Un senior qui a chuté et n'arrive plus à se relever presse son médaillon de téléassistance - Illustration générée par IA
Vingt mille décès, et une courbe qui monte, qui monte
La chute est l'accident domestique que tout le monde croit connaître, et c'est celui qui progresse le plus vite après 65 ans. Sur les cinq dernières années mesurées, la mortalité liée aux chutes a augmenté de 18 % pendant que la mortalité toutes causes, elle, reculait. On meurt donc moins qu'avant en France, sauf après une chute. Santé publique France, qui suit ces indicateurs depuis le lancement du plan national, souligne que la hausse dépasse ce que le seul vieillissement laissait attendre.
Le décompte 2024 donne la mesure du phénomène : 20 148 personnes de 65 ans et plus sont mortes des suites d'une chute, et 174 824 ont été hospitalisées. Ramenés au calendrier, ces chiffres représentent 55 décès et près de 480 hospitalisations par jour. Le risque grimpe surtout avec l'âge : après 85 ans, la mortalité liée aux chutes est vingt-neuf fois supérieure à celle des 65-74 ans.
Le décompte 2024 donne la mesure du phénomène : 20 148 personnes de 65 ans et plus sont mortes des suites d'une chute, et 174 824 ont été hospitalisées. Ramenés au calendrier, ces chiffres représentent 55 décès et près de 480 hospitalisations par jour. Le risque grimpe surtout avec l'âge : après 85 ans, la mortalité liée aux chutes est vingt-neuf fois supérieure à celle des 65-74 ans.
Ce que le plan promettait, ce qu'il a donné
Le plan national antichute a été lancé en février 2022 avec une cible publique et datée : réduire de 20 % les chutes mortelles ou entraînant une hospitalisation chez les 65 ans et plus, à l'horizon 2024. Cette échéance était donc passée quand les résultats ont été mesurés. Or les deux courbes sont parties dans l'autre sens, avec 20,5 % d'hospitalisations en plus et 18 % de décès en plus, à structure d'âge comparable.
L'écart mérite d'être posé en clair. Si la baisse de 20 % avait été tenue, le taux de mortalité serait descendu autour de 94 décès pour 100 000 personnes de 65 ans et plus ; il s'établit à 138. Rapportée aux 20 148 décès enregistrés en 2024, cette différence représente environ 6 500 vies, soit près de dix-huit par jour. Le même calcul appliqué aux hospitalisations donne un écart de l'ordre de 58 000 séjours, environ 160 chaque jour. Un ordre de grandeur qui aide à mesurer la distance entre l'intention affichée et ce qui arrive dans les services d'urgence.
Reste que ce plan a produit un acquis : les hospitalisations et les décès liés aux chutes font désormais l'objet d'un suivi annuel, national et régional, qui n'existait pas avant 2022. Les disparités sortent ainsi de l'ombre, avec des taux plus élevés dans le Grand Est, la Normandie, la Bretagne et l'Auvergne-Rhône-Alpes. Mieux compter n'est pourtant pas encore faire baisser, et une nouvelle feuille de route vient d'être annoncée pour 2026-2030 afin de resserrer le pilotage.
L'écart mérite d'être posé en clair. Si la baisse de 20 % avait été tenue, le taux de mortalité serait descendu autour de 94 décès pour 100 000 personnes de 65 ans et plus ; il s'établit à 138. Rapportée aux 20 148 décès enregistrés en 2024, cette différence représente environ 6 500 vies, soit près de dix-huit par jour. Le même calcul appliqué aux hospitalisations donne un écart de l'ordre de 58 000 séjours, environ 160 chaque jour. Un ordre de grandeur qui aide à mesurer la distance entre l'intention affichée et ce qui arrive dans les services d'urgence.
Reste que ce plan a produit un acquis : les hospitalisations et les décès liés aux chutes font désormais l'objet d'un suivi annuel, national et régional, qui n'existait pas avant 2022. Les disparités sortent ainsi de l'ombre, avec des taux plus élevés dans le Grand Est, la Normandie, la Bretagne et l'Auvergne-Rhône-Alpes. Mieux compter n'est pourtant pas encore faire baisser, et une nouvelle feuille de route vient d'être annoncée pour 2026-2030 afin de resserrer le pilotage.
Pourquoi personne ne raconte sa chute
Le premier obstacle tient à un réflexe très humain : on ne raconte pas sa chute. Beaucoup la banalisent ou redoutent qu'en parler revienne à ouvrir un dossier sur leur autonomie. Ce silence se paie cher, puisqu'une première chute augmente nettement le risque d'en faire une seconde.
Le paradoxe, c'est que les intéressés connaissent parfaitement le danger. D'après l'Observatoire de la sécurité des foyers, qui réunit Covéa, Verisure et Saretec, 76 % des plus de 50 ans considèrent la chute comme l'accident de la vie courante le plus meurtrier. Mais seules 54 % de ces mêmes personnes estiment nécessaire de consulter un médecin après être tombées.
Le paradoxe, c'est que les intéressés connaissent parfaitement le danger. D'après l'Observatoire de la sécurité des foyers, qui réunit Covéa, Verisure et Saretec, 76 % des plus de 50 ans considèrent la chute comme l'accident de la vie courante le plus meurtrier. Mais seules 54 % de ces mêmes personnes estiment nécessaire de consulter un médecin après être tombées.
Trois questions qui changent la prise en charge
Le repérage ne demande pourtant ni examen ni matériel. Trois questions y suffisent, que les gériatres posent dans cet ordre : êtes-vous tombé au cours de l'année écoulée, avez-vous peur de tomber, vous sentez-vous instable quand vous vous levez ou quand vous marchez. Une seule réponse positive justifie d'en parler à votre médecin traitant, qui pourra creuser du côté de la force musculaire, de l'équilibre, de la vision et des traitements en cours.
Ce dernier point pèse plus lourd qu'on ne l'imagine. Les benzodiazépines, ces somnifères et anxiolytiques encore largement prescrits après 65 ans, figurent parmi les facteurs de chute les mieux documentés, et la Haute Autorité de santé associe leur usage prolongé à un risque accru de fracture du col du fémur. Une révision d'ordonnance fait donc partie des leviers que votre médecin peut actionner sans délai ni budget particulier.
Ce dernier point pèse plus lourd qu'on ne l'imagine. Les benzodiazépines, ces somnifères et anxiolytiques encore largement prescrits après 65 ans, figurent parmi les facteurs de chute les mieux documentés, et la Haute Autorité de santé associe leur usage prolongé à un risque accru de fracture du col du fémur. Une révision d'ordonnance fait donc partie des leviers que votre médecin peut actionner sans délai ni budget particulier.
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Sauf que ces trois questions restent rarement posées, faute de temps en consultation. Rien n'empêche de les poser vous-même, en début de rendez-vous. Chutes, fractures, perte de mémoire : le piège des somnifères que 3 millions de seniors ignorent
L'activité physique protège, mais elle n'est pas prise en charge
L'activité physique adaptée est présentée par le ministère comme la meilleure arme antichute, et les données vont dans ce sens : une pratique régulière est associée à une baisse d'environ 23 % du risque de chute, selon la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie. Or ces séances ne sont, sauf exception, pas prises en charge par l'assurance maladie. Certaines mutuelles, certains départements ou communes en financent une partie, d'autres rien du tout, ce qui revient à faire dépendre votre prévention de votre code postal et de votre contrat de complémentaire.
Le panier de soins consacré à la prévention des chutes, prévu dès le lancement du plan, n'a pas été généralisé dans les délais annoncés. Pendant ce temps, les chutes coûtent deux milliards d'euros par an à la collectivité, dont un milliard et demi pour la seule assurance maladie, chiffres inscrits dans le dossier officiel du plan antichute. Rapporté aux hospitalisations de 2024, cela représente près de 11 400 euros par séjour, quand une saison d'atelier équilibre en centre communal se compte en dizaines d'euros.
Autrement dit, ce sont les séances non remboursées d'aujourd'hui qui finissent en fractures demain.
Le panier de soins consacré à la prévention des chutes, prévu dès le lancement du plan, n'a pas été généralisé dans les délais annoncés. Pendant ce temps, les chutes coûtent deux milliards d'euros par an à la collectivité, dont un milliard et demi pour la seule assurance maladie, chiffres inscrits dans le dossier officiel du plan antichute. Rapporté aux hospitalisations de 2024, cela représente près de 11 400 euros par séjour, quand une saison d'atelier équilibre en centre communal se compte en dizaines d'euros.
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La salle de bains, un chantier à ne pas négliger
Reste le logement, deuxième axe du plan et seul terrain où vous décidez seul. Douche de plain-pied, barres d'appui, éclairage à détection : MaPrimeAdapt' couvre 50 à 70 % de la facture selon vos ressources, dans la limite de 22 000 euros HT de travaux, et le dossier se dépose avant le premier coup de tournevis sous peine de tout perdre. Reste à savoir si la feuille de route 2026-2030 infléchira la courbe ; en attendant, les trois questions et la douche de plain-pied ne dépendent que de vous.
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