Argent et patrimoine

Héritage : donner 100 000 € de plus à vos enfants coûte 18 200 € de droits en 2026, Matignon promet 6 000 € en 2027 si le budget est voté

Autour de la table du dimanche, la même question revient plus souvent qu'avant : faut-il donner maintenant à vos enfants, ou attendre ? L'héritage des baby-boomers est devenu un sujet national, et le budget 2027 promet d'alléger la note des donations familiales. Sauf que rien n'est encore voté, et que pour une partie des parents et des grands-parents, attendre pourrait coûter bien plus cher que la réforme ne rapportera.

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Par | Publié le 29 Septembre 2026 à 08:08 | mis à jour le 29 Septembre 2026 à 08:15
Un père remet un chèque à sa fille dans son appartement neuf - Illustration générée par IA
Un père remet un chèque à sa fille dans son appartement neuf - Illustration générée par IA

Ce que Matignon promet à ceux qui donneront en 2027

Le 12 septembre, Matignon a transmis à la presse une note baptisée « Transmissions 2027 ». Elle annonce deux mesures temporaires, prévues pour 2027 et destinées au projet de loi de finances. La première porterait le don familial de sommes d'argent exonéré de droits de 31 865 € à 50 000 €. La seconde appliquerait un taux unique de 6 % à la part des donations familiales qui reste taxable après les abattements, dans la limite de 100 000 € par donateur et par bénéficiaire majeur. Ce taux couvrirait aussi les dons d'un oncle ou d'une tante à un neveu ou une nièce, taxés à 55 % en 2026.

D'après les chiffres de Matignon repris par l'AFP, une donation de 100 000 € entièrement taxable, parce que l'abattement a déjà servi, coûte 18 200 € de droits aux règles actuelles. Avec le taux unique, la facture tomberait à 6 000 €. Le taux serait de 5 % si vous faites, en même temps, un don à une association d'aide aux plus démunis. Sébastien Lecornu a résumé l'intention : « La France épargne beaucoup, mais transmet trop tard. »

Mais une note de Matignon n'est pas une loi. Le projet de budget doit être déposé à l'Assemblée nationale au plus tard le 6 octobre, puis débattu et amendé par le Parlement. Tant que le texte n'est ni voté ni publié, c'est le plafond de 31 865 € qui s'applique à chaque euro que vous donnez. Un don consenti avant 2027 restera soumis aux règles actuelles.
 
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Ce que vous pouvez déjà donner à vos enfants sans impôt

Chaque parent peut déjà donner 100 000 € à chacun de ses enfants sans payer de droits, et cet abattement se reconstitue tous les quinze ans. S'y ajoute le don familial de sommes d'argent : 31 865 € de plus, à condition que vous ayez moins de 80 ans et que l'enfant soit majeur. Comme le détaille la page d'impots.gouv.fr consacrée aux dons sans droits, les deux se cumulent. Un parent peut donc transmettre 131 865 € à un enfant majeur sans verser un centime au fisc, et un couple peut en donner le double.

Et si vous êtes grand-parent ? Pour vos petits-enfants, l'abattement tombe à 31 865 € par grand-parent. Une petite-fille majeure peut pourtant recevoir 63 730 € de son grand-père de moins de 80 ans, en cumulant cet abattement et le don familial : c'est l'exemple que donne l'administration fiscale elle-même. Seule contrainte, le don se déclare, par celui qui le reçoit, en ligne sauf exception depuis le 1er janvier 2026, et dans le mois qui suit pour le don familial.
  Autrement dit, la plupart des familles n'ont pas besoin de la réforme pour donner sans impôt. Le taux de 6 % ne changera rien à ces montants déjà exonérés : il ne jouera que sur la part qui les dépasse. Nous avons tous en tête l'image d'un fisc qui se sert à chaque transmission, et elle freine des parents qui ne paieraient rien.
 

Né avant 1947 ? Les 50 000 € ne seront pas pour vous

Le plan de Matignon ne touche pas à la condition d'âge : pour profiter du don familial exonéré, le donateur devra toujours avoir moins de 80 ans le jour du versement. Si vous êtes né en 1946 ou avant, vos 80 ans tombent au plus tard en 2026, et aucun jour de 2027 ne vous sera ouvert. Né en 1947, vous n'aurez que les mois précédant votre anniversaire. Le calcul est le nôtre : pour vous, les 31 865 € exonérés se donnent avant votre anniversaire, pas après le vote du budget.
 

Le logement de vos enfants : une exonération qui s'arrête le 31 décembre

Une autre exonération, moins connue, vit ses trois derniers mois. Depuis le 15 février 2025, vous pouvez donner jusqu'à 100 000 € sans droits à un enfant ou à un petit-enfant qui achète un logement neuf ou finance une rénovation énergétique. Le plafond atteint 300 000 € par bénéficiaire, tous donateurs confondus. Le texte en vigueur fixe sa fin au 31 décembre 2026.

Cette exonération a ses conditions, et c'est votre enfant qui les porte. L'argent doit servir au plus tard le dernier jour du sixième mois qui suit le versement : un don fait en décembre devra donc être dépensé avant la fin juin 2027. Le logement acheté doit ensuite rester cinq ans la résidence principale de votre enfant ou d'un locataire, et le logement rénové, la sienne. En revanche, la maison que votre fils ferait construire lui-même n'y ouvre pas droit.

Vous hésitez encore ? Si l'un de vos enfants a signé pour un appartement sur plan, ou si votre fille prépare une isolation avec MaPrimeRénov', la date du 31 décembre compte davantage pour eux que le vote du budget 2027.
 

Pourquoi l'horloge des quinze ans compte plus que le taux

La réforme arrive alors que l'héritage change d'échelle. Le Conseil supérieur du notariat estime à 6 191 milliards d'euros, en hypothèse médiane, le patrimoine susceptible d'être transmis en France entre 2025 et 2040. Les notaires, qui établissent 95 % des déclarations de succession, livrent aussi un détail beaucoup plus parlant pour vous : dans leurs études, la première donation intervient en moyenne à 64 ans et 3 mois, pour environ 286 000 €.

Or l'abattement de 100 000 € ne revient qu'au bout de quinze ans. Un parent qui donne pour la première fois à 64 ans et 3 mois ne retrouvera son abattement qu'à 79 ans et 3 mois, soit neuf mois avant de perdre le don familial exonéré. Le calcul est encore le nôtre. Les notaires le relèvent eux-mêmes : un premier don aussi tardif laisse peu de place à un deuxième.
  D'ailleurs, la grande majorité des familles n'a rien à craindre du fisc au décès. Selon les notaires, plus de 60 % des successions qu'ils traitent ne donnent lieu à aucun paiement de droits. Cela n'empêche pas beaucoup de parents de repousser la question. Une étude de l'institut Discurv pour le réseau de conseillers Inovéa, relayée par Capital, montre que 72 % des Français n'ont entrepris aucune démarche pour préparer leur succession. Et 34 % d'entre eux pensent avoir le temps.

Je comprends cette réserve : donner, c'est aussi accepter de voir partir une part de ce qu'on a mis une vie à bâtir. Rares sont ceux, parmi nous, qui aiment parler de leur propre succession en famille. Seulement, le vrai coût d'une donation se joue rarement sur son taux. Il se joue sur la date à laquelle vous la faites, parce que c'est elle qui déclenche le compte à rebours des quinze ans.

Le budget 2027 changera peut-être le prix d'un don, il ne changera pas l'horloge des quinze ans, et pour vos enfants, c'est souvent elle qui décide de ce qu'ils recevront sans impôt.

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