausse ajoute 23 euros.
 

Rien n'est voté, et ce qu'il faut regarder

Évidemment, rien de tout cela n'est voté. Aucun texte ne porte la TVA sociale, et le projet de budget pour 2027 n'arrive devant les députés qu'à l'automne.

L'histoire invite quand même à ne pas la ranger au rayon des idées sans suite. Une TVA sociale a déjà été votée en France : la loi de finances rectificative du 14 mars 2012 portait le taux normal de 19,6 à 21,2 %, contre 13,2 milliards d'euros de cotisations familiales en moins. Une seconde loi rectificative, le 16 août 2012, l'a abrogée avant son entrée en vigueur. Quatorze ans après, la demande revient des deux côtés de l'échiquier.
 
Deux choses méritent désormais votre attention d'ici l'automne. La première : la baisse annoncée en contrepartie porte-t-elle sur les seules cotisations salariales, ou aussi sur la CSG des pensions ? Le ministre a parlé de CSG, le patronat et les candidats parlent de cotisations, et ces deux mots ne désignent pas les mêmes payeurs. La seconde tient au plan patronal, qui veut aligner la CSG des retraités sur celle des actifs : sur 1 800 euros brut, ce passage de 8,3 à 9,2 % coûte 194 euros par an à un foyer déjà au taux normal.

En caisse, personne ne vous demandera jamais si votre revenu vient d'un salaire ou d'une pension. C'est précisément pour cela que la question mérite d'être posée avant le vote, et non après... 

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