Argent et patrimoine

Flambée des prix du gaz : la TVA sur votre chauffage pourrait rapporter 200 millions à l'État, et la règle d'or de Lecornu ne vise que les carburants

La chaudière va bientôt reprendre du service, et votre chauffage au gaz coûtera plus cher dès le 1er octobre. Chaque hausse du prix du gaz grossit aussi une ligne de votre facture que l'on ne lit jamais, celle de la TVA. Pour l'essence et le gazole, le gouvernement promet désormais de rendre ce surplus aux automobilistes. Pour le gaz qui vous chauffe, rien de tel n'a été annoncé.

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Par | Publié le 28 Septembre 2026 à 08:54 | mis à jour le 28 Septembre 2026 à 08:54
Un retraité règle sa chaudière au gaz, facture en main - Illustration générée par IA
Un retraité règle sa chaudière au gaz, facture en main - Illustration générée par IA

Ce que la hausse d'octobre ajoute à votre facture de gaz

Le gaz devient plus cher, et l'État y gagne alors qu'il perd sur l'essence. C'est le paradoxe que BFM Business a mis en chiffres ce lundi 28 septembre, à trois jours d'une nouvelle hausse. Si vous vous chauffez au gaz, vous financez les deux à la fois : le prix du gaz lui-même, et la taxe qui grossit avec lui.

Cette hausse, la Commission de régulation de l'énergie l'a annoncée le 10 septembre. Son prix repère, la référence mensuelle publiée depuis la fin des tarifs réglementés en juillet 2023, passera le 1er octobre de 172,05 € à 182,88 € le mégawattheure, soit 6,3 % de plus en un mois. Sur la seule facture d'octobre, le régulateur chiffre le surcoût à 5,28 € en moyenne. Mais l'addition se lit sur l'année : si les prix restent à peu près stables, la facture 2026 dépasserait celle de 2025 d'environ 10 %, soit 120 € de plus.

Tous les foyers ne la subiront pas de la même façon. Au 31 mars 2026, 10,31 millions de ménages avaient un contrat de gaz naturel, et environ 40 % des clients résidentiels avaient choisi fin 2025 une offre à prix fixe, que la révision d'octobre ne touche pas.
 
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Pourquoi le gaz remplit les caisses quand l'essence les vide

Sur un plein d'essence, deux taxes se superposent. L'accise, prélevée au litre, ne bouge pas avec le prix, alors que la TVA suit le montant payé. Quand les automobilistes roulent moins, l'accise fond plus vite que la TVA ne monte : Matignon chiffre à 407 millions d'euros la baisse des recettes tirées des carburants depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, par rapport à la même période de 2025.

Sur le gaz, la mécanique joue dans l'autre sens. Selon les calculs de BFM Business, la flambée des prix pourrait rapporter près de 200 millions d'euros de recettes fiscales supplémentaires en 2026, principalement par la TVA, calculée sur le montant des factures. La chaîne précise que la somme dépendra de la consommation des ménages et des températures de l'hiver. À notre sens, l'écart tient aussi à l'usage : on renonce plus facilement à un trajet qu'à chauffer son logement en janvier.

Cette TVA pèse d'autant plus que votre facture de gaz est taxée à 20 % de bout en bout depuis le 1er août 2025. L'abonnement, qui bénéficiait jusque-là d'un taux réduit de 5,5 %, a rejoint la consommation au taux normal, comme le prévoit l'article 20 de la loi de finances du 14 février 2025. Nous payons ainsi la TVA sur tout, y compris sur l'accise du gaz, qui est elle-même une taxe.
 

Sur chaque euro de hausse, la part du fisc

Je me suis posé une question : quelle fraction de la hausse d'octobre va en taxe ? Au 1er octobre, seul le coût d'achat du gaz bouge. Or la TVA à 20 % s'ajoute à cette hausse hors taxe, soit un sixième du total.

Sur chaque euro de plus, près de 17 centimes sont donc de la TVA. Sur les 5,28 € d'octobre, cela fait 88 centimes. Le calcul est le nôtre et ne vaut que pour ce mois : les 120 € de hausse annuelle mêlent d'autres changements, dont l'abonnement passé au taux normal.
 

La règle d'or de Lecornu s'arrête à la pompe

Le 22 septembre, l'entourage de Sébastien Lecornu a fait savoir que le Premier ministre proposerait, dans le projet de budget pour 2027, une « règle d'or » sur la TVA des carburants. Le principe est simple : si la hausse des prix fait monter les recettes de TVA sur l'essence et le gazole, ce surplus devra être neutralisé et restitué aux Français, à la pompe.

L'annonce ne parle que de carburants. Le gaz n'y apparaît pas, alors que sa hausse produit précisément le genre de surplus que la règle entend rendre. Vous voyez le décalage ? Public Sénat souligne par ailleurs que le mécanisme reste largement à définir, y compris pour les automobilistes.

Sauf que le chauffage n'est pas un trajet qu'on reporte. En décembre, votre chaudière tourne que le prix vous plaise ou non, et c'est ce qui rend la TVA du gaz si régulière pour les finances publiques. Rien n'empêche un parlementaire de soulever la question lors du débat budgétaire de l'automne, mais à ce jour, aucune promesse ne vise votre facture de gaz.

Votre contrat décide si la hausse vous touche

Avant de vous inquiéter, sortez votre dernière facture ou votre contrat. Deux familles d'offres coexistent depuis la fin des tarifs réglementés. Les offres indexées suivent le prix repère, ou un indice de marché, et répercutent chaque révision mensuelle, à la hausse comme à la baisse. Les offres à prix fixe, elles, gèlent le prix de la fourniture pendant la durée du contrat, et c'est précisément la fourniture qui bouge au 1er octobre.

Si vous faites partie des 40 % de ménages à prix fixe, la hausse d'octobre vous épargne, et la TVA supplémentaire avec elle. Dans le cas contraire, votre prix suivra la courbe du marché tout l'hiver. Les mots à chercher dans vos conditions particulières sont simples : « indexé », « prix repère » ou « prix fixe », suivis d'une date de fin.
 

Avant de rallumer votre chaudière

Le prix repère de novembre sera publié par le régulateur dans le courant d'octobre, et il dira si la courbe continue de grimper. Si votre offre est indexée, une offre à prix fixe ne se juge qu'à deux critères : sa durée, et l'écart entre son prix du kilowattheure et le prix repère du moment. Le comparateur du médiateur national de l'énergie, sur energie-info.fr, est gratuit et indépendant des fournisseurs.<br /><br />
Vous ne choisirez pas le taux de TVA, qui est fixé par la loi. Vous choisissez pourtant la base sur laquelle il s'applique, c'est-à-dire les kilowattheures consommés et leur prix. Chaque degré de moins sur le thermostat allège à la fois la facture et la part du fisc. Cet hiver, le gaz vous coûtera plus cher, et une partie de ce surcoût ira tout droit dans les caisses publiques sans qu'aucune règle d'or ne prévoie, pour l'instant, de vous la rendre.
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