Arnaques

Démarchage abusif après les incendies en Gironde : la préfecture demande de ne rien signer tant que l'expert d'assurance n'est pas passé

Par | Publié le 06/08/2026 à 08:33

Une voiture se gare devant une maison noircie, un homme en descend avec une pochette sous le bras et propose de s'occuper du dossier d'assurance. La scène se répète depuis plusieurs jours autour du Porge, et elle porte un nom : démarchage abusif. Ceux qui signent sur le pas de leur porte engagent beaucoup plus qu'une signature.

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Un senior refuse le contrat qu'un démarcheur lui tend devant sa maison brûlée - Illustration générée par IA
Un senior refuse le contrat qu'un démarcheur lui tend devant sa maison brûlée - Illustration générée par IA

Ce que les sinistrés voient arriver devant chez eux

La préfecture de la Gironde a diffusé mercredi 5 août une mise en garde destinée aux sinistrés de l'incendie de Saumos. Plusieurs d'entre eux ont signalé avoir été sollicités par des personnes se présentant comme des experts ou des intermédiaires, qui leur proposaient de signer rapidement des contrats ou des mandats d'accompagnement. Or le feu parti le 22 juillet a détruit 240 habitations selon le bilan provisoire des services de l'État, et les maisons brûlées se repèrent depuis la route.

L'expert d'assuré n'est pas l'expert de votre assurance

Le communiqué vise nommément les experts d'assurés. Derrière ce mot se cache une confusion sur laquelle joue tout le démarchage abusif : il existe deux experts, et ils ne sont pas payés par la même personne. Celui de votre compagnie intervient après votre déclaration, sur mandat de l'assureur, qui règle ses honoraires. L'autre est un professionnel privé que vous engagez vous-même, et dont la facture reste à votre charge.

Service Public situe le prix d'une expertise en assurance habitation à 800 euros au minimum, avec des dossiers qui dépassent souvent les 1 000 euros, et beaucoup de cabinets préfèrent facturer un pourcentage de l'indemnité obtenue. Sauf que le visiteur du pas de la porte ne se présente jamais dans cet ordre. Il sonne avant l'expert de la compagnie, parfois avant même que la déclaration soit partie, et fait signer un engagement pour une mission dont personne n'a encore établi l'utilité.

Reste que cet engagement, lui, produit ses effets dès la signature.

L'ordre des étapes, et le temps dont vous disposez

Les étapes, elles, sont connues et se déroulent toujours dans le même ordre : 
 
  • Vous déclarez le sinistre à votre assureur,
  • celui-ci décide de faire intervenir ou non un expert,
  • ce dernier chiffre les dommages,
  • puis une proposition d'indemnisation vous parvient.
  • Tant que vous n'avez pas accepté cette proposition par écrit, la porte reste ouverte : c'est à ce moment précis, et pas avant, qu'un expert que vous mandatez peut avoir un intérêt.
Le calendrier joue lui aussi en votre faveur, contrairement à ce que raconte le démarcheur : face à l'ampleur des feux de Gironde, des Landes et du Var, les assureurs ont annoncé le 27 juillet que la déclaration de sinistre pourrait être effectuée jusqu'au 31 août 2026 au lieu des cinq jours ouvrés habituels, et Service Public a relayé la mesure deux jours plus tard. Vous disposez donc de vingt-cinq jours pleins.

La même annonce prévoit le remboursement des frais de relogement des personnes évacuées sur ordre des autorités, pour trois semaines au maximum et sur justificatifs, que le logement ait été endommagé ou non.

Sur le fond du dossier, ce qui compte se trouve dans vos tiroirs, pas dans la pochette du visiteur. Les factures d'achat, les photos, les bons de garantie et les objets détériorés servent à prouver la valeur de ce que vous avez perdu, et France Assureurs a demandé aux cabinets d'expertise d'accélérer leurs visites dès que l'accès aux zones brûlées le permettrait.

Ce que le démarcheur n'a pas le droit de faire

Le droit qui encadre la visite est net, et la préfecture en rappelle chaque ligne  : 
 
  • Un professionnel de l'assurance ou de l'expertise ne peut se présenter à votre domicile qu'avec votre accord explicite et préalable, et l'appel téléphonique non sollicité tombe sous la même interdiction.
  • Celui qui sonne doit vous dire son identité, celle de son entreprise, la nature exacte du service et son prix, puis vous remettre le document qui ouvre vos 14 jours calendaires de rétractation. À défaut, l'amende pouvant aller jusqu'à 15 000 euros pour un démarcheur et 75 000 euros pour une société.
  • Vous pouvez également exiger le délai de réflexion de 24 heures propre au secteur de l'assurance, et rien ne vous oblige à décider devant lui.
  • Les pratiques abusives se signalent à la plateforme SignalConso au 0809 540 550 ou à la direction départementale de la protection des populations de la Gironde, au 05 24 73 38 00.
  • Un appel à votre compagnie, dont le numéro figure sur votre contrat, suffit par ailleurs à vérifier si l'interlocuteur a le moindre lien avec votre dossier.
 
Ces règles vont d'ailleurs se durcir dans quelques jours. À partir du 11 août, le démarchage téléphonique sans consentement préalable devient illégal par défaut en France, et c'est à l'entreprise qui appelle de prouver votre accord.

Faux pompiers et fausses cagnottes, l'autre versant

L'autre versant de la même vague vise votre porte-monnaie par la générosité.

L'Union départementale des sapeurs-pompiers de la Gironde a porté plainte le 30 juillet après une série de fausses collectes menées en son nom. Certains escrocs se présentent en tenue et empruntent d'anciens camions réformés pour rendre leur porte-à-porte crédible, quand d'autres diffusent de faux appels aux dons par courriel ou depuis des comptes piratés. Son président, David Brunner, l'a redit publiquement : l'Union ne démarche personne, et le Var connaît le même phénomène.
  Face à ces deux vagues, la préfecture rappelle une chose que le visiteur se garde bien de mentionner : l'accompagnement des sinistrés est gratuit. Il est assuré par les services de l'État et par les associations de consommateurs agréées.

Au Porge, un guichet France Services accueille les victimes depuis le 3 août et avait déjà reçu plus de 130 personnes mardi soir, de la déclaration de sinistre à la programmation de la visite d'expertise.

Reste que le meilleur repère est encore le plus simple. Un accompagnement qui vaut quelque chose ne se vend pas sur un trottoir couvert de cendres, il s'obtient au guichet, gratuitement, auprès de gens qui n'ont rien à vous faire signer.

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