Argent et patrimoine

Assurance vie : le rendement des fonds euros progresse avec les taux, et votre assureur dira en janvier 2027 si votre contrat en profite vraiment

Les taux d'intérêt remontent, les assureurs achètent des obligations mieux payées, et les prévisions annoncent un rendement des fonds euros en hausse pour 2026. Si vous avez une assurance vie, la nouvelle a de quoi vous réjouir. Seulement, une moyenne nationale ne dit rien de votre contrat à vous, et deux épargnants au même capital peuvent toucher des intérêts très différents.

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Par | Publié le 28 Septembre 2026 à 10:18 | mis à jour le 28 Septembre 2026 à 10:18
Un retraité examine un graphique à deux barres avec sa conseillère - Illustration générée par IA
Un retraité examine un graphique à deux barres avec sa conseillère - Illustration générée par IA

Pourquoi votre fonds euros repart à la hausse

Pendant trois ans, le rendement moyen des fonds euros est resté collé au même niveau. Vu de votre relevé, rien ne semblait bouger. Derrière ce chiffre immobile, les assureurs renouvelaient pourtant à grande vitesse le contenu de leurs portefeuilles, et c'est ce mouvement qui nourrit désormais les prévisions de hausse.

Le mécanisme tient en une idée simple. Votre fonds euros est d'abord un gros paquet d'obligations, c'est-à-dire des prêts consentis à des États ou à des entreprises contre un intérêt fixe. Quand une vieille obligation à 1 % arrive à échéance, l'assureur la remplace par une neuve, achetée au taux du moment. Or les taux longs ont grimpé : la Banque de France relève que l'OAT à dix ans, l'emprunt de référence de l'État français, a pris 0,4 point sur l'année 2025.
 
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Ce que la Banque de France a mesuré sur 2025

Jeudi 24 septembre, la Banque de France a publié son bilan des placements des assureurs et des fonds de pension pour 2025. Fin décembre, 36 % de leurs obligations rapportaient entre 3 et 5 %, contre 30 % un an plus tôt. Dans le même temps, la part des titres payés moins de 3 % a reculé de 64 % à 59 %. Ce basculement porte sur des montants colossaux, puisque les placements de ces organismes atteignaient 3 109 milliards d'euros fin 2025.

Ces chiffres ne vous concernent pas de loin. L'argent que vous versez sur un fonds euros finance précisément ces achats, et l'afflux reste massif : selon France Assureurs, l'encours de l'assurance vie a atteint 2 174 milliards d'euros fin juillet 2026, en hausse de 128 milliards sur un an. Plus d'argent frais, c'est davantage d'obligations neuves achetées au taux du jour, donc un rendement moyen qui se renouvelle plus vite.
 

2,9 % en 2026 : une prévision, pas une promesse

Combien, alors ? Les projections publiées lundi 28 septembre par Boursorama tablent sur un rendement moyen de 2,9 % pour 2026, contre 2,63 % servis au titre de 2025 d'après l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le gendarme des assureurs. Prenons 50 000 euros placés en fonds euros : nous avons fait le calcul, l'écart représenterait environ 135 euros d'intérêts en plus sur l'année, avant prélèvements sociaux.

Mais ce taux n'existe pas encore. Les assureurs annoncent leurs rendements en janvier, une fois l'exercice clos, et le chiffre de 2026 ne sera connu qu'au début de 2027, contrat par contrat. La hausse des taux a d'ailleurs un revers : les obligations anciennes perdent de la valeur de marché quand les nouvelles paient davantage. La Banque de France a chiffré cet effet à 9,1 milliards d'euros de moins-values sur les titres de dette à long terme des assureurs en 2025. Votre capital placé sur le fonds euros reste, lui, garanti par l'assureur, qui conserve en général ces titres jusqu'à leur remboursement.
 

La moyenne compte des bonus que vous n'avez peut-être pas

Voici le point que la plupart des articles laissent de côté. Le taux moyen publié par l'ACPR ne correspond au contrat de personne en particulier. Il intègre toutes les bonifications, ces coups de pouce commerciaux qu'un assureur accorde à certains clients et pas à d'autres. Dans son étude publiée le 30 juin, l'ACPR indique que ces mécanismes dépendent notamment de la part d'unités de compte détenue dans le contrat, ces supports investis sur les marchés et sans garantie du capital. L'écart qu'ils créent atteint au moins 0,4 point autour du taux moyen de 2,63 %.

Cette nuance change tout pour l'épargnant prudent. Si vous n'avez reçu aucun bonus, votre taux est inférieur à la moyenne, et l'autorité de contrôle l'écrit noir sur blanc. Sur 50 000 euros, 0,4 point d'écart, c'est 200 euros par an qui séparent deux épargnants au même capital. Le calcul est le nôtre, et il se répète chaque année.

Je connais bien ce réflexe du tout-garanti. À nos âges, on a vu passer assez de krachs pour préférer dormir tranquille. Ce confort a un prix, que la hausse annoncée pour 2026 ne fera pas disparaître : un contrat privé de bonus suivra le mouvement en partant toutefois d'une marche plus basse.

Autre élément à connaître, les assureurs ont puisé dans leur réserve pour tenir ce taux stable. Cette provision pour participation aux bénéfices, une cagnotte mise de côté les bonnes années, représentait 4,0 % des encours des contrats individuels fin 2025, contre 4,3 % un an plus tôt. Cette réserve appartient collectivement aux assurés, pas à chacun d'eux : si vous rachetez votre contrat, vous n'emportez pas votre part.
 

Votre relevé annuel dit de quel côté vous êtes

Pour savoir de quel côté de la moyenne vous vous situez, inutile de deviner. L'article L132-22 du Code des assurances oblige votre assureur à vous communiquer chaque année le rendement garanti et la participation aux bénéfices de votre propre contrat. Le même texte lui impose d'y ajouter les taux moyens des contrats de même nature, en distinguant ceux encore ouverts à la souscription et ceux qui ne le sont plus.

Posez ces chiffres côte à côte sur la table. Si votre taux se situe nettement sous celui des contrats encore commercialisés, votre vieux contrat fait moins bien que ceux que l'assureur propose à ses nouveaux clients. Vous voyez l'enjeu ? L'assureur doit aussi publier sur son site internet le rendement net de chacun de ses contrats, dans les 90 jours ouvrables suivant le 31 décembre.
 

Avant de fermer votre contrat, faites vos comptes

Un contrat qui rapporte moins n'est pas forcément à fermer. Une assurance vie ancienne garde son antériorité fiscale, précieuse après huit ans, que racheter pour rouvrir ailleurs remet à zéro. Rien ne vous empêche, en revanche, de demander à votre assureur ce qu'exigerait un bonus. Les rendements 2026 seront affichés en janvier : c'est votre relevé en main, et non une moyenne nationale, qui vous dira si la hausse des fonds euros est aussi la vôtre.

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