Société

Balladur avait promis à Chirac de ne pas y aller : l'ancien Premier ministre est mort à 97 ans, sans effacer ce 23 avril 1995 où vous aviez voté

La famille a prévenu l'AFP hier en début de soirée : Édouard Balladur est mort lundi 31 août à Paris, à 97 ans. Ceux qui ont voté en 1995 retiennent surtout cet épisode : l'homme qui avait promis à Jacques Chirac de lui laisser la place, et qui s'est présenté contre lui. La droite a mis dix ans à s'en remettre.

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Article rédigé par | Publié le 1 Septembre 2026 à 09:27 | mis à jour le 1 Septembre 2026 à 09:28
© Universitätsarchiv St.Gallen | Regina Kühne | HSGN 028/00794 | CC-BY-SA 4.0
© Universitätsarchiv St.Gallen | Regina Kühne | HSGN 028/00794 | CC-BY-SA 4.0

La promesse qu'il avait faite à Chirac

Le pacte tenait en une phrase, répétée pendant deux ans : Édouard Balladur ne serait pas candidat, et Jacques Chirac aurait la droite pour lui seul. C'est à cette condition qu'il était entré à Matignon en mars 1993, après la victoire écrasante de la droite aux législatives.

Sa popularité a tout emporté. Pendant l'année 1994, les sondages le donnent gagnant contre n'importe quel candidat de gauche, une partie du RPR le pousse ouvertement, et l'UDF se range derrière lui. En janvier 1995, il annonce sa candidature.

La droite se coupe en deux dans la semaine. Nicolas Sarkozy, son ministre du Budget, choisit le Premier ministre ; Alain Juppé reste avec le maire de Paris. Philippe Séguin parle de trahison sans prendre de gants. Édouard Balladur et Jacques Chirac, eux, s'étaient connus trente ans plus tôt dans les couloirs de Matignon, du temps de Georges Pompidou.
 
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Ce que sa famille a annoncé lundi soir

Édouard Balladur s'est éteint à Paris, dans son appartement du boulevard Delessert, dans le 16e arrondissement. L'annonce est tombée en début de soirée, transmise à l'AFP par sa famille, qui a précisé qu'une messe serait donnée dans la stricte intimité familiale.

Les hommages ont suivi en quelques minutes. Emmanuel Macron a salué la mémoire d'un « serviteur exigeant, mesuré, dévoué ». Sébastien Lecornu, l'actuel Premier ministre, a rappelé que son prédécesseur restait associé à cinquante années d'histoire de la Ve République. Gabriel Attal a dit adieu à un grand serviteur de la République, et Yaël Braun-Pivet a retenu la haute idée qu'avait Édouard Balladur des institutions et de la responsabilité de ceux qui les servent.

Né le 2 mai 1929 à Izmir, en Turquie, dans une famille d'origine arménienne installée ensuite à Marseille, il avait épousé Marie-Josèphe Delacour en 1957. Elle est morte l'an dernier. Leurs quatre fils sont tous restés à l'écart de la vie publique.
 

Le dimanche où vous ne l'avez pas suivi

Le 23 avril 1995, les électeurs n'ont pas confirmé les sondages. Édouard Balladur arrive troisième du premier tour avec 18,6 % des voix, derrière Lionel Jospin et derrière Jacques Chirac. Il appelle à voter pour celui qu'il avait défié, et son ancien ami est élu le 7 mai.

Sa nomination à Matignon avait tenu en un article et une phrase, dans le décret du 29 mars 1993 publié au Journal officiel. Il quitte Matignon en mai 1995 et n'exercera plus jamais de fonction gouvernementale. À 65 ans, sa carrière d'homme d'État s'arrête ce soir-là.

Or l'addition ne s'est pas arrêtée à lui. Nicolas Sarkozy a mis près de dix ans à reconquérir le terrain perdu dans son camp, et le mot de « trahison » a collé au balladurisme bien après que ses acteurs eurent fait la paix. Si vous aviez voté ce dimanche-là, vous vous souvenez sans doute d'une droite qui passait son temps à s'expliquer plutôt qu'à gouverner.
 

Les 5 000 francs qu'il a mis sur votre voiture

Le paradoxe de ces deux années, c'est qu'elles ont laissé des traces très matérielles. En février 1994, le gouvernement met en place une aide de 5 000 francs, soit 762 euros, pour l'automobiliste qui envoie à la casse un véhicule de plus de dix ans et repart avec un modèle neuf. La presse la baptise aussitôt la « balladurette ».

L'intention n'avait rien d'écologique : le marché automobile sortait de deux années de récession et il fallait faire repartir la consommation. Alain Juppé reprend le dispositif en octobre 1995 sous le nom de « jupette ». Plus d'un million et demi d'automobilistes ont touché l'une ou l'autre de ces deux primes entre février 1994 et octobre 1996.
 
Le mécanisme a fait souche pendant trente ans, jusqu'à la prime à la conversion. Un décret de fin novembre 2024 y a mis un terme : depuis le 2 décembre 2024, aucune aide nationale n'est plus conditionnée à la mise au rebut d'une voiture ou d'une camionnette.
 

L'emprunt auquel 1,4 million de Français ont souscrit

Deux mois après son arrivée à Matignon, le 25 mai 1993, il lance un emprunt d'État à 6 % sur quatre ans, en visant 40 milliards de francs. La souscription en rapporte 110. Le 9 juillet, Matignon publie les chiffres : près de 1,4 million de particuliers ont souscrit, pour un montant moyen de 72 000 francs.

Ce succès a coûté cher. Campagne publicitaire, commissions versées aux banques, réductions d'impôt accordées aux souscripteurs : au moment de rembourser les 90 milliards restants, le 16 juillet 1997, l'État avait déboursé entre 3,3 et 4,3 milliards de francs de plus qu'avec un emprunt classique.

D'ailleurs, l'homme n'en était pas à son coup d'essai sur l'épargne des Français. Ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation entre 1986 et 1988, il avait organisé la vente de Saint-Gobain, Paribas, la Société générale, TF1 et Havas, et fabriqué au passage une génération de petits porteurs : des files se formaient devant les guichets de banque pour souscrire, et des ménages qui n'avaient jamais détenu la moindre action en ont acheté une à ce moment-là. Revenu à Matignon, il a repris la série avec la BNP, Rhône-Poulenc, puis Elf Aquitaine et l'UAP. Un compte-titres ouvert dans ces années-là, puis oublié après un déménagement ou un changement de banque, contient parfois encore des lignes issues de ces opérations.
 

Karachi, une relaxe, puis le silence

Son nom est resté attaché un quart de siècle au volet financier de l'affaire Karachi, autour du financement de cette campagne. La Cour de justice de la République l'a relaxé le 4 mars 2021, estimant que la preuve d'instructions données en connaissance de cause n'était pas rapportée.

Il avait quitté l'Assemblée en 2007 et ne s'exprimait plus guère que par ses livres. Nous perdons ce soir le dernier Premier ministre de François Mitterrand, et le seul dont on retienne d'abord une promesse non tenue.

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