1 300 ou 10 000 : la dispute qui révèle le vrai problème
Sandrine Rousseau sur Sud Radio, le 30 juin : « il y a eu probablement 10 000 morts ».
Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, quelques heures plus tard : « d'où sortez-vous ce bilan de 10 000 morts ? ».
Le chiffre officiel de Santé publique France parle d'environ 1 300 décès supplémentaires pour mai et juin cumulés.
Les écologistes annoncent une motion de censure.
Les deux camps s'affrontent sur un chiffre.
Aucun ne parle du système qui le produit...
Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, quelques heures plus tard : « d'où sortez-vous ce bilan de 10 000 morts ? ».
Le chiffre officiel de Santé publique France parle d'environ 1 300 décès supplémentaires pour mai et juin cumulés.
Les écologistes annoncent une motion de censure.
Les deux camps s'affrontent sur un chiffre.
Aucun ne parle du système qui le produit...
Un compteur qui ne voit qu'un décès à domicile sur quatre
Le communiqué de Santé publique France du 27 juin contient un avertissement que la polémique politique a aussitôt enterré : la surveillance réactive des décès repose sur les certificats électroniques.
Ce système ne couvre "habituellement" que 60 % de la mortalité nationale. Mais ce 60 % n'est qu'une moyenne.
En établissement hospitalier, le taux de captation monte à environ 80 %. En Ehpad, il descend à 45 %. À domicile, il tombe à 25 %. Un décès à domicile sur quatre seulement remonte en temps réel.
Quand l'agence annonce une hausse de 40 % des décès à domicile, elle mesure cette hausse sur un quart du phénomène réel. Les trois quarts restants échappent au comptage.
Le mécanisme est simple :
En milieu hospitalier, le certificat de décès est dématérialisé depuis le décret du 28 février 2022. En Ehpad, la dématérialisation progresse mais reste partielle. À domicile, le certificat est encore souvent rédigé sur papier, puis envoyé par courrier à la mairie.
Depuis avril 2025, les infirmiers diplômés depuis plus de trois ans peuvent établir ces certificats. Cette compétence était jusqu'alors réservée aux seuls médecins. Mais un certificat papier reste invisible pour les statistiques pendant des semaines. Le bilan réel ne sera donc connu au mieux qu'en août, quand l'Insee aura consolidé l'ensemble des actes d'état civil.
Entre les deux, le Premier ministre a lui-même reconnu un fait que ses propres chiffres ne montrent pas encore. Le 29 juin, il a déclaré que le nombre de victimes à domicile était bien supérieur à tous les épisodes précédents.
Ce système ne couvre "habituellement" que 60 % de la mortalité nationale. Mais ce 60 % n'est qu'une moyenne.
En établissement hospitalier, le taux de captation monte à environ 80 %. En Ehpad, il descend à 45 %. À domicile, il tombe à 25 %. Un décès à domicile sur quatre seulement remonte en temps réel.
Quand l'agence annonce une hausse de 40 % des décès à domicile, elle mesure cette hausse sur un quart du phénomène réel. Les trois quarts restants échappent au comptage.
Le mécanisme est simple :
En milieu hospitalier, le certificat de décès est dématérialisé depuis le décret du 28 février 2022. En Ehpad, la dématérialisation progresse mais reste partielle. À domicile, le certificat est encore souvent rédigé sur papier, puis envoyé par courrier à la mairie.
Depuis avril 2025, les infirmiers diplômés depuis plus de trois ans peuvent établir ces certificats. Cette compétence était jusqu'alors réservée aux seuls médecins. Mais un certificat papier reste invisible pour les statistiques pendant des semaines. Le bilan réel ne sera donc connu au mieux qu'en août, quand l'Insee aura consolidé l'ensemble des actes d'état civil.
Entre les deux, le Premier ministre a lui-même reconnu un fait que ses propres chiffres ne montrent pas encore. Le 29 juin, il a déclaré que le nombre de victimes à domicile était bien supérieur à tous les épisodes précédents.
Les pompes funèbres comptent bien, elles
Le taux d'occupation des chambres funéraires, habituellement entre 30 et 45 % en été, dépasse désormais 66 % au niveau national. Dans les zones urbaines denses, il atteint 100 %. À Paris, les deux seules chambres funéraires intra-muros sont à capacité maximale depuis le samedi 27 juin. Les corps sont transférés en petite ou grande couronne.
Au funérarium international de Paris-Orly, les 32 places se sont remplies en 48 heures. Environ 150 corps ont été refusés. Le responsable a proposé l'installation d'un container frigorifique devant l'entrée. La mairie de Paris a installé deux unités temporaires de stockage de vingt places chacune.
Le SAMU de Paris a confirmé mardi 30 juin un nombre d'interventions pour arrêt cardiaque trois à quatre fois supérieur à la normale. SOS Médecins constatait dimanche 3,5 fois plus de décès lors de visites à domicile sur un échantillon de quinze départements.
Ce réseau de terrain enregistre les décès en temps réel, par nature, puisqu'il intervient à chaque constat. Il voit la réalité avant les statistiques officielles.
Au funérarium international de Paris-Orly, les 32 places se sont remplies en 48 heures. Environ 150 corps ont été refusés. Le responsable a proposé l'installation d'un container frigorifique devant l'entrée. La mairie de Paris a installé deux unités temporaires de stockage de vingt places chacune.
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Ceux que personne ne cherchait
Fabrice Brivady est infirmier libéral en Charente-Maritime et représentant de la Fédération nationale des infirmiers. Depuis samedi, il a signé quatre certificats de décès à domicile.
Depuis avril, quand les infirmiers ont obtenu ce droit, il en faisait un ou deux par mois. Les profils qu'il décrit ne ressemblent pas à l'image habituelle de la victime de la canicule : l'un des défunts était un retraité qu'il qualifie de « plutôt jeune », porteur de risques cardiovasculaires importants, qui vivait seul dans un logement à 35 degrés. Cet homme ne voyait personne. Ni proche, ni professionnel de santé, ni aide à domicile. Il aurait mérité une surveillance, selon l'infirmier, mais n'entrait dans aucun radar.
À Paris, sous les toits en zinc, une femme de 80 ans a été retrouvée dans un appartement au quatrième étage sans ascenseur. Il faisait 47 degrés chez elle. Sa famille a attendu plusieurs heures pour obtenir un certificat de décès, puis jusqu'à 23 heures l'arrivée des pompes funèbres. Le chef des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou, Philippe Juvin, le résume crûment.
Sa crainte : l'aide-ménagère qui ne passe pas le week-end et qui pousse la porte lundi pour trouver quelqu'un de fatigué, de malade, ou de décédé. 85 % des décès observés concernent des personnes de 65 ans et plus.
Depuis avril, quand les infirmiers ont obtenu ce droit, il en faisait un ou deux par mois. Les profils qu'il décrit ne ressemblent pas à l'image habituelle de la victime de la canicule : l'un des défunts était un retraité qu'il qualifie de « plutôt jeune », porteur de risques cardiovasculaires importants, qui vivait seul dans un logement à 35 degrés. Cet homme ne voyait personne. Ni proche, ni professionnel de santé, ni aide à domicile. Il aurait mérité une surveillance, selon l'infirmier, mais n'entrait dans aucun radar.
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La chaleur revient, le bilan court toujours
La remontée des températures a débuté ce jeudi 2 juillet sur le sud du pays. Météo-France juge probable un scénario de fortes chaleurs pour la semaine du 6 au 13 juillet sur l'ensemble du territoire. L'intensité exacte reste incertaine, mais les modèles maintiennent la France au-dessus des normales au moins jusqu'au 20 juillet.
Sur les étés 2014 à 2025, Santé publique France estime que 47 000 décès sont attribuables à la chaleur, dont 5 700 pour le seul été 2025.
Vous vivez seul ou vous avez un parent qui vit seul : vérifiez dès maintenant que votre mairie dispose de votre numéro de téléphone sur le registre communal canicule. Cette inscription gratuite déclenche un appel automatique en cas d'alerte.
Le numéro vert Canicule Info Service reste actif au 0 800 06 66 66.
La prochaine vague devrait malheureusement frapper bien avant que le pays ait fini de compter les morts de la précédente.
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